Dossier stockage : à chacun sa classe de service (1ere partie)
Le débat sur les classes de service et sur le coût de stockage des données n'est pas nouveau puisqu'il remonte aux débuts du stockage sur supports magnétiques. Mais il s'est accru au cours de la dernière décennie du fait de l'accroissement exponentiel des volumes de données des entreprises.
L'histoire des classes de service dans le stockage a en fait commencé dans les années 70 lorsque IBM a introduit la notion de Hierarchical Storage Management (HSM) dans son OS pour grand systèmes (MVS à l'époque, aujourd'hui z/OS). L'idée générale de DFHSM était de déplacer automatiquement les données entre des supports peu coûteux, les bandes, et des support plus chers (les disques durs), en fonction de critères définis par l'administrateur, critère généralement basés sur l'âge des données ou sur la fréquence des accés. Dans la pratique, DFHSM faisait d'une partie de la capacité disque un cache pour les données situées sur bande. DFHSM a permis l'apparition du concept de classes de stockage, Un concept qui n'a finalement été popularisé qu'au début des années 2000 avec le retour sur le devant de la scène de la notion de Gestion du cycle de vie de l'information (ILM). Le débat sur l'ILM a profité d'une conjonction favorable : la croissance exponentielle du volume de données non structurées dans les entreprises et l'apparition d'une nouvelle interface de disque dur d'entreprise, le Serial-ATA (SATA)
Cette arrivée a permis de mixer des disques durs offrants des profils de performance et de coûts différents au sein d'une même baie de stockage. De faisant, elle a ouvert la possibilité pour une entreprise de gérer la répartition de ses données au sein d'une baie de façon plus intelligente. Si les disques Fibre Channel à 15000 tr/mn restent l'apanage des applications transactionnelles exigeant un faible temps de latence, il n'est plus nécessaire d'utiliser ces disques coûteux pour des applications moins sensible qui peuvent très bien se satisfaire des caractéristiques de disques moins véloces comme les disques SATA à 7200 tr/mn. Pour les applications d'archivage, on peut même opter pour des disques SATA "green" à 5400 tr/mn, des disques qui offrent un ratio capacité/prix inégalé. L'arrivée récente des disques Flash (SSD ou Solid State Drives) ajoute un nouveau niveau de service offrant des performances exceptionnelles, mais avec un coût par Go encore très élevé.
La bonne nouvelle est qu'il n'est plus nécessaire d'avoir plusieurs baies de stockage, chacune équipée exclusivement d'un type de disque, pour profiter des bénéfices de l'ILM. Il est désormais possible de mixer ces supports de stockage au sein d'une même baie, qu'elle soit d'entrée de gamme ou de haut de gamme et de mettre en place des politiques de migration de données au sein même d'une baie.
La crise accélère la mise en place des classes de service dans les datacenters
Si certaines entreprises ont fait office de précurseurs dans le domaine de la gestion des classes de service de stockage, d'autres avaient jusqu'alors adopté une approche plus réservée, en continuant notamment à privilégier massivement l'usage de disques Fibre Channel pour leur baie de stockage selon un concept prudent : qui peut le plus, peut le moins.
La crise semble avoir fait évoluer les mentalités à un rythme accéléré. Interrogé par LeMagIT, Xavier Poisson Gouyou Beauchamps, le directeur de l'activité stockage d'HP en France, expliqua ainsi que "tout le monde a cherché à acheter moins cher". Et selon lui, c'est "l'introduction du concept de classe de stockage dans les baies de stockage qui a permis aux entreprises de mettre en oeuvre plus d'intelligence dans leur gestion de leurs données".
L'exemple d'EMC est ainsi emblématique de la révolution qu'a connu le marché du stockage en moins de 10 ans. En 2002, le constructeur réalisait 90% de son chiffre d'affaires avec une seule machine monolithique, le Symmetrix. Sept ans plus tard , solidement installé au premier rang mondial, le constructeur a désormais pour gamme phare les Clariion et les Celerra NS, et même le Symmetrix s'est converti à la religion du multi-niveaux avec le support des disques FC, SATA et des disques SSD. Signe des temps, les disques FC ne sont plus forcément indispensables. Ainsi, sur l'ensemble de son offre milieu de gamme, Hitachi Data Systems a pris l'option d'utiliser une combinaison de disques SATA et SAS.
De l'art de gérer le placement des données sur les bonnes classes de disques
Disposer de disques de classes différentes dans une baie est une chose, en faire usage de façon judicieuse en est une autre. Chez la plupart des grands constructeurs, les nouvelles baies sont équipées au minimum de fonctions de migration de LUN qui permettent de déplacer des données d'une catégorie de disque à une autre. Ce déplacement peut être plus ou moins automatisé selon les cas. Le constructeur offrant la technologie la plus avancée en la matière est sans doute Compellent. Les baies Storage Center du constructeur associent à chaque bloc de données un ensemble de métadonnées (fréquence d'accès, Volume associé, type de disque utilisé, type de RAID, type de données...). Ces informations peuvent ensuite être utilisées pour mettre en place des politiques automatisées de migration de données (Automated Tiered Storage).
Cette automatisation permet d'éviter d'avoir à réaliser manuellement la classification et la migration des données. Elle permet aussi à la baie d'optimiser les performances en tâche de fond, par exemple en migrant les données les plus accédées sur les disques les plus rapides et en repoussant sur les disques les plus lents les données les moins accédées, et ce sans que l'administrateur de la baie n'ait à se préoccuper d'administration.
Sans descendre au niveau du bloc, c'est un peu la même promesse que fait EMC avec sa technologie FAST (Fully Automated Storage Tiering) qui permettra la migration automatique de données d'une classe à une autre mais aussi, à terme, d'une baie EMC à une autre (par exemple d'un Symmetrix à un Clariion).
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