Opinion : en abandonnant H264 dans Chrome, Google ne rend service à personne 

Le 12 janvier 2011 (19:10) - par Christophe Bardy

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Rubriques : Formats et archivage - Web 2.0 - Internet et outils Web Tags : google - formats - chrome - HTML 5 - webM

En prenant la décision d'abandonner le support du codec H264 dans Chrome au profit de son propre format ouvert, WebM, Google risque de fragmenter le marché émergent du multimédia sur le web et de nuire au décollage des technologies vidéo du format HTML5. Et de compliquer au passage la vie des utilisateurs et des développeurs web.

L'annonce par Google de l'abandon à venir du codec vidéo H264 dans son navigateur Chrome est tombée hier comme une petite bombe. Officiellement, il s'agit selon le blog de la firme de soutenir l'adoption de formats "ouverts" à même d'accélérer l'innovation en matière de médias sur le Web. Le support d'H264 sera donc retiré de Chrome au profit du support du format WebM développé par Google suite au rachat d'On2 (WebM embarque dans un conteneur dérivé du format Matroska, des flux vidéo compressés avec le codec VP8 et avec le codec audio Vorbis), ainsi que de Theora (développé par la fondation Xiph et qui embarque dans un conteneur Ogg des flux vidéo compressés avec une évolution du codec vidéo VP3 et des flux audio compressés avec le codec audio Vorbis).

 webm logo
WebM est le fer de lance de Google
dans son offensive sur le web
multimédia

Problème : WebM n'est aujourd'hui quasiment pas utilisé - il en va de même de Theora - et les deux codecs sont largement reconnus comme technologiquement inférieurs à H264, un codec désormais intégré en standard dans la plupart des PC et Mac, mais aussi utilisé par Adobe dans Flash. Autant dire qu'en prêchant l'usage du libre, Google oeuvre sans doute plutôt pour ses propres intérêts et pour l'adoption d'un codec qui lui a quand même couté la bagatelle de 125 M$. On touche là aux limites de la fameuse doctrine "do no evil" censée guider les décisions de la firme.

Un casse-tête en perspective pour les utilisateurs et les éditeurs de contenus

Car pour les utilisateurs comme pour l'adoption du standard HTML5 et du fameux tag (censé permettre l'inclusion simple de flux vidéos sur les sites web), la décision risque de créer un vrai casse-tête, rares étant les sites pouvant se permettre d'encoder leurs contenus dans de multiples formats pour satisfaire les caprices des géants du secteurs. Car quel que soit l'avis de ces acteurs sur H264 - Apple et Microsoft se sont prononcés en faveur du codec - , cette technologie est aujourd'hui le standard de fait au coeur des systèmes de production et de diffusion de contenus de la planète. H264 est utilisé par les producteurs de contenus et les diffuseurs pour compresser les flux vidéos sur les réseaux hertzien, câblés et ADSL, pour transmettre de la vidéo sur les réseaux mobiles, mais aussi pour compresser les vidéos sur la plupart des sites communautaires sur Internet. Et il est impensable pour cet écosystème de devoir réencoder l'ensemble de son catalogue en WebM pour les beaux yeux de Google.

Et encore ne parle-t-on ici que de contenus. Car pour les industriels, c'est encore pire. Tous les fabricants de composants ont en effet intégré à leurs puces des accélérateurs matériels H264 et ce sont ces puces qui motorisent les décodeurs, téléphones, tablettes et autres consoles massivement déployés dans les foyers. Autant dire que le caprice de Google n'aura aucune influence rapide sur un tel écosystème, quand bien même YouTube, la filiale vidéo de Google, se déciderait-elle à réencoder tous les contenus de son site.

Bref en endossant pour l'occasion l'attitude d'un ayatollah du libre, il n'est pas sûr que Google se rende service. Et une chose est sûre, il ne rend surtout pas service aux utilisateurs et développeurs web qu'il prétend défendre du mal...

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Par DaiKo
 Le 13/01/2011 à 08:06
"les deux codecs sont largement reconnus comme technologiquement inférieurs à H264" : Des sources pour cette affirmation gratuite ?

Pour l'instant aucun format n'a remporté la "bataille" favoriser l'un ou l'autre est une prise de risque.

De plus H264 impose le paiement d'une licence, ce qui laisse sur le banc de touche l'ensemble des navigateurs libres (Firefox le premier..).

