Enquête : premiers couacs pour le projet Chorus, les prestataires font bloc 

Le 05 février 2009 (12:43) - par Reynald Fléchaux

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Rubriques : Applications transversales / PGI - gestion de projet - Relation fournisseurs et SSII - Secteur public - SSII Tags : france - sopra - chorus - etat - comptabilite - bearingpoint

Une enveloppe budgétaire qui enfle, un retard d'un an, des fonctionnalités de plus en plus dépouillées. La Cour des Comptes dresse un tableau assez noir de Chorus, le futur progiciel comptable de l'Etat. Trop noir aux yeux des observateurs du projet que nous avons interrogés, pour qui le projet connaît des difficultés inhérentes à sa taille, mais continue tout de même sa progression.
Enquête : premiers couacs pour le projet Chorus, les prestataires font bloc

2) Coûts et rentabilité : "une certaine dérive"

Les aspects budgétaires ont bien sûr reçu le plus d'attention médiatique. "Ce sont pourtant les mêmes bases de travail qu'en 2007", remarque un prestataire. Soit un investissement d'environ 550 millions d'euros (conception, déploiement), auquel s'ajoutent 100 millions par an pour la maintenance. C'est exact. En réalité, la Cour des comptes reproche surtout aux porteurs du projet d'avoir "oublié" certains coûts, ce qui nuit à la lisibilité budgétaire. Comme les dépenses de fonctionnement de l'AIFE (78 millions entre 2006 et 2011). Ou les coûts d'adaptation des applications dans les ministères, qui, pour s'interfacer avec le système central, devront être amendées. Encore 80 millions selon la Cour des Comptes.

Plus inquiétant, le rapport relève que les hypothèses de rentabilité du projet (le retour sur investissement) sont "fragiles". Rappelons que les gains qui découlent de l'outil proviennent avant tout de la meilleure efficacité de la chaîne comptable de l'Etat. Dans son scénario le plus optimiste, l'Inspection générale des Finances estimait en 2006 que Chorus permettrait une réduction de 8 000 emplois environ, auxquels s'ajoutent des gains issus de l'arrêt de la maintenance d'applications que Chorus remplace. La Cour des Comptes exhume de son côté une étude du Boston Consulting Group datant de 2004, qui se montrait lui bien moins favorable. Avec des rapports de un à deux ou trois pour les gains estimés sur l'arrêt des applications en place dans les ministères ou sur la productivité de la chaîne comptable.

D'autre part, alors que la partie technique du projet respecte peu ou prou son calendrier, le volet réingénierie des processus, censé amener les fameux gains de productivité, paraît encore un peu en jachère actuellement. D'abord parce que l'organisation des services n'a été décidée que récemment (en juillet 2008), avec une mutualisation interministérielle de la comptabilité au niveau régional, à l'exception des ministères de l'Education Nationale, de la Justice et de la Défense qui, du fait de leur taille, vont conserver des organisations spécifiques. Dans une lettre à la Commission des Finances, Philippe Séguin, président de la Cour des Comptes, souligne que "cette réingénierie des procédures budgétaires et comptables doit encore trouver sa traduction, notamment dans une réécriture du règlement général sur la comptabilité publique". Et d'ajouter au sujet du redéploiement des services comptables, qui conditionnent une bonne partie des gains espérés avec la mise en place de Chorus, que les ministères doivent toujours étudier les modalités pratiques de leur réorganisation. En attendant, Chorus sera déployé à L'Education Nationale, puis à la Justice et à la Défense qui, eux, jouent en solo.

3) Fonctionnalités : moins pour plus cher ?

In fine, au-delà de l'aspect budgétaire pur - qui ne laisse apparaître qu'une légère dérive -, l'essentiel des critiques de la Cour porte plutôt sur le périmètre même de Chorus. Schématiquement, les auditeurs des l'Etat ont le sentiment d'en avoir moins pour globalement le même prix. "Certains ministères s’interrogent encore sur la capacité du nouveau système à satisfaire les attentes de leurs gestionnaires en matière budgétaire et fiscale. Ils craignent que des impératifs techniques et de rentabilité entraînent, pour des fonctionnalités cœur ou avancées, des délestages sur les applications ministérielles", écrit la Commission des Finances. Bref, pour ne pas exploser leur budget, les promoteurs de Chorus auraient tendance à "oublier" en route une partie des fonctionnalités, qui mécaniquement seraient reportées sur les budgets des ministères. Dégradant d'autant la rentabilité du projet. Une vision que ne partagent pas les experts que nous avons interrogés. Un prestataire indique ne pas avoir le sentiment d'une réduction de périmètre au travers des appels d'offre qu'il étudie (voir ci-dessous le poids de Chorus dans la future comptabilité de l'Etat). Un autre souligne que "la vocation de Chorus ne consiste pas à remplacer les applications ministérielles, mais à gérer la continuité du processus de suivi de la dépense, depuis le budget jusqu'au paiement. Avec, à la clef, la suppression de nombreuses tâches aujourd'hui manuelles. En somme, ce sont les ressorts classiques de la mise en place de SAP".

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Selon Jacques Marzin, directeur de l'AIFE, l'arrivée de Chorus enverra à la retraite 80 applicatifs ministériels... sur un total de 350. "En dépit de ce que certains imaginent, il n’y aura pas de « grand soir » où seront débranchées les applications ministérielles", explique-t-il. Le même confesse à la Commission des Finances que 50 autres applications pourraient elles aussi disparaître, mais les ministères veulent vérifier au préalable que les fonctions promises dans Chorus seront bel et bien au rendez-vous. Preuve que le doute existe... La faute sans doute à une prise en compte tardive de ce volet. La Cour des Comptes cite ainsi un rapport rédigé en mars 2007 par le cabinet Fontaine Consultants, qui observait que la campagne de recensement des applicatifs ministériels n'était pas en phase avec les enjeux de Chorus.


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