Dossier : l'Etat s'attaque de front à la mutualisation de ses infrastructures IT
| Dossier sponsorisé par IBM |
Un pas plus loin. Devant l'urgence en matière de déficits publics - ces derniers ont augmenté, selon la Cour des comptes, de 4,2 points en 2009 pour atteindre 7,5 % du PIB -, le Budget serre la vis. Présenté en conseil des ministres la semaine dernière, la seconde phase de la Réforme Générale des Politiques Publiques (RGPP II) vise, au travers de 150 mesures, à économiser 10 milliards d'euros par an d'ici à 2013.
Un véritable inventaire à la Prévert où l'informatique est souvent citée. Tant comme une enveloppe que l'on peut amincir, que comme un facteur de gain de productivité. Toutefois, par rapport à la première mouture de la RGPP, la voie de la mutualisation non seulement des achats mais aussi des moyens se dessine bien plus clairement. Le document publié par le Budget précise ainsi que, à la suite de quatre ministères pilotes en 2010, tous les ministères devront "d'ici à mi-2012 atteindre certains "standards de qualité" en matière de systèmes d'information, incluant une plus grande transparence sur leurs coûts. Un alignement qui annonce des formes de mise en commun, voire d'externalisation. D'ailleurs, sans même attendre cette échéance, le gouvernement presse les ministères de définir d'ici à la fin de l'année "un objectif de mutualisation des infrastructures techniques (centres de calcul et hébergement)" et d'identifier les "services qu'ils pourraient proposer aux autres ministères ainsi que les besoins qu'ils pourraient satisfaire grâce à une mutualisation avec d'autres ministères".
Economiser 10 % sur un budget IT de 3 Md€
Bref, les chapelles informatiques qui se sont constituées dans chaque ministère (avec des budgets, effectifs, contrats de prestation et infrastructures propres) sont appelées à se rapprocher pour réduire les dépenses globales de l'Etat. Notons d'ailleurs que la dépense globale de l'administration d'Etat en matière d'informatique reste nébuleuse : dans son document de cadrage de la RGPP II, le Budget se contente d'indiquer que "près de 3 milliards d’euros sont aujourd’hui consacrés aux systèmes d’information". Le Budget espère économiser environ 300 M€ par an sur cette enveloppe. Signalons que la rémunération des informaticiens, à elle seule, est proche de 1 Md€ par an.
Pour conduire cette réforme, la RGPP II prévoit de créer une fonction de DSI interministériel, qui sera expérimentée sous la forme d'une "mission de préfiguration" dès l'été avant de devenir effective dès la fin de l'année. Un DSI qui doit notamment conduire les opérations de mutualisation. La consolidation de serveurs et le partage de ressources entre ministères étant directement évoqués dans le document du Budget. "C'est un gisement naturel d'économies. L'infrastructure est la voie de mutualisation la plus simple, comme l'ont montré les expériences des grandes entreprises", relève David Gelrubin, président du cabinet de conseil Fontaine Consultants. Et de citer des ratios d'économies sur la consolidation des datacenters dans le privé situés entre 15 et 20 %, plus même si la situation de départ repose sur un grand nombre de centres. "Les 14 ministères ont chacun leurs infrastructures, leurs masters pour les postes de travail, leur production. Dans les grands groupes privé, la situation était moins disparate", relève-t-il.
Une confirmation de l'intérêt de l'Etat pour l'IT, selon Syntec
Bref, après avoir tenté de dégager des gains de productivité par la mutualisation des applicatifs (via les projets Chorus - pour le volet comptable - et ONP - pour la paie des fonctionnaires -) avec des résultats encore largement contestables, l'Etat prend le problème de front, en tentant de décloisonner les baronnies informatiques des différents ministères. Une voie dans laquelle se sont déjà engagés d'autres états dont les comptes sont sous pression, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.
