Cet article court sur trois pages : 3/3
Privilégier les petits pas donc. Une approche que contestent les SSII indiennes. Lors d'une conférence à Paris, début février, Ian Morris, le responsable des solutions pour la banque HCL, expliquait ainsi : "les approches de type amélioration progressive puis transfert à l'offshore ne fonctionnent pas. Améliorer la gestion de l'applicatif prend en général cinq ans en interne."
Au démarrage, pas des économies... mais un surcoût
Quel que soit le choix du donneur d'ordre - transition douce ou passage rapide au centre de services -, il ne pourra pas s'épargner la phase de transfert de compétences, entre les équipes internes - ou les régies en place - et la SSII choisie. "Souvent, une année est nécessaire pour qu'un prestataire entrant acquiert un niveau de compétences équivalent à celui des équipes internes ou des régies en place", note Jean-Benoît Chauveau. Pas moins. "Le point le plus délicat de ces contrats réside dans le transfert de connaissances, confirme Catherine Le Louarn. Il faut éviter que les personnels qui ont la connaissance du patrimoine ne partent trop vite. D'autant que les difficultés que crée une transition trop brutale n'apparaissent pas tout de suite." Un écueil qu'avait connu par exemple Renault, lors de la signature du contrat de gestion du patrimoine applicatif avec Atos-Origin. Le départ brutal des régies, notamment celles d'Unilog, avait abouti à de sérieuses difficultés. "Dans les contrats, il faut donc prévoir de conserver les régies. Et il faut bien compter six mois", ajoute-t-elle.
Un point qui peut faire grincer des dents côté donneur d'ordre, puisque, durant cette période au moins, les équipes fonctionnent en doublon, multipliant d'autant les coûts. De quoi assombrir la mine d'un DAF qui voyait dans l'outsourcing applicatif un moyen de réduire ses coûts fixes rapidement.
Dans la pratique, Catherine Le Louarn conseille d'en passer par trois étapes. Une première phase où le donneur d'ordre conserve les régies en place et assure la montée en charge du nouveau prestataire. Une seconde phase où ce dernier prend la main, tout en conservant en sous-traitance certaines des régies ayant une bonne connaissance des applicatifs concernés. Et, enfin, l'entrée du contrat dans son régime nominal. "Et, en interne, il faut penser à reconvertir le management intermédiaire, qui doit apprendre à gérer un contrat plutôt que des équipes", note la directrice générale de KLC. Preuve que les gisements d'économies agités par les prestataires sont peut être bien là, mais qu'ils ne se laissent pas exploiter sans effort.
En savoir plus : lire la tribune de Dominique Raviart (NelsonHall)
|
La fin des "deals" purement financiers ? Comme les autres entreprises, les SSII sont affectées par la crise du crédit. En effet, les prestataires avaient coutume de proposer des réductions significatives aux grands donneurs d'ordre sur la première année (ou les premières années) de contrat. Cette sorte de crédit était ensuite compensée par une augmentation du coût annuel de la prestation. Selon Francis Capdepuy, directeur du conseil de Compass, "les prestataires ont changé leur fusil d'épaule sur les nouveaux contrats en cours de négociation. Ce sont de moins en moins des affaires présentées sous un volet purement financier. Cette mutation entraîne une certaine forme d'incompréhension chez quelques donneurs d'ordre, notamment dans la distribution". Un facteur susceptible de bloquer certaines affaires, confirme le dirigeant, même s'il affecte avant tout les affaires touchant à l'infrastructure. Résultat : selon les chiffres récents du cabinet NelsonHall sur les signatures de contrats d'outsourcing (infogérance et BPO) dans le monde en 2008, le quatrième trimestre de l'année dernière a été particulièrement faible, avec un volume d'affaires près de trois fois inférieur à celui enregistré en 2007 (voir graphique ci-dessous). Un effondrement qui a particulièrement affecté l'Europe. Et NelsonHall prévoit que la crise financière ralentira les signatures de contrats sur le continent au moins pendant tout le premier semestre 2009.
Mais certains y voient une forme d'assainissement du marché. "L'ingénierie financière d'un contrat est toujours défavorable au donneur d'ordre. Le prestataire n'est jamais un bon banquier. Je recommande à mes clients de payer le vrai prix de la prestation", explique Jean-Benoît Chauveau, associé-gérant du cabinet de conseil Tiefree. |
Téléchargez cet article au format PDF


















