Le numérique, une locomotive pour l'emploi ? Ce n'est pas gagné ! 

Le 19 janvier 2012 (18:33) - par Anne-Marie Rouzere

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Rubriques : Carrière - Recrutement - Formation Tags : emploi - numerique - formation - chomage - education - compétences - statistiques - metiers

Ne serait-ce que dans les perspectives d'emploi à cinq ans, le décalage est flagrant entre les statistiques officielles et les ambitions de la filière numérique. Mais quelques mesures concrètes (POE, option au bac) annoncées pour 2012 pourraient contribuer à faire bouger les lignes.

En quinze ans, le numérique a créé 700 000 emplois. Et près de 10 000 de plus (solde net) en 2011, rien qu'en ingéniérie et conseil, selon le Syntec. Martelé par les représentants des SSII, des éditeurs et autres acteurs du web, le message ne trouve guère encore d'écho du côté de l'Administration. Secteur porteur, filière de croissance? Allons donc ! Dans les perspectives d'emploi à cinq ans et à vingt ans présentées mardi 17 janvier par le Centre d'analyse stratégique (CAS, organe d'expertise rattaché au cabinet du Premier ministre), pas une seule mention du numérique.

Certes « les activités informatiques et système d'information» se distinguent en tête des secteurs dont l'emploi s'est maintenu dans la crise (+10,8% depuis 2007). Mais dans les projections à l'horizon 2016 et dans la hiérarchisation des secteurs porteurs, tout juste cite-t-on les services cognitifs aux entreprises, dont relèvent «conseil et assistance» (qui englobe l'informatique, et bien d'autres filières de métiers) et la R&D comme pourvoyeurs d'emplois haut de gamme et en nombre (153 000 emplois d'ici à 2016, 21 000 pour la R&D).

« A plus long terme (2030), la montée de l'immatériel dans la création de valeur fortifie la position de ces secteurs. Avec, selon les scenarii plus ou moins optimistes, de 330 000 à 410 000 emplois en 20 ans », précisait Vincent Chriqui, directeur général du CAS lors de la présentation de ces études. Et encore ! Se rangent pêle-mêle dans cette catégorie ingénierie, marketing, architecture, design, publicité.

Une mosaïque de métiers à clarifier

On est loin des objectifs soutenus également ce mardi 17 janvier par le Syntec numérique dans ses propositions aux candidats à la Présidentielle. A commencer par les 50 000 emplois prévus sur 5 ans, rien que pour le secteur logiciels & services. Sans compter les start-up du numérique dont « les emplois connaîtraient une croissance de 22% par an », comme le rappelle Gilles Babinet, président du Conseil national du numérique (CNN) dans une tribune du Monde. « L'évolution naturelle du secteur du numérique devrait permettre de créer environ 450 000 emplois dans les années à venir. L'enjeu serait d'en créer au moins un million ».

Sur le front du chômage, les POE
L'enjeu (selon le Medef, au sommet social du 18 janvier): 60 000 emplois, pour autant de chômeurs reclassés, grâce à l'extension du dispositif de préparation opérationnelle à l'emploi (POE) dans dix branches en demande de compétences. Dont l'informatique ? De fait, la fédération Syntec (qui englobe les filières numérique, ingénierie, études et conseil) a mis à l'ordre du jour de sa prochaine réunion d'état-major, le 27 janvier, la signature de la convention avec Pôle Emploi qui permettrait au Fafiec, son OPCA (collecteur des cotisations formation de la branche), d'organiser le programme de POE pour la branche. «Il n'est pas irréaliste de penser que la filière numérique pourrait passer de 40 000 emplois créés par an, à 50 000», observe Max Balensi, délégué général de la fédération Syntec. La part de reclassement (POE), y compris d'informaticiens au chômage, face à cette éventualité ? «Même à grosses mailles, bien malin qui saurait le dire».
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Il est vrai que la mosaïque complexe des métiers et emplois concernés reste difficile à cerner pour des décomptes strictement statistiques. L'Insee et la Dares ont ajusté le tir en 2009 dans leur nomenclature. Mais webmasters, concepteurs de sites ou de jeux ou community managers relèvent d'un classement (secteur communication, information, arts et spectacle) qui masque leur spécificité. Pour la filière numérique, un effort de clarification, comme celui conduit par l'observatoire des métiers de l'économie verte autour des métiers verts ou « verdissants », reste à faire.

