Le logiciel français perd ses champions et du terrain

Onze acteurs en moins dans le top 100, dont quatre dans le top 10. C’est le triste bilan d’une industrie logicielle française qui en deux ans a fait les frais de la concentration du secteur. Reste des acteurs moyens, qui attendent en vain le signe d’une politique industrielle nationale et demeurent raisonnablement optimistes en temps de crise.

Pas de surprise pour la cinquième édition du Truffle100, le classement des éditeurs de logiciels français. Comme en 2007, 2008 aura été une année de consolidation… au détriment de l’industrie hexagonale. De fait, cinq éditeurs sont sortis du classement représentant un chiffre d’affaires de 754 millions d’euros, dont la moitié en édition logicielle. Sur ces cinq acteurs rachetés, quatre l’ont été par des groupes étrangers dont les n°4 (GLTrade, racheté par Sungard début août 2008) et 5 (Ilog, racheté par IBM fin juillet 2008) du classement 2007. Du coup, le chiffre d’affaires cumulé de la filière logicielle recule encore en 2008 (-1,7%) pour atteindre 5,7 milliards. Reste que la part de l’édition stricto sensu progresse de 3 points pour représenter 66,7% de l’activité.

En deux ans, ce sont tout de même onze éditeurs de l’Hexagone qui ont disparu des tablettes, dont quatre dans le top 10 puisque Business Objects et Cartesis avaient été rachetés en 2007.

Optimisme en temps de crise

Une industrie qui pèse de moins en moins du fait de la concentration du secteur à l’échelon mondial, des politiques publiques inexistantes… mais un optimisme relatif déclaré et – paradoxalement – attisé par la crise économique. Selon CXP, le cabinet qui réalise l’étude pour le compte de Truffle, « pour 67% des éditeurs du Top 100, la crise est une opportunité, "car le progiciel permet à nos clients de réduire leurs coûts et de gagner en productivité". Reste que pour 41% des éditeurs, la crise impacte les clients, d'où en 2009 des répercussions négatives anticipées sur le niveau activité. Pour contrer ces effets négatifs, les éditeurs comptent néanmoins proposer des stratégies anticrise, au premier rang desquelles des logiciels distribués en mode Saas (pour 77% des éditeurs) et des modalités de financement plus souples (pour 31%). Côté structure enfin, l’heure est également à la résistance avec 54% des éditeurs qui affirment toujours vouloir recruter en 2009, 62% qui augmenteraient leurs investissements en R&D et 68% leurs investissements dans le développement international.

Une situation qui inquiète notamment le Syntec. Présent à la présentation des résultats de l’étude Truffle, Gérard Claverie, 1er vice-président de Syntec informatique et co-président du comité éditeurs, s’est félicité que la France conserve le 3ème rang européen de l’industrie des logiciels tout en s’inquiétant d’un écart qui se creuse avec les leaders européens : le Royaume-Uni et l’Allemagne. Alors qu'une vidéo de la secrétaire d’Etat à l’Economie numérique était projetée pour l'occasion, il a stigmatisé les difficultés de financement de la R&D, l’accès compliqué aux marchés internationaux et européens, les difficultés de recrutement (une gageure tandis que le chômage des informaticiens progresse inexorablement depuis quelques mois) et les risques induits par la transformation des modèles économiques avec l’apparition des services en ligne (Saas) et le développement de l’open source.

Absence de politique industrielle, soutien trop timide aux PME innovantes

Depuis l’élection présidentielle 2007, le secteur s’est pourtant largement exprimé pour un soutien plus important à une industrie fortement porteuse de croissance. En vain. Si 2008 aura vu l’émergence dans la sphère politique de la problématique numérique avec la nomination d’Eric Besson au secrétariat à l’Economie numérique, rien n’est venu pour l’industrie. On peut même parler de deux occasions manquées avec un plan numérique 2012 d’où est absent la filière logicielle – soulevant l’ire de Syntec Informatique – et un plan de relance en réponse à la crise… qui a plutôt privilégié les industries traditionnelles au détriment des secteurs les plus innovants, dont une fois de plus le logiciel. NKM – qui a tout récemment remplacé Eric Besson - a promis de rectifier le tir, mais rien ne vient.

L’attente est pourtant forte si l’on en croit Truffle qui affirme qu'un Small Business Act (SBA) à la française serait plébiscité par les éditeurs comme la mesure phare susceptible de favoriser leur développement. Pour la plupart, le pacte PME dont le décret est paru fin février est un début mais un peu maigrelet. Appelé à témoigner, Nicolas Gagnez, président directeur général de Deny All, spécialiste des solutions de pare-feu, explique ainsi que « le Pacte PME est bien loin du SBA américain. Là où le Small Business Act aux Etats-Unis couvre toutes les PME, les mesures prises chez nous ne le sont que pour les entreprises répondant aux critères d'éligibilité aux FCPI [fonds communs de placement dans l’innovation, ndlr]. Là où le SBA réserve certains marchés exclusivement aux PME, nos administrations "peuvent" réserver des marchés inférieurs à 133 000 € ou 206 000 € suivant le donneur d'ordre ». Une volonté d'aller plus loin partagée par les lecteurs du MagIT. Dans le sondage actuellement en ligne, plus de 35% d'entre-eux estiment que dans un éventuel plan de relance concernant spécialement le secteur IT, le gouvernement devrait en priorité s'intéresser aux dépenses des entreprises et donc privilégier le développement des solutions professionnelles.

Top 10 des éditeurs de logiciels français en 2009

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Source : Truffle100

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