La Cour des comptes s'agace surtout de l'absence dans Chorus de fonctionnalités de comptabilité analytique - qui, il est vrai, faciliterait son travail. En octobre 2007, selon un rapport de la Commission des Finances, ces fonctionnalités devaient faire l'objet d'une intégration ultérieure. En 2008, selon Jacques Marzin, "il faudrait du temps et beaucoup de travail interministériel pour harmoniser la position des ministères sur les objectifs, les mécanismes et le niveau de finesse qu’ils jugent nécessaires à une comptabilité analytique". Bref, l'objectif d'une intégration de ces fonctions paraît de plus en plus lointain.
Mêmes positions à minima, sur d'autres modules attendus, comme la gestion des stocks (fonction clef pour la Défense notamment) ou celle du parc immobilier. Sur ce dernier module (Chorus Real Estate ou RE), Georges Tron, député UMP de l'Essone, relève que tous les ministères "utilisent actuellement des applications ministérielles spécifiques et personne ne semble en mesure de savoir s’ils pourront les abandonner au profit de Chorus-RE". Si elles sont toujours officiellement au programme, la mise en oeuvre de ces fonctionnalités dites avancées reste bien flou côté ministères. "Les fonctionnalités avancées, qui auraient dû être proposées dès la version 2, sont reportées à la version 4. Si la liste des fonctionnalités avancées est connue, les décisions et les modalités de leur mise en œuvre seront étudiées en 2009", note la Cour des Comptes dans son rapport.
4) L'avenir : difficultés passagères ou malaise plus profond ?
Si, finalement, les observations de la Cour des Comptes - dérive légère des coûts, retard, réduction des ambitions - ne sont guère surprenantes pour un projet de cette taille, la question qui se pose désormais concerne l'avenir de Chorus. Les dérives peuvent-elles s'amplifier ? Non, veut croître un de nos témoins pour qui "c'est un projet bien né" et qui voit dans les rancoeurs que s'est attiré l'AIFE un signe positif. Celui d'une maîtrise d'ouvrage qui sait rester ferme face aux multiples demandes de ses utilisateurs. Récemment dans un entretien accordé au MagIT, Pascal Rialland, directeur général de SAP France, qui suit de près ce dossier, expliquait : "malgré des embûches comme l'arrivée de la RGPP, je constate que Chorus se déroule conformément aux plans, que la relation entre l'intégrateur Accenture, l'AIFE et nous est très bonne. Maintenant, il est évident que nous sommes face à un projet de transformation massif. Inévitablement, comme ce serait le cas dans une multinationale d'ailleurs, beaucoup de gens freinent ce type de projet."
Car, fondamentalement, Chorus masque aussi des enjeux de pouvoir entre les administrations. Le tout alors que l'AIFE ne peut avancer qu'en négociant avec les différents ministères, n'ayant aucune emprise hiérarchique sur chacune des organisations ciblées par le PGI (comme le montre le schéma ci-dessus). Ce qui aboutit à des situations contrastées. Ainsi, selon les témoignages que nous avons recueillis, le ministère de l'Education Nationale, qui connaîtra les premiers déploiements massifs, semble très impliqué sur le projet et ne pas travailler dans un mode de conflit avec l'AIFE. L'Intérieur semble en revanche plus réticent, il s'est ainsi opposé au Budget sur l'organisation pratique des services comptables déconcentrés.
Philippe Séguin, le président de la Cour des Comptes, voit dans les choix qui ont été faits une gestion de projet "trop technique". "Le recours à l'arbitrage politique sur des choix qui sont déterminants pour l'avenir a été rare et trop tardif", écrit-il. Encore faut-il que l'échelon politique mesure bien les enjeux de ce projet et ses implications sur la durée. Si Chorus accuse aujourd'hui un an de retard, c'est en grande partie en raison de la mise sur pied de la RGPP (Réforme générale des politiques publiques), plutôt bien encaissée d'ailleurs par le mastodonte. "Si on avait fait le choix d'un développement spécifique au départ pour Chorus, l'arrivée de la RGPP tuait le projet", explique un dirigeant de SSII. Ouf.
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Vers une DSI de l'Etat ? Pas de "sponsor" clair pour Chorus. Un émiettement des projets - Chorus, Copernic (recettes fiscales), Helios (gestion comptable des collectivités), gestion de la paye (SI Paye, pris en charge par l'Opérateur national de paye) - qui fait redouter à la Cour des Comptes des incohérences entre systèmes. Si l'Etat s'est lancé dans une vaste reconstruction de ses systèmes d'information financiers, c'est sans avoir refondu la gouvernance de l'ensemble. Cette dernière reste très éclatée. Pour la Cour des Comptes, "l'émergence d'une direction des systèmes d'information couvrant tout le domaine des applications financières et budgétaires (y compris Copernic et l'ONP) résoudrait une partie des questions nées du fractionnement des structures". Une idée à laquelle serait opposée le ministère du Budget, qui y verrait "un nouvel acteur sans valeur ajoutée", toujours selon le rapport. Mais qui fait peu à peu son chemin ailleurs. Un prestataire que nous avons interrogé, et qui préfère garder l'anonymat, explique : "l'idée de passer des silos actuels à une forme d'organisation transverse, supervisant les RH, la comptabilité et les achats, commence à germer". |
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