On ne saurait taxer cette attente de clarification de corporatisme, puisque l'innovation sur fond de numérique n'est l'apanage d'aucun secteur (comme le soutient le Cigref depuis des années) et qu'une large partie de ces emplois sont disséminés dans des PME. « Donc peu visibles », souligne Gilles Babinet.

Justement : que fait le Conseil national du numérique ? Il milite dans les antichambres du Pouvoir. « En face de l'inspection des finances, par exemple, nous sommes amenés à traiter de l'innovation au sens large », confie Gilles Babinet, tout en insistant sur l'urgence de mettre le paquet sur les domaines de spécialisation à fort potentiel. « A force de marteler le message autour des enjeux économiques, on a l'impression qu'il commence à passer auprès des décideurs et des élus ». Un des chevaux de bataille actuels du CNN (outre le focus sur la jeune entreprise innovante): le rapprochement du monde universitaire de l'entreprise, notamment au travers des Idex (initiatives d'excellence, pôles pluridisciplinaires de recherche et d'enseignement de rang mondial)

En 2012, une option Informatique et sciences du numérique au bac

Plus concret et immédiat, l'association Pascaline oeuvre sur le terrain pour promouvoir les métiers du numérique auprès des lycéens et de leurs parents, voire de leurs conseillers en orientation ! Tant il en est encore et encore grand besoin. «Le problème n'est pas dans leur usage personnel de l'informatique », plaide Jean-Louis Bernaudin, délégué général. « Ils ne savent pas à quoi cela rime dans une entreprise, et n'ont aucune idée de l'éventail des métiers et des débouchés qui leur sont largement ouverts », comme l'a montré encore la semaine dernière la flopée de questions teintées d'inquiétude lors d'une présentation au salon Postbac. Bonne nouvelle de fin 2011 : l'Education nationale a acté l'ouverture d'une option Informatique et sciences du numérique au lycée organisée dès la rentrée 2012 au niveau du bac. Une option ISN à laquelle Pascaline et l'Inria, sont associées pour préparer les enseignants volontaires à passer à l'action, sur la base d'un programme qui devrait être défini d'ici la fin du premier trimestre.