| Cloud et mutualisation des "infras" : heureuse concordance des temps |
| D'un côté, le gouvernement entend mutualiser les infrastructures, de l'autre, via le Grand Emprunt, il entend stimuler (à hauteur de 700 M€) la construction de grands centres de données dans l'Hexagone, datacenters qui constitueraient le socle de futures offres de Cloud Computing nationales. Deux sujets qui pourraient bien se rejoindre très vite. David Gelrubin, président du cabinet Fontaine Consultants, estime ainsi :"Pourquoi l'Etat ne serait pas le premier client du Cloud français, qu'il contribue à bâtir via le Grand Emprunt ?" Une question qui semble également légitime pour Guy Mamou-Mani, le président de Syntec Informatique : "réfléchir au sujet de la mutualisation dans le cadre du Cloud Computing semble une démarche intelligente. Cela permettrait aux administrations - et aux contribuables - de sauter une étape". |
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La France ne va pas aussi loin que la Grande-Bretagne en la matière - outre-Manche, le gouvernement a annoncé le gel de tout projet supérieur à un million de livres et l'arrêt brutal de certains programmes comme celui de la carte d'identité électronique. "Cette RGPP II est globalement une confirmation de l'intérêt des outils informatiques pour la transformation de l'Etat, estime Guy Mamou-Mani, le président de Syntec Informatique qui a livré ses premières impressions sur ce texte au MagIT. Le scénario à l'anglaise, que les acteurs du service redoutaient, s'éloigne". Le dirigeant du syndicat patronal des SSII et éditeurs voit plutôt cette réforme comme un mélange entre des rationalisations raisonnables - côté infrastructures - et la poursuite de projets visant, via les outils IT, à trouver de nouveaux gains de productivité pour l'Etat. "Voilà des années que, dans les entreprises, on se posent ces questions de la rationalisation, de la performance des investissements IT, juge Guy Mamou-Mani. La crise a eu le mérite de mettre ces sujets sur le tapis dans les administrations".
D'autres se montrent moins optimistes, comme Pierre Chiarelli, directeur de la branche secteur public de GFI : "Cette réduction des dépenses, on la vit déjà au jour le jour. Un certain nombre d'appels d'offre lancés ont été différés. Des missions que nous avions à Bercy ou à l'Education Nationale n'ont pas été renouvelées". Et de parler d'une vague de restriction budgétaire majeure, touchant tant l'administration d'Etat que les collectivités : - 20 % en quatre mois, estime-t-il. "Je pense qu'il s'agit d'un mouvement de fond : toute collectivité, quelle qu'elle soit, se doit de montrer l'exemple." Un phénomène qui ouvre toutefois la porte, selon Pierre Chiarelli, à des solutions auparavant écartées d'emblée, comme le Saas, l'externalisation du personnel, la dématérialisation des bulletins de paie, ou l'emploi du centre nearshore de GFI au Maroc. "Le recours aux centres dans les pays à bas coût n'est plus tabou, explique le dirigeant de GFI. L'administration pose pour seule condition de travailler avec des francophones."
Réforme des SI de la "Sécu", lutte contre la fraude, etc. : les chantiers fourmillent
Si toutes les inquiétudes ne sont pas levées, le volet investissement de la RGPP II livre quelques pistes qui promettent de nouveaux chantiers pour les SSII de la place. Une nouvelle plutôt rassurante pour le secteur, comme le note Guy Mamou-Mani. De facto, le secteur public a été le principal facteur de résistance des services informatiques durant la crise, la croissance des dépenses dans ce secteur ayant compensé pour partie le coup de frein des entreprises. Les pistes dessinées par la RGPP II fourmillent, à ce titre, de futurs chantiers - parfois trapus - qui devraient bénéficier au secteur IT. Citons pêle-mêle : la réforme des systèmes d'information des organismes de sécurité sociale (dont les coûts IT ont déjà fait plusieurs fois l'objet de débats et de critiques de la Cour des comptes), une généralisation des contrôles et audits sur les systèmes d'information des ministères, la poursuite de la réforme des SI au ministère de la Défense - un des grands chantiers du moment en lien avec le regroupement de l'administration centrale de ce ministère sur le site parisien de Balard -, le développement des applications au sein du ministère de l'Immigration (notamment AGDREF 2 pour la délivrance de titres de séjour biométriques) ou encore une accentuation de la lutte contre la fraude aux aides sociales.







Par pepito



