IRT, Satt, pôles et clusters : des ressources pour l'innovation

En amont des programmes d'encouragement annoncés cette semaine (concours Innovation 2030, Label French Tech), voici un point sur les structures destinées à faciliter l'émergence de champions.

Des milliards d'euros et un renfort en compétences... pour flécher son soutien à l'innovation, l'Etat ne manque pas de relais. Dernier avatar en date de ce soutien: le concours mondial Innovation 2030, lancé le 2 décembre, doté de 300 millions d'euros pour faire émerger des technologies et/ou des usages de rupture. Depuis dix ans, les appels à projets se succèdent, se cumulent, comme autant de propositions faites aux entreprises et au monde de la recherche d'innover ensemble. Depuis 2005, les pôles de compétitivité. Depuis 2010, les Satt régionales (sociétés d'accélération du transfert de technologies). Depuis mi-2012, les IRT (instituts de recherche technologique). Sans parler des centaines de clusters, pépinières, comités de filières, subventionnés localement ou au niveau national.

 

Comment s'y retrouver dans cet entrelacs d'écosystèmes et de structures d'accompagnement ? « C'est simple », répond Bertrand Guilbaud, directeur général de b-com, l'IRT du secteur numérique et de l'économie numérique. « Ni les Satt, ni les pôles ou clusters n'ont leurs propres programmes de recherche et de R&D, tandis qu'un IRT a sa propre équipe de R&D ». Soit pour l'institut breton – et néanmoins à vocation nationale – , un an après son lancement, un pool de 80 chercheurs et ingénieurs travaillant sur huit projets dans les domaines des réseaux ultra haut débit, de la e-santé et de l'hypermedia (réalité virtuelle et augmentée, 3D, images ultra haute définition). « Si b-com était une start-up, nous pourrions dire que nous avons levé 160 millions d'euros pour financer les projets à l'horizon de sept ans ». Un financement issu pour moitié de la manne publique, pour moitié des entreprises partenaires.

 

Effet levier de la coopération public-privé

 

La logique, dans ce contexte, est celui de l'effet de levier procuré par la coopération public-privé. « Les entreprises investissent en cash et en affectation de personnel. L'IRT abonde en mobilisant les chercheurs, ingénieurs et autres acteurs nécessaires à l'avancée d'un projet ». Sous statut de fondations de coopération scientifique (FCS) irriguées par le programme d'investissements d'avenir, les huit IRT en activité (dont b-com et SystemX à Saclay pour l'ingénierie numérique des systèmes) représentent ainsi un potentiel de deux milliards d'euros investis sur dix ans (50/50 public-privé). Avec pour objectif, à plus ou moins court terme, une rentabilisation d'actifs tels que les plates-formes technologiques et la propriété intellectuelle ainsi générées.

 

Y aurait-il là des avancées technologiques de rupture susceptibles de satisfaire aux critères du concours Innovation 2030 ? « Pour nous, c'est un peu tôt, l'idée étant de ne pas disperser les efforts», objecte Bertrand Guilbaud, « à moins d'intervenir en soutien d'une start-up qui s'appuie sur les compétences de b-com ». Pour autant, les huit IRT accueillis par b-com pour le 1er forum, le 10 octobre dernier, un an après leur lancement, témoignent de l'effet accélérateur produit autour des projets auxquels les entreprises, grandes ou petites, délèguent un ou plusieurs ingénieurs. Tout en aspirant à une évolution concertée de ce nouveau dispositif, y compris sur le plan socio-réglementaire. « Entre dirigeants des IRT et avec Louis Gallois, nous avons discuté notamment de la capacité qu'auraient les IRT de disposer de CDD à objet défini, pour des durées de 36 mois, par exemple, pour accueillir des post-doc ou des thésards avec plus de souplesse et de sécurité », relate le DG de b-com. Avis aux branches professionnelles concernées !

 

Accélérateur du transfert de technologies

 

Du dépôt de brevet jusqu'à l'accompagnement de l'émergence de jeunes pousses, les 12 Satt régionales – oeuvrant comme l'intitulé l'indique au transfert de technologies vers les entreprises –  constituent également un maillon de la chaîne de coopération public-privé potentiellement concerné par l'émergence d'innovations disruptives. Tout comme les pôles de compétitivité – plus anciennement ancrés dans le paysage régional – dont la vocation est de labelliser des projets coopératifs qui peuvent ainsi profiter de subventions. « Mais à la différence des pôles, les Satt sont vraiment l'outil de la recherche publique, avec un actionnariat partagé par l'Etat et les organismes de recherche, Inria, Inserm, CNRS et pôle universitaire», précise Pierre Dufresne, président de Toulouse Tech Transfer, la Satt de Midi-Pyrénées. Pour rappel, le fonds national de valorisation mobilisé pour les 12 Satt régionales (Lutech et IDF-Innov en Ile-de-France) représentent 900 millions d'euros sur dix ans, auquel s'ajoutent 50 M€ du fonds France Brevets.

 

Concrètement, les premières retombées d'une telle structure relèvent de la maturation de projets. « C'est notre coeur de métier », souligne Pierre Dufresne. Une maturation sous trois angles : la mise sur pied d'une stratégie de propriété intellectuelle et de valorisation par le dépôt de brevet ; puis l'accompagnement du stade de preuve de concept qui rend tangible le transfert de technologie possible ; enfin, l'accompagnement de l'accès au marché (quel produit, quel procédé, quelle mode de valorisation – création de start-up ou concession de licence –  concrétiseront le transfert). En deux ans, la Satt du Sud-ouest a ainsi engagé 8 millions d'euros sur une cinquantaine de projets avec un effectif de 43 personnes. « Ces modalités de fonctionnement correspondent à un besoin réel des PME », avance son président. « En investissant dans le montage des projets, nous prenons en charge la partie la plus risquée de l'innovation. Ce qui leur évite de risquer des fonds propres et leur permet de les mettre sur la partie industrialisation ou le déploiement commercial ». Déploiement qui, là encore, pourrait s'inscrire dans la dynamique du programme Innovation 2030 et du concours associé ? « Les dispositifs annoncés nous intéressent, car les axes d'innovation pris en compte se recoupent avec nos pôles d'expertise », avance Pierre Dufresne. Dont le stockage de l'énergie et, pour le volet IT, le secteur santé et la silver économie grands consommateurs de technologies. « Sans parler du big data », ajoute-t-il. Mais là, transversalité du sujet jouant, y a-t-il une Satt ou un IRT qui ne soient concernés ?

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