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Par jack
 Le 20/01/2012 à 14:20
Comme pour la mécanisation, ce que le numérique offre d'une main il le reprend souvent de l'autre, par la rationalisation et donc l'économie de main d'œuvre plus qualifiée mais moins nombreuse. Même si globalement on à assisté à la naissance d'une nouvelle industrie celle ci se rationalise aussi, la compétence croissante des générations montantes et l'amélioration des technologies va en outre diminuer le besoin de support et de dépannage.
Cette locomotive aura de moins en moins besoin de mécaniciens, elle automatisera la vente des billets et leur contrôle...
Cet "eldorado" pour l'emploi risque fort de s'avérer un simple filon qui une fois épuisé laissera encore plus de monde sur la paille, après avoir fait beaucoup de dégâts.
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Par nana
 Le 20/01/2012 à 18:31
@jack: quel pessimisme! et qui a parlé d'Eldorado?
Et si cette génération de main d'oeuvre plus qualifiée à laquelle vous faites allusion débouche sur quelque chose de plus "intelligent" du point de vue social! On peut toujours espérer! Et en tout cas essayer!
Sinon, y a plus qu'à se croiser les bras en attendant la fin......
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Par Association EPI
 Le 22/01/2012 à 07:16
Un enseignement de spécialité optionnel « Informatique et Sciences du numérique » en Terminale S entrera en vigueur à la rentrée 2012. Cette création est une première réponse, qui en appelle d'autres, à la question de la culture générale scientifique et technique au 21è siècle.
L'informatique est partout. Dans la vie de tous les jours de tout un chacun. Elle est la forme contemporaine de l'industrialisation. Or, concernant l'enseignement de l'informatique, le rapport Stratégie nationale de recherche et d'innovation, SNRI, faisait en 2009 le constat que « la majorité des ingénieurs et chercheurs non informaticiens n'acquièrent pendant leur cursus qu'un bagage limité au regard de ce que l'on observe dans les autres disciplines. » La « réindustrialisation » suppose une forte compétence globale en informatique. Les débats de société sur les transformations qu'elle engendre se multiplient : Hadopi, libertés numériques, neutralité du Net... Il y a donc un triple enjeu : former l'homme, le travailleur et le citoyen, à savoir les missions traditionnelles de l'Ecole.
La question se pose de savoir quelles sont les représentations mentales opérationnelles, les connaissances scientifiques et techniques qui permettent à tout un chacun d'être en phase et en prise sur la société dans laquelle il vit. Sans risque de se tromper, on peut affirmer que « cliquer sur une souris » et utiliser les fonctions simples d’un logiciel ne suffisent pas à les acquérir, loin de là.
Si les sciences physiques sont devenues discipline scolaire c'est parce qu'elles sous-tendent les réalisations de la société industrielle. Dans les débats sur l'énergie nucléaire ou les OGM, le citoyen peut s'appuyer sur ce qu'il a appris au collège et au lycée en sciences physiques et en SVT. Lors des votes sur la transposition de la directive européenne DADVSI et de la loi Hadopi, s’il fut abondamment question de copie privée, de propriété intellectuelle, de modèles économiques…, ce fut sur fond d’interopérabilité, de DRM, de code source, de logiciels en tant que tels. Dans un cas comme dans l’autre on n’a pu que constater un sérieux déficit global de culture informatique largement partagé. L'informatique est l'une des trois grandes sciences contemporaines. Le monde devient numérique...
La conséquence en est que l'informatique devient, et doit devenir davantage, discipline en tant que telle, composante de la culture générale scolaire. En effet, l'approche pédagogique selon laquelle on peut donner une culture informatique par les utilisations dans les autres disciplines enseignées par le B2i), d'une manière exclusive, s'est révélée être un échec. Un échec prévisible d'ailleurs : imaginons que l'on supprime le cours de mathématiques et qu'alors les entiers relatifs soient traités en histoire à l'occasion de l'étude de la période avant-après JC, et les coordonnées en géographie quand on parle de longitude et de latitude ! Et pourtant c'est ce que l'on a fait avec l'informatique.
L'informatique objet et l'informatique outil pédagogique sont complémentaires et se renforcent mutuellement. L'informatique fait évoluer les objets et les méthodes des autres disciplines (voir par exemple les enseignements techniques et professionnels ou les sciences expérimentales avec l'EXAO et la simulation). Elle est un outil de travail personnel et collectif des enseignants et des élèves, de la communaité éducative. Mais elle aussi discipline scolaire, modalité pédagogique incontournable pour donner à tous les élèves l'indispensable culture générale en la matière.
EPI http://www.epi.asso.fr
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Par tmonin
 Le 22/01/2012 à 19:41
Concernant la conclusion, je souhaite préciser que l'Education Nationale n'a pas attendu 2012 pour s'intéresser à l'informatique. Plus de 60000 lycéens sont formés à l'utilisation d'outils informatiques dans la voie scientifique S-option sciences de l'ingénieur et dans les voies technologiques, cela depuis plusieurs décennies. Utilisations et métiers associés sont bien connus de ces élèves formés sur des logiciels à caractère professionnel dans ces voies de formation pourtant non professionnelles.
L'option ISN devrait donc contribuer à augmenter cet effectif d'élèves sensibilisés à ces aspects du numérique. Cette option nouvelle de la voie scientifique S devrait permettre d'augmenter de 40000 à 50000 probablement cet effectif.
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