L'auteur de cette brève oublie beaucoup de chose et son engagement pour H264 lui sert d’œillères...
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Par Christophe Bardy (LeMagIT)
 Le 13/01/2011 à 11:22
Quelques éléments de comparaison entre VP8(WebM) et H264:

http://www.compression.ru/video/codec_comparison/h264_2010/appendixes.html#Appendix_8

http://x264dev.multimedia.cx/archives/377

http://www.quavlive.com/video_codec_comparison#TOC-Comments

http://www.streamingmedia.com/Articles/Editorial/Featured-Articles/First-Look-H.264-and-VP8-Compared-67266.aspx

et pour poursuivre le débat sur le retrait du support de H264 par Google dans Chrome, quelques articles intéressants liés au sujet :

http://arstechnica.com/web/news/2011/01/googles-dropping-h264-from-chrome-a-step-backward-for-openness.ars

http://www.streamingmediaglobal.com/Articles/Editorial/Featured-Articles/W3Cs-Le-Hagaret-Says-Developers-Are-Finding-Better-Performance-with-WebM-72140.aspx

http://www.streamingmediaglobal.com/Articles/Editorial/Featured-Articles/Commentary-Welcome-to-the-Two-Codec-World-73204.aspx
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Par Veriton
 Le 13/01/2011 à 11:41
La liberté du code et de son utilisation sans contrainte est un argument mille fois plus intéressant pour des éditeurs tiers que le différentiel de performance. D'autant que le code Open Source peut faire l'objet d'amélioration rapide. La performance a rarement été dans l'industrie le facteur déterminant pour la diffusion d'une technologie (VHS/V2000 , SECAM/NTSC , TCP-IP/ISO X25 X400/SMTP , MySQL/POSTGRESQL etc ..). La communication, la disponibilité,le coût d'accès, la documentation disponible, les communautés seront des vecteurs biens plus important de diffusion que la seule qualité des produits.
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Par Christophe Bardy (LeMagIT)
 Le 13/01/2011 à 12:40
@Veriton : si je schématise, qu'importe donc la qualité et les performances pourvu que le code soit ouvert... Même si je suis un grand utilisateur de technologies libres, ce genre d'argument me laisse toujours rêveur. Si le monde fonctionnait ainsi, toutes les vidéos de la planète seraient déjà encodées au format Theora depuis belle lurette et le format audio de prédilection du marché serait Ogg Vorbis. On sait tous qu'il en est autrement.

Dans le monde de la vidéo, H264 est aujourd'hui la référence. Que cela déplaise à Google et à d'autres est une chose. Mais rallumer aujourd'hui une bataille autour des codecs (bataille que l'on croyait éteinte depuis la période 1998/2001 qui avait vu Microsoft et Apple s'affronter pour imposer leur format de conteneur et leurs codecs pour la normalisation de MPEG-4, puis de Blu-Ray) est la pire des choses qui puisse arriver pour le développement du web. Faute d'un accord sur les codecs, l'usage du tag video de HTML5 ne pourra vraiment décoller et des technologies propriétaires telles que Flash resteront incontournables.

Rappelons au passage que malgré sa dialectique libre sur les codecs, Google continue à intégrer nativement le plug-in flash dans Chrome, ce qui montre bien que la question du libre est secondaire dans le débat engagé par le géant mondial de la recherche. Avec le retrait de H264 et le support de WebM dans Chrome, Google entend bien, avant toute chose, avancer ses pions et sa propre technologie. Et pour cette fois, l'argument du libre est celui qu'il a choisi de mettre en avant.

Si Google était un tel fana du libre, cela ferait longtemps que les codes source de son moteur de recherche, de son file system et de ses technologies cloud seraient publiés et soumis au même traitement que celui de WebM. Le modèle de développement ouvert est tellement plus performant que le mode de développement fermé (pour paraphraser le blog chromium)...
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Par dbug
 Le 13/01/2011 à 14:34
Autant le h.264 est effectivement supérieur au webM à l'heure actuelle, et le matériel orienté h.264, autant on peut compter sur google pour inverser la tendance dans les années à venir.
Et c'est tant mieux car un standard ouvert qui réclame des royalties a ceux qui veulent l'exploiter, c'est juste difficile à accepter, surtout pour les petites entreprises ...
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Par dbug
 Le 13/01/2011 à 15:13
Intéressant qu'un tel échange se mette en place dans vos colonnes, c'est assez rare ;)
Non pas que le propriétaire n'a pas sa place dans les NTIC, mais le cout des licences n'est pas négligeable : environ 5 million $ d'après ce que j'ai pu lire sur le web (ce que mozilla refuse de faire en tout cas, sans compter les autres)
En outre la montée de Firefox et chrome, et la descente de IE n'est plus à démontrer, et google possède tout de même youtube, ce qui n'est pas négligeable en terme de visibilité ...
Et pour Flash, j'en connais certains qui sont près a s'en passer (Apple) et d'autres qui cherchent une alternative (Microsoft) donc sa place n'est pas si incontournable que ça.
Enfin le débat sur le protocole vidéo à utiliser dans le HTML 5 n'est pas nouveau, Tristan Nitot et son équipe doit d'ailleurs être très content que son voeux soit exaucé :
http://www.lephpfacile.com/annuaire-rss/1-informations/1-blog/4-standblog/236185-video-dans-le-navigateur-theora-ou-h-264

