L'usage en entreprise ajoute encore d'autre contraintes. Par exemple, certaines données ne peuvent être envoyées dans le nuage et doivent être traitées localement (sans compter l'historique applicatif non webisé et qui doit pouvoir compter sur des applications locales). Or il semble, en l'état, que Google veuille écarter le développement d'applications locales pour Chrome OS et privilégie les applications Web. Si cela se confirme, cela sera une vraie limitation de l'OS de Google.
Le nuage : pas si performant, pas si disponible et irrespectueux de la vie privée
Google avance ensuite l'argument des données dans le nuage. Certes mettre toutes ses données sur Internet permet d'y accéder depuis n'importe où pour peu que l'on dispose d'une connexion. Mais trois questions se posent. Tout d'abord celle de la performance. Certes, mettre un fichier Google Docs de 50 ko dans le nuage n'est pas un problème. Mais même avec un accès DSL moderne, envoyer dans le nuage 200 photos numériques de 5 Mpixels (soit environ 600 Mo) prend 1h30 – sans même évoquer le cas de la mobilité. Et c'est encore pire avec de la vidéo. Bien sûr une fois ce transfert effectué, le partage avec des proches devient plus simple...
Ensuite se pose la question de la disponibilité du nuage : une panne de connexion Internet ou une panne de l'infrastructure Google – cela n'arrive jamais, n'est-ce pas ? - signifie l'impossibilité d'accéder à ses données et donc de travailler dessus. Une forme d'écran bleu, version Google. Enfin se pose plus que jamais la question du respect de la vie privée. S'il se présente avant tout comme un moteur de recherche, Google est avant tout un vaste système de profilage de ses utilisateurs, un système de profilage utilisé pour maximiser les rentrées publicitaires. Les utilisateurs confieront-ils toutes leurs informations, tousleurs documents ainsi que la possibilité de suivre leurs actions à Google, avec à la clé un profilage encore plus précis de leur vie (ou pour les entreprises, de leur activité) ? Ce sera l'un des enjeux de Chrome OS.
Pilotes, sécurité... Chrome OS : un OS comme les autres ?
Terminons enfin avec la question de l'installation des périphériques ou des mises à jour. L'OS de Google devra gérer des imprimantes, supporter des scanners, s'interfacer avec des appareils photos ou des appareils GPS. Il lui faudra supporter plusieurs types de processeurs, de cartes graphiques et audio ainsi sans doute que de multiples autres périphériques. C'est là la grande force de Windows que de disposer du plus large support en matière de pilotes et d'applications permettant de gérer des périphériques externes. Qu'en sera-t-il avec Chrome OS ? Quoiqu'il en dise, Google pourra difficilement faire l'économie d'un large support des périphériques existant sous peine de rejet de son système d'exploitation, une expérience vécue par les premières distributions Linux. Il lui faudra aussi mettre à jour ces pilotes, comme il lui faudra aussi mettre à jour ses fondations Linux et son navigateur en cas de faille de sécurité. Quoi qu'en dise Google, on voit mal comment Chrome OS pourrait être insensible aux problèmes qui frappent les autres OS.
Le réseau a de la valeur, mais le terminal doit-il être stupide ?
En attendant d'en savoir plus, rien ne sert donc de s'extasier sur le futur OS de Google. Pour l'instant, tout ce que l'on sait c'est qu'il s'agira d'une déclinaison de Linux limitée à la seule exécution de Chrome OS. Rappelons qu'il existe aujourd'hui des Linux bien moins limités (certes sans la marque Google) et que le fait de lier système d'exploitation et navigateur a causé bien des soucis à d'autres éditeurs eux-aussi en position de quasi-monopole sur leur marché.
Terminons enfin en rappelant qu'avant le Web, le Chrome OS avait pour nom Minitel en France et terminal 3270 chez IBM. A l'époque, on vantait les mérites de l'informatique centralisée. Depuis, bien de l'eau a coulé sous les ponts et de mutiples tentatives similaires à celle de Google ont échoué. Les velleités d'OS de Netscape n'ont ainsi jamais abouti, pas plus que le rêve du Network Computer. Avec sans doute une leçon à la clé que devrait méditer Google : ce n'est pas parce que le réseau a de la valeur, que le terminal qui y accéde doit nécessairement être stupide.







Par Simon







