Pour ajouter à cela, il faut relever que la formation n’est généralement qu’en partie assurée sur le temps de travail hebdomadaire. Chez Wipro, par exemple, où l’on présente la formation comme la pierre angulaire de la performance de l’entreprise, environ la moitié du temps de formation est prise sur le temps libre. Un phénomène loin d’être isolé. Pour Karthik Shekkar, syndicaliste, « la plupart du temps, la formation a lieu sur le temps libre ; souvent, c’est même sur les week-ends. »
Des salariés heureux
Dans l’une des grandes cités indiennes de l’industrie IT, nous avons pu discuter avec deux employés d’une entreprise de développement logiciel. Il faut souligner que recueillir des témoignages n’est pas simple : la plupart des salariés profitent des bus déployés par leurs employeurs pour effectuer leurs déplacements domicile-travail ; sur les campus, accoster un salarié ne peut potentiellement que conduire à obtenir un écho du discours officiel, escorté que l’on est par un porte-parole de l’entreprise. Les témoignages de ces deux jeunes développeurs sont surprenants de candeur et d’enthousiasme. L’un d’entre eux, dont le salaire de chef d’équipe est de l’ordre de 1000 euros par mois, s’estime ainsi « trop payé » par rapport au reste de la population active indienne. Et tant pis si ses heures supplémentaires ne sont pas rémunérées.
Un salarié de SSII en Inde heureux
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Tout aussi épanoui dans son environnement professionnel, le second, qui occupe un poste d’assistant de chef de projet, souligne que l’entreprise pour laquelle il travaille est « nouvelle », du moins ses installations en Inde n’ont-elles que deux ans d’existence. Du coup, « il n’y a pas de pression. […] La direction de la maison mère comprend que l’on est en phase de démarrage, d’apprentissage. » Mais il apprécie aussi certaines « facilités » comme la flexibilité du temps de travail. Son salaire ? Il n’a pas le droit d’en discuter, même avec ses collègues, « c’est contre les règles de la direction des ressources humaines ». Mais il nous l’apprend tout de même : de l’ordre de 800 euros par mois.
Un second salarié de SSII en Inde, heureux lui aussi
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Bangalore, la capitale indienne du suicide
Mais le bonheur n’est pas toujours dans l’IT. C’est Lavanya Sankaran, auteur, qui nous l’expliquait, en juillet dernier, alors que nous étions sur place : Bangalore est la capitale indienne du suicide. Un triste record qui se mesure à hauteur de 35 suicides pour 100 000 personnes, selon le bureau national indien d’enregistrement des crimes – le suicide est illégal en Inde ; une tentative avortée peut conduire en prison. En février dernier, des médecins confiaient à notre confrère Vicky Nanjappa recevoir au moins 10 patients par jour pour le stress. Celui-ci trouverait notamment sa source dans les difficultés de déplacement liées aux embouteillages, mais aussi à l’absence de vie sociale pour les jeunes indiens travaillant pour l’industrie IT locale et, aussi, le besoin constant, pour les salariés des entreprises de BPO, de jongler entre cultures.
Des syndicats inexistants
C’est justement à Bangalore que nous avons rencontré Karthik Shekkar, secrétaire général pour l’Inde du syndicat Unites Professionnal, très mal représenté dans les entreprises. Interrogées sur le sujet de la représentation syndicale, aucune des SSII rencontrées en Inde n’a reconnu le moindre syndicat face à nous.
Les syndicats, selon Infosys et KPIT
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Unites Professionnal, qui se veut dédié à l’industrie IT, est jeune : il est né en septembre 2005 et revendique plus de 15 000 adhérents. Mais son histoire est déjà tourmentée. Karthik Shekkar raconte ainsi avoir des « sympathisants », qui n’osent pas adhérer sous la pression de leur employeur. Il explique avoir dû « s’expliquer » avec des représentants de Wipro pour défendre jusqu’au droit à exister de son syndicat : « Wipro est très fortement opposé aux syndicats. » Même constat pour Infosys, notamment. Mais, chez TCS, « nous n’avons pas rencontré beaucoup de succès car, en premier lieu, les salariés sont très bien traités. »















