Or, sans optimisation des back office comptables, même en remplaçant 80 applications ministérielles, l'Etat laissera sur la table 400 millions d'euros de plus qu'actuellement en 10 ans (voir graphique ci-dessous). La rentabilité de Chorus tient donc tout entière dans les réductions d'effectifs des services comptables. Dans son scénario le plus optimiste, l'Inspection générale des Finances estimait en 2006 que Chorus permettrait une réduction de 8 000 emplois environ. Des hypothèses que, avec un art consommé de l'understatement, la Milolf juge aujourd'hui "fragiles".

4) Bilan : "too big to fail"
Pour les acteurs en prise directe avec le projet, les points soulevés par la Milolf constituent toutefois presque des débats d'arrière-garde. "Ces interrogations sur le ROI de Chorus relèvent du jeu de dupe", s'amuse une source. "Pour faire des économies, il faut que les modules amont soient interfacés avec le cœur comptable. Or, c'est une décision purement politique". Pour nos interlocuteurs, il est de toute façon trop tard pour faire marche arrière. Il faut désormais déployer, sur une base unanimement jugée saine. "Le potentiel de la solution est supérieur à ce qui est exploitée aujourd'hui. Mais l'AIFE a intérêt à occulter ce point pour l'instant, afin de ménager des améliorations ultérieures", juge une source. "Une fois que les ministères seront rassurés sur le cœur comptable, ils vont tuer peu à peu leurs anciennes applications. Ca commencera dès la v4 de Chorus (fin 2009, ndlr) et ca va s'accélérer avec la v6 (fin 2010, ndlr), où Chorus deviendra l'application maître pour la gestion comptable de l'Etat", explique un autre acteur.
Bref les risques se sont déplacés de la construction de la solution - qui semble désormais bien maîtrisée - aux enjeux du déploiement (bascule, tests, conduite du changement). Et il est désormais trop tard pour faire machine arrière. D'où un léger sentiment de dépit qui s'exprime dans le rapport de la Milolf. Qui écrit ce jugement sévère, mais en même temps signe d'impuissance : "au vu des nombreuses promesses non tenues et des déboires enregistrés depuis le début de Chorus, la Mission ne cache pas son scepticisme sur la fiabilité des engagements pris et des hypothèses formulées. Les responsables de Chorus devront convaincre par des actes et des résultats, plutôt que par des affirmations non confirmées par la réalité au fil du temps". Pour une de nos sources, "on verra les bénéfices de Chorus dans 10 ans". Et non en 2011 ou 2012, comme l'envisagent les hypothèses de ROI les plus optimistes.
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