Offshore en France : pas encore le raz-de-marée, mais déjà plus qu'un épiphénomène
On est loin du raz de marée, mais on a dépassé le stade de l'épiphénomène. Selon la chambre patronale des SSII et éditeurs, le Syntec Informatique, l'offshore pesait 4 % du marché français des services informatiques en 2009. Un étiage bas, selon de nombreux observateurs, qui eux mettent la barre plutôt aux environs de 6 % comme le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC), soit environ 1,4 milliard d'euros. La proportion peut certes paraître faible. Mais elle ne doit pas faire oublier qu'elle est minimisée par les écarts de salaires entre la France et les pays à bas coût. En équivalents temps plein, on parle probablement du double. De plus, l'offshore reste essentiellement un phénomène cantonné aux grands donneurs d'ordre (notamment dans l'industrie) : son poids est donc plus significatif chez les grands comptes que le laisse accroire sa part sur le marché global des services, où sont aussi comptabilisées les dépenses des PME. Ainsi, à titre indicatif, une récente enquête du cabinet de conseil de Solucom auprès de grands comptes (85 entreprises interrogées) montre que 25 % des DSI ont recours à des prestations offshore (soit francophones, soit non francophones) dans leurs contrats d'externalisation (voir graphique ci-dessous).

Certes, la croissance de l'offshore - entre 40 et 50 % en 2007 et 2008 - a ralenti. En 2009, elle devrait retomber aux environs de 25 % selon PAC. D'abord parce que, dans une période de crise majeure, les donneurs d'ordre ont voulu éviter de se lancer dans des contrats qui aurait pu mettre le feu au poudre sur le terrain social. Ensuite parce que les prestataires ont eu tendance, pendant un temps, à privilégier l'occupation de leurs intercontrats dans l'Hexagone. Enfin, remarque Frédéric Giron, directeur des études de Pierre Audoin Consultants, "la croissance s'est ralentie non à cause d'un désintérêt pour l'offshore en 2009, mais simplement parce que, là comme ailleurs, nombre de processus de décision ont été gelés. Nous prévoyons un redémarrage de cette croissance en 2010, avec un niveau certainement supérieur à 30 %".
Capgemini : 1 pour 1 aux Etats-Unis, 1 pour 20 en France
Bien sûr ces niveaux restent très éloignés de ceux observés dans les pays anglo-saxons, où l'offshore essentiellement indien a atteint une part de marché bien supérieure. Interrogé il y a quelques semaines dans nos colonnes, Salil Parekh, directeur du secteur financier de Capgemini en Inde, illustrait ce décalage : "plus de 50 % de nos collaborateurs travaillant sur des projets pour l’Amérique du Nord sont basés en Inde. Mais les projets français n’impliquent qu’environ un millier de collaborateurs indiens alors que nous avons environ 20 000 salariés en France", expliquait-il.
Sans surprise, ce sont les prestations de TMA (maintenance applicative) qui sont le plus exposées. Pour 2008, PAC estime que 11 % de ce marché de plus de 7 milliards d'euros était réalisé depuis des pays à bas coût. Amputant, du fait de ses effets déflationnistes, la croissance de ce segment de plusieurs points. C'est aussi là où ont été signées les affaires les plus spectaculaires, comme le contrat Verdi 2 signé par SFR pour le développement et la maintenance de ses applicatifs ou celui signé par Michelin. Deux affaires qui ont d'ailleurs assis en France l'implantation de l'Indien Wipro (qui a remporté 2 des 4 lots de Verdi 2 et 2 des 10 lots chez le fabricant de pneumatiques). Le contrat SFR prévoit d'ailleurs une montée en charge très rapide de l'offshore, avec un objectif de 70 % du contrat délocalisé au bout d'un an. L'opérateur s'appuie sur son expérience du sujet, acquise avec le contrat Verdi 1.
L'Inde talonnée par les Pays de l'Est
Derrière ce fleuron de l'offshore, les projets d'intégration au forfait (développement, migrations, déploiement) exploitent eux aussi une part significative d'offshore, que PAC chiffrait à 9 % en 2008 (sur un total de 2,7 milliards d'euros). Troisième activité à faire les beaux jours des centres de services délocalisés : la gestion des infrastructures, comprendre la supervision de systèmes à distance. "C'est une catégorie de services très industrialisés et très facilement externalisables. Ce type d'offshore se développe très vite, sans faire de bruit", assure Catherine Le Louarn, membre du comité de direction du cabinet de conseil Solucom. Pour Nicolas Tarbé de Saint Hardouin, du cabinet Compass, ce type de contrats - autour de la supervision d'infrastructures, de leur exploitation, de la sauvegarde ou du PRA (Plan de reprise d'activité) - peut également se traduire par de gros volumes. En 2008, un marché de plusieurs millions d'euros sur ces sujets a ainsi été signé en France.
Les grands pays de l'offshore pour les donneurs d'ordre français restent l'Inde, l'Europe de l'Est et l'Afrique du Nord (principalement le Maroc). Selon PAC, 35 % des prestations délocalisées partent vers l'Asie, majoritairement vers l'Inde. 30 à 35 % sont réparties entre les différents pays d'Europe de l'Est (principalement la Pologne et la République Tchèque, mais aussi la Roumanie, l'Ukraine, la Lituanie, etc.). Le Maroc, qui, dans le cadre de son plan de développement national Emergence, a mis l'accent sur l'offshore, via la création de parcs d'activité dédiés à Casablanca et Rabat, s'octroie 10 à 15 %. Le reste étant réparti sur des destinations plus marginales (Espagne, Canada). "On assiste à une montée en puissance de l'Inde, car les pays de l'Est et le Maroc arrivent à saturation en termes de compétences", observe Frédéric Giron.
| Les Indiens freinés par la crise |
| Difficile de prendre pied dans l'Hexagone. Hormis Wipro (quelque 60 millions d'euras de CA en 2009 et quelques références phares notamment Michelin, SFR et Alcatel), les grandes SSII indiennes peinent à s'implanter en France. Notamment Infosys et TCS, les deux autres poids lourds indiens, décrochés par Wipro et qui peinent à afficher de premières références réellement convaincantes. "Leur effort d'investissement en Europe latine reste modeste, remarque Catherine Le Louarn, de Solucom. Et la crise les a freiné". Autre handicap : leur présence récente dans le pays - couplée à l'absence de rachat dans l'Hexagone, hypothèse pourtant maintes fois évoquées - les handicape dès que la compréhension des enjeux métier des entreprises devient un point clef. "C'est d'autant plus vrai qu'on se rapproche de l'applicatif, remarque Nicolas Tarbé de Saint Hardouin, du cabinet Compass. Ils ont d'autant plus de mal à percer que les concurrents locaux ont fait eux le chemin inverse, en développant un volet offshore. Ils verrouillent le marché. Si les grandes SSII indiennes ne remportent pas d'appels d'offres significatifs, elles ne pourront pas maintenir indéfiniment leurs équipes en France." |
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Par e-compta pro


