Chorus et ONP : la mutualisation par l'applicatif peine à prouver sa pertinence
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Ce n'est pas la première fois que l'Etat tente de réduire ses dépenses IT via des opérations de mutualisation. Mais plutôt que de s'attaquer aux infrastructures - priorité souvent retenue par les grands comptes du secteur privé -, les précédentes décisions du gouvernement français avaient ciblé l'applicatif. Avec deux projets phares : Chorus bien sûr - pour le volet comptable - et l'ONP (Opérateur national de paye) - pour la paie des fonctionnaires. Tous deux reposent sur la même mécanique : une harmonisation et une rationalisation des processus pour faire diminuer les dépenses de personnels sur ces deux métiers de l'administration.
Ainsi, en dehors de toutes les critiques qui l'accablent ces dernières semaines (retards de paiement, problèmes dans la reprise de données, interrogations sur les interfaces avec les applications ministérielles, assauts répétés de la Cour des comptes), rappelons que le retour sur investissement du colossal projet Chorus (un investissement de près de 690 M€ sur la période 2006-2012) repose entièrement sur la réduction des effectifs comptables. Dans son scénario le plus optimiste, l'Inspection générale des Finances estimait en 2006 que Chorus permettrait d'éliminer 8 000 emplois environ. Sans cette optimisation des back office comptables, même en remplaçant les 80 applications ministérielles prévues, l'Etat laissera sur la table 400 millions d'euros de plus qu'actuellement en 10 ans.
Chorus : le scénario optimiste s'éloigne
Comme l'a montré la récente audition de Philippe Parini, directeur général des finances publiques (le patron de la DGFiP chargée de produire les comptes de l'Etat que certifie la Cour des comptes) et Jacques Marzin, le directeur de l'Agence pour l'informatique financière de l'Etat (AIFE, qui pilote le chantier Chorus au quotidien) par la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale, ce scénario optimiste paraît aujourd'hui plus que fragile, compte tenu des difficultés vécues sur le terrain. Lors de la même audition, Christian Babusiaux, président de la première chambre de la Cour des comptes, relevait ainsi, parmi les insuffisances majeures de Chorus, que la remise à plat des processus comptables n'a pas été menée à son terme et que les agents n'ont pas été suffisamment formés à l'outil, entraînant des dysfonctionnements partout où Chorus est mis en oeuvre (la v5 vient d'être déployée au début juillet). Des constats qui ne plaident pas en faveur de la réalisation des scénarios les plus optimistes de l'Inspection des finances, les seuls aboutissant à un retour sur investissement (courbes verte et jaune du graphique ci-dessous).

D'ailleurs, dans le document détaillant la RGPP II, dévoilé fin juin, le ministère du Budget est désigné comme l'administration pilote pour le déploiement de services facturiers, visant à regrouper la gestion de la dépense. Hors, la mise en place de ces organisations partagées dans toute l'administration d'Etat était la condition sine qua non pour atteindre le scénario le plus favorable (la courbe verte donc). Vu l'état d'avancement sur ce sujet, nul doute que Chorus restera pendant encore quelques années un investissement non rentable pour l'Etat. Sans oublier les surcoûts que devraient générer, selon la Cour des comptes, les désordres actuels.
Pour la Cour des comptes, Chorus va entraîner des surcoûts
"En 2008, l’objectif affiché était que Chorus tienne toute la comptabilité de l’État en 2010. Fin 2008, cette échéance avait été repoussée à 2011. Début 2010, la bascule de la comptabilité générale est une nouvelle fois décalée d’un an, pour une échéance aujourd’hui fixée au 1er janvier 2012. Le report du déploiement complet de Chorus va entraîner des surcoûts, des études complémentaires et de nouveaux développements [...] nécessaires, en particulier, pour maintenir des applications anciennes", a ainsi indiqué Christian Babusiaux, précisant n'avoir aucune visibilité sur l'importance de ces surcoûts. "Ils dépendront de l’ampleur des modifications qui seront apportées à Chorus dans les semaines qui viennent". Un indice qui montre que le doute s'installe dans l'administration sur la pertinence de Chorus, en tout cas sur la totalité du périmètre fonctionnel ciblé. "Il faut aller au bout de ces chantiers pour en tirer les bénéfices, avertit David Gelrubin, président du cabinet Fontaine Consultants. Arrêter ces projets au milieu du gué serait dangereux".
S'il est trop pour tirer un premier bilan - la construction de la solution technique ne devant s'achever que début 2012 -, l'ONP repose sur la même mécanique : rationalisation des applicatifs et alignement des processus débouchant sur des réductions d'effectifs. L'Opérateur envisage un retour sur investissement sur cinq ans, reposant sur la suppression de 3 000 postes dédiés à la paye dans les ministères et sur celle de 800 autres au Trésor public. Aujourd'hui, le traitement de la paye occupe environ 10 000 fonctionnaires (sans compter les personnels du Trésor public), mais la productivité varie dans des proportions allant de 1 à 10 selon les ministères.
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Par pepito




