Coûts, délais et surtout fonctionnalités. Rien dans le projet Chorus, ce progiciel sur base SAP appelé à gérer la comptabilité de l'Etat, ne trouve grâce aux yeux de la Cour des Comptes. Dans un rapport rendu public à l'occasion de l'audition du ministre du Budget, Eric Woerth, par la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale à la mi-javier, la Cour, qui audite les comptes de l'Etat, étrille le plus grand projet informatique de l'Hexagone, et certainement un des plus importants au monde. LeMagIT a interrogé plusieurs sources directement impliquées sur le projet, à des niveaux très divers. Tous ont souhaité garder l'anonymat, pour pouvoir s'exprimer sur ce sujet très sensible.
Mais tous mettent également en avant la sévérité du rapport. "La Cour tape sur l'AIFE (Agence pour l’informatique financière de l’Etat, qui pilote le chantier, ndlr) pour mieux alerter l'ensemble des intervenants, notamment les ministères", note un interlocuteur en SSII. Une façon de dire que, comme c'est classique dans la mise en place d'un ERP, les utilisateurs - ici les ministères - vont devoir caler leurs organisations sur les principes de fonctionnement de l'outil. D'autant que l'AIFE a choisi de limiter les développements spécifiques au strict minimum, SAP ayant même développé pour l'occasion un module de gestion des marchés publics aujourd'hui intégré à son offre standard. Selon les témoignages que nous avons recueillis, Jacques Marzin, directeur de l’AIFE, n'a pas cédé aux pressions sur cette question des développements spécifiques... ce qui bien sûr a pu lui valoir quelques inimitiés. "La construction de Chorus s'est faite en quatre lots, sans un seul avenant", remarque un responsable de SSII.
Bref, comme le note un observateur ayant suivi le projet depuis ses origines, "fondamentalement, avec ce rapport, tout le monde se réveille un peu tard. A quoi ca sert de flinguer Chorus alors qu'il démarre ?". De facto, la v2 du progiciel est en production auprès d'un petit panel de 400 utilisateurs environ (avec des fonctionnalités limitées à neuf programmes budgétaires, totalisant environ 10 milliards de dépenses de l'Etat), avant un déploiement plus massif au sein des ministères de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Un contrat portant sur 3 000 utilisateurs, dont la phase opérationnelle commencera en juillet sur une v3 du PGI.
1) Délais : un an de retard
Alors tout va bien ? Certes pas, comme ne manque pas de le pointer la Cour des Comptes. En bout de chaîne, cette dernière table sur Chorus pour certifier les comptes de l'Etat, elle qui se plaint de ne pas disposer d'un outil suffisamment fiable aujourd'hui. En novembre, Eric Woerth reconnaissait devant le commission des Finances que le projet avait "pris une année de retard et devrait être opérationnel vers 2011". Alors que, à l'origine, la Cour comptait sur Chorus dès 2010.
Mais, in fine, comme le font remarquer toutes les personnes que nous avons interrogées, un an de retard pour un projet de cette envergure n'a rien de choquant. De grands comptes privés ont fait bien pire... Mais encore faut-il que Chorus sache respecter ses nouvelles échéances. Ce qui reste à vérifier, le gros des déploiements n'ayant pas commencé. Tout nouveau délai alourdirait la facture, comme le fait remarquer la Cour des Comptes, car il faudrait alors allonger la durée de vie des applications que Chorus est censé remplacer, notamment Palier 2006, l'application qui aujourd'hui prend en compte la LOLF (Loi organique sur les lois de finances, une réforme de la comptabilité de l'Etat). Soit, selon les estimations transmises par la Commission des Finances, 60 millions d'euros par année supplémentaire.
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