Pour conclure, WebM ne signifie pas la fin du h.264, juste l'émergence d'un format ouvert pour le web (mais flash peut continuer à utiliser le h.264)
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Par Christophe Bardy (LeMagIT)
 Le 13/01/2011 à 19:55
A priori, Google n'est pas désintéressé pour ce qui concerne l'accélération matérielle. Comme le note mon confrère David Feugey sur Silicon (http://www.silicon.fr/google-propose-un-support-materiel-du-webm-43777.html).

Pour mémoire, libre ne veut pas forcément dire gratuit ou non générateur de revenus. Ainsi, la fondation Mozilla a des contrats de portage ou de support avec certains constructeurs et éditeurs et elle licencie aussi le droit d'usage de ses marques. Cela a contribué en partie à un chiffre d'affaires évalué à 104 M$ en 2009, en hausse de 34% sur un an.

Pour terminer, je n'ai rien contre webM et l'arrivée d'un codec de plus ne me gêne pas. Ce qui me navre est que Google utilise assez hypocritement l'argument du libre pour supprimer le support d'H264 au profit de son codec. Et l'argument des 65 M$ de royalties pour H264 (le plafond maximal annuel) est ridicule pour une société aux bénéfices si astronomiques et si sensible aux questions de propriété intellectuelle.

D'un autre côté chacun est libre de choisir son navigateur. Et ce n'est pas le choix qui manque...
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Par dbug
 Le 14/01/2011 à 11:14
Attention, je suis tout a fait d'accord sur l'intérêt économique du modèle WebM pour Google !
Par contre je critique l'utilisation du protocole h.264 pour le HTML 5. Du fait de la licence d'exploitation (au prix variable), l'ensemble des petits acteurs, qui ne sont pas capable de payer, sont de fait exclus du HTML 5 (ou du moins de la balise vidéo) ce qui engendre une distorsion de la concurrence au niveau d'un standard mondial et de son utilisation. Google fait donc la un "cadeau" (rémunérateur il est vrai, mais couteux à la base aussi cf. On2) à tous ceux qui ne pouvait pas payer et à tout ceux qui n'utilise ni safari, ni chrome, ni IE ...

Et heureusement que le libre peut générer des revenus sinon nous n'aurions pas Mozilla (ni Linux, ni OpenOffice, ni ...) et serions tous avec IE6+ (sic) sur nos machines ...
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Par jack
 Le 27/01/2011 à 14:28
Vous prônez donc de sacrifier le long terme (universalité et gratuité du Web html5) au profit d'une vision à court terme, pas de boulot en plus, pas de problèmes de format... Ce sont exactement les raisons qui ont mis MS en position de quasi monopole: l'inertie de la base installée; payer moins cher tout de suite pour payer toujours ensuite.
L'expression "ayatollah du libre" mérite qu'on s'y arrête, elle rappelle l'inénarrable "Les gens du libre sont des voleurs !" du non moins inénarrable Steve Ballmer. Ces inversion de valeur purement rhétoriques n'ont aucun sens, autant dire que jésus et les apôtre étaient les "ayatollah de l'amour universel"... autant accuser les restos du coeur de concurrence déloyale...
Pour ne pas continuer à payer (à chaque nouvelle version !) ce qui est amorti depuis longtemps, pour ne pas créer de "rente au monopole", pour que la communauté conserve un droit de regard sur les évolutions du standard, pour maintenir un "égalité des chances" entre les acteurs et une vraie concurrence, pour éviter qu'un pouvoir absolu soumis au vent des rachats et des accords commerciaux ne dicte demain l'évolution du web il n'y à qu'une solution : des standards libres et ouverts. Après ça chacun pourra faire son ayatollah dans son coin ! mais sans emprisonner personne...
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