Fréderic Lau, directeur de mission au Cigref : « le CIO quitte la mise en œuvre des infrastructures pour aller vers un modèle de distribution de services pour les métiers » 

Le 08 juillet 2011 (14:09) - par La rédaction

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Rubriques : Cloud et Grid Computing Tags : cloud-computing - cigref

Frédéric Lau est Directeur de Mission au Cigref (le Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises) et anime la réflexion sur le SaaS au Cigref. Il est, par ailleurs, membre du jury des Trophées du Cloud Computing, réalisés en partenariat avec Stratégies Cloud, LeMagIT et Cloud Magazine. Dans une interview accordée à Stratégiescloud.fr, il fait le point sur le Cloud Computing et le SaaS notamment à travers ses échanges réguliers avec les grandes entreprises.

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StratégiesCloud.fr : A travers les échanges que vous pouvez avoir avec les membres du Cigref, quel est selon vous le niveau du maturité actuel du Cloud Computing ?

Frédéric Lau : c’est difficile à dire. Je n’ai pas une vision statistique des choses mais je dirai qu’il y a encore un décalage entre le message marketing, qui est très fort, et la réalité du Cloud Computing dans les grandes entreprises. Au travers des échanges que j’ai pu avoir, il me semble que la perception des enjeux technologiques est de plus en plus mature. En revanche il y a encore beaucoup de questions autour des services qui peuvent être déployés sur des architectures de type Cloud Computing. Il y a de vraies préoccupations à ce niveau.

StratégiesCloud.fr : Quelles sont alors ces préoccupations ?

F.L : la première préoccupation est d’ordre organisationnel. Certaines entreprises ont conscience qu’avec le Cloud Computing, la mission de la DSI change et que la DSI se transformera aussi en un « fournisseur de services », ce qui est déjà partiellement le cas.  De manière concomitante, la question du comment reste prégnante. La grande interrogation est donc : comment cela va modifier mon informatique ?  Les grandes entreprises françaises ont profité de la crise pour rendre plus flexible leur informatique. La plupart de nos membres ont bien anticipé le dimensionnement de leurs infrastructures dans le cadre de la reprise actuelle des projets informatiques. Le Cloud Computing peut permettre d’aller plus loin. Mais on n’est pas dans une situation d’urgence au niveau de la flexibilité des systèmes d’information de nos membres.

StratégiesCloud.fr : Quelle est leur perception du Cloud Privé et du Cloud Public ?

F.L : Je ne peux pas répondre pour tous les membres mais dans l’ensemble il me semble que les grandes entreprises ont bien compris qu’avec le Cloud Public, les enjeux se situaient au niveau de l’intégration et de la gestion des interfaces. Pour le Cloud Privé et ses différentes déclinaisons, il y a plus d’hétérogénéité dans les situations observées. Certains de nos membres estiment d’ailleurs que faire un Cloud Privé, ce n’est pas faire du Cloud. D’autres estiment que par rapport aux solutions actuelles proposées, il faut en repenser d’autres plus spécifiques et originales.  Et dans cette reformulation du Cloud Privé, il faut mettre les services au centre de la réflexion stratégique. On ne trouve pas encore assez d’avis et d’expertises sur ce sujet mais je pense que cela doit être la base d’une bonne stratégie de migration vers le Cloud Computing.  Pour moi, le Cloud Privé va être de plus en plus spécifique et l’approche du DSI devrait se résumer à cette question : quels services doivent être hébergés ou non dans mon nuage : recherche, business ou administratif avec notamment l’ERP.  

StratégiesCloud.fr : Est-ce-que cela veut dire que l’intérêt des DSI se porte davantage sur le SaaS ?

F.L : d’une manière générale, beaucoup de nos membres ont déjà plus basculé dans la phase d’apprentissage du mode SaaS. A titre personnel, je trouve que la maturité d’usage est déjà forte mais même si les éditeurs évoluent, tous ne sont pas au même niveau de maturité. D’ailleurs, nous sommes en train de bâtir un observatoire de la maturité du SaaS dont la mission sera de mesurer la perception par applications, le niveau d’adoption, mais aussi les facteurs de désillusion. Cela illustre l’importance que l’on accorde au SaaS.

StratégiesCloud.fr : Quels sont alors ces services qui peuvent le plus facilement migrer vers le Cloud Computing ?

F.L : Pour beaucoup de nos membres, le besoin clé, c’est répondre aux besoins des métiers avec des services comme la messagerie, le CRM mais aussi des services de type wiki pour de la gestion partagée de projets. La migration vers le Cloud peut permettre une homogénéisation avec un meilleur pilotage du fournisseur de service. Le second besoin à moyen terme, c’est la mise en place d’un Cloud pour les services transverses comme par exemple les services administratifs, avec bien sûr la grande question sur les évolutions des ERP et là il semble qu’il y ait un problème sur le modèle actuel de facturation des éditeurs. La stratégie des grands éditeurs a besoin d’être éclaircie dans ce domaine. Maintenant il faut aussi que la qualité de service soit au rendez vous.  Je ne vois pas les grandes entreprises françaises prendre le risque d’une dégradation de service et des temps de réponses, souvent liés aux réseaux et à la taille de l’infrastructure.

StratégiesCloud.fr : Quels sont selon vous les obstacles à la bascule ?

F.L : Il y en a plusieurs mais cela ne devrait pas ralentir trop longtemps le mouvement actuel vers le Cloud Computing et le SaaS. Par exemple, les  arguments actuels des pure-players du Cloud Computing sont encore légers sur la qualité de service et les aspects juridiques. Bien sur, il y a aussi les craintes des grandes entreprises sur la sécurité des données bien que les spécialistes du Cloud expliquent que c’est un faux problème et que l’on peut reconstituer des données perdues. Je vois aussi d’autres problèmes de sécurité mal appréhendés par les pure-players comme l’archivage légal et la sécurisation des accès. Mais il ne fait pas raisonner de manière trop générale sur les obstacles. Si je prends le cas des banques, il est clair par exemple que toutes les applications de calculs financiers ont besoin d’un fort taux de qualité de services que le Cloud ne pourra que difficilement leur donner. C’est moins le cas pour les flux liés à des informations générales. Enfin on a un peu trop tendance à mettre en avant des obstacles techniques alors que pour moi l’un des obstacles clés est lié par exemple aux conditions de réversibilité.

StratégiesCloud.fr : Pour finir quels sont, selon vous, les mutations que doivent anticiper les CIO dans l’évolution de leur informatique vers le Cloud Computing et le SaaS ?

F.L : Une grande majorité des CIO français sont déjà membres des comités de direction des grandes entreprises. Certains sont même au COMEX. On a donc fait déjà beaucoup de chemin dans la reconnaissance de cette fonction stratégique pour l’entreprise. La montée en puissance du Cloud et du SaaS va renforcer cette tendance parce qu’elle transforme le CIO (Chief Information Officer) en un Chief Service Officer. C’est la vision notamment des auteurs de « CIO Edge » que je partage pleinement. En clair ,le CIO quitte la mise en œuvre des infrastructures  pour aller vers un modèle de distribution de services pour les métiers. Avec le Cloud et le SaaS, il crée un nouveau business modèle pour son système d’information et en fait un actif en termes de création de valeur. Cela renforcera indéniablement le rôle de la fonction SI dans l’entreprise.

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