Collectivités : l’impossible mutualisation ?
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Mi-septembre 2009, le gouvernement américain a lancé Apps.gov. Un site Web hébergeant, en mode Saas, des applications et des services dûment approuvés, à destination des administrations du pays, et proposés notamment par Salesforce.com ou encore Google. Stockage, hébergement et provisionnement de machines virtuelles doivent suivre. Les premiers pilotes sont programmés pour cette année. Peut-on imaginer un Apps.gouv.fr sur ce modèle ? Pourquoi pas… mais peut-être pas pour l’intégralité du secteur public. Et peut-être pas encore à l’échelle nationale.
Trop de spécificités dans les grandes administrations
Pour Jean-Claude Lamoureux, directeur associé du groupe Sopra en charge du conseil au secteur public, une telle perspective n’est pas crédible pour les grandes administrations, en raison de trop « fortes spécificités métiers. » Pour les fonctions de support, « on assiste déjà à une mutualisation, avec l'ONP ou Chorus. » Mais là, le client est unique, d’où un marché étroit ne justifiant pas la création d’une plateforme Saas mutualisée. Même chose pour la Justice, où Sopra assiste le ministère dans la refonte de chaîne pénale. D’autres administrations encore sont dans une situation comparable, à l’instar de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie : là, encore un marché étroit et de fortes spécificités métiers, alors que les projets de mise en place de systèmes comptables à base d’ERP commencent à peine. En outre, sur le secteur de la protection sociale, Jean-Claude Lamoureux relève que « l’on se regarde pour voir comment se copier les uns les autres » plus que pour chercher une forme de mutualisation…
Collectivités territoriales : « ça bouge déjà »
Pour autant, la perspective de plateformes applicatives et de services mutualisés n’est pas complètement incongrue. Dans le domaine de la santé, par exemple, « le marché n’est pas encore très structuré. Cela pourrait être une solution pour les hôpitaux de petite ou moyenne taille. Mais ils n’y a pas encore d’initiative dans ce sens. Et puis, il faut ajouter des spécificités réglementaires, une gestion qui relève de la comptabilité publique, etc. » Bref, on est loin du marché du siècle, mais les perspectives semblent exister.
| Des initiatives parfois déjà anciennes |
| Si, en 2008, IDC estimait que la mutualisation des infrastructures informatiques entre collectivités locales restait limitée, certaines initiatives remontent à bien avant. En 2006, la communauté d’agglomération du Grand Nancy s’est lancée dans une telle démarche, associant neuf villes en tout, sur la base d’un premier essai réussi entre Nancy et Vandoeuvre - une initiative remontant à 1999. Plus généralement, les structures de type communautés de communes ont souvent été l’occasion d’une mutualisation de la fonction informatique sur le périmètre des compétences transférées par les communes à la structure intercommunale. Par exemple, à Chelles, le DSI s’occupe également du SI de la communauté d’agglomération Marne et Chantereine ; à Drancy, le DSI a aussi la charge des infrastructures informatiques de la Communauté de Communes de l’aéroport du Bourget, etc. |
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En fait, c’est du côté des collectivités territoriales que les perspectives paraissent les plus prometteuses : « il y a déjà des offres de type ASP pour la dématérialisation des marchés publics, par exemple. » Et Jean-Claude Lamoureux de citer l’exemple du groupement d’intérêt public e-Bourgogne. Lequel « mutualise des équipements informatiques et des services pour déployer l’administration électronique », comme l’indique son site Web, avec, au programme, des services au citoyens, aux collectivités et aux entreprises. Un projet dans lequel Sopra est intervenu en assistance au pilotage ; l’exploitation et la maintenance de la plateforme ayant été confiés à Atos Worldline dans le cadre d’un partenariat public-privé de dix ans.
Le projet breton Megalis s’appuie sur la même logique, avec services applicatifs et « services d’e-administration ». Des idées qui essaiment : « Sopra est intervenu avec la commission européenne pour l’extension de ces dispositifs à des collectivités territoriales d’autres pays, comme l’Espagne, l’Italie ou encore la République Tchèque », explique Jean-Claude Lamoureux. Pour lui, le terrain de ces collectivités promet d’être fertile : « elles ont énormément de métiers différents, mais toutes ont les mêmes. On peut imaginer construire des offres en ASP, pour chaque métier différent. » Une diversité des métiers qui ne manque toutefois pas de générer des difficultés, comme l’évoquait récemment le DSI du Pays Voyronnais dans nos colonnes.
Une impulsion de la force publique
Ce qui n’empêche pas les initiatives. L’Adullact (Association des développeurs et des utilisateurs de logiciels libres pour l'administration et les collectivités territoriales), en particulier, pousse à la mutualisation des outils pour les collectivités et l’administration, en Open Source. L’association, organisée autour de groupes de travail thématiques, organise la création et la mise à disposition d’outils dédiés aux préoccupations des collectivités. Pour 2010, elle se concentre ainsi sur la dématérialisation, proposant une chaîne complète d’outils intégrant la gestion du courrier, des actes administratifs, de la signature électronique, etc. Jusqu’aux marchés publics, en passant par l’instruction des installations d’assainissement, ou encore l’espace de travail numérique pour l’enseignement. Et, justement, l’Adullact regroupe des adhérents aux besoins potentiellement très différents les uns des autres : communes, communautés de communes et urbaines, conseils généraux, Sdis... pour un total de 6 931 structures territoriales adhérentes.
Jean-Claude Lamoureux évoque aussi le moteur de portail Lutèce de la ville de Paris – un CMS « produit la ville et versé à la communauté Open Source ». Autant d’impulsions provenant de la sphère publique. Dès lors, Jean-Claude Lamoureux s’interroge sur le rôle des éditeurs privés dans ce mouvement : « dans tous ces projets, le risque est majoritairement porté par la sphère publique. »
La crise, un nouveau catalyseur ?
Reste à savoir quel rôle jouera la crise dans ce contexte. En mai dernier, Gartner indiquait prévoir que le secteur public serait un lourd contributeur à la croissance de la dépense informatique en 2010. Mais, il y a quelques jours, le cabinet a choisi de revoir à la baisse sa prévision de croissance de la dépense IT mondiale pour cette année, sous l’effet, en particulier, de la crise de la dette souveraine en Europe. De quoi accélérer les efforts locaux de mutualisation ?







Par pepito




