Taxe carbone : François Fillon ne fait qu'égratigner le GreenIT 

Le 03 septembre 2009 (18:06) - par Cyrille Chausson

Rubriques : Green Datacenters - Economie - GreenIT Tags : greenit - datacenter - france - europe - electricite

La décision du gouvernement français de ne pas inclure la consommation électrique dans la taxe carbone va-t-elle freiner les (embryonnaires) projets GreenIT ? Non, selon les professionnels interrogés. Les entreprises considèrent la problématique verte comme un vecteur de rationalisation de coûts, qui s'inscrit dans le long terme. Et une éventuelle décision européenne, qui viendrait contredire les orientations gouvernementales, plane comme une épée de Damoclès.

La très attendue taxe carbone ne portera pas sur l'électricité, a déclaré le Premier ministre français François Fillon au Figaro. Cette taxe prévue pour 2010, dont le montant devrait atteindre 14 euros par tonne de CO2 rejeté, épargnera ainsi la consommation électrique des entreprises. Raison invoquée à cette exception : en France, l'électricité est « majoritaire fournie par le nucléaire », pour reprendre les propos du Premier ministre.

La France, terre d'accueil pour datacenters
En limitant le champ d'action de la taxe carbone et avec un prix de l'électricité parmi les plus bas d'Europe – en dépit de la très récente hausse - , l'Hexagone devient une terre d'accueil pour datacenters étrangers. «En terme de prix, il existe un écart réel avec les autres pays européens», confirme Fabrice Coquio (directeur général de l'hébergeur Interxion), tout en parlant de différence de l'ordre de 20 % sur une facture finale. « Depuis un ou deux, certaines entreprises étrangères s'installent chez nous ces raisons ». Mais attention cette attractivité reste fragile. « Nous avons un avantage à un instant T, mais il existe une réelle complexité à identifier le prix de Kw/h. […] Allons nous préserver cet atout ? Certainement avec le prix du nucléaire. A condition que le coût du traitement des déchets de cette filière ne soit pas, un jour, inclus dans le calcul final ».
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De facto, c'est un des principaux arguments des tenants du GreenIT, qui vise la mise en place d'une IT moins énergivore, qui tombe. Si l'épée de Damoclès, nom que certains observateurs donnait à cette taxe carbone, disparaît, les entreprises ne vont-elles pas renger dans les cartons les projets d'optimisation énergétique de leurs datacenters ? Non, veulent croire les professionnels que nous avons interrogés.

Conscience écologique naissante

Pour Philippe Roux, responsable du programme GreenIT et datacenter chez HP, le fait que la taxe carbone ne touche pas l'électricité ne constitue en rien un frein aux projets "verts". « Les entreprises, dans tous les projets, ont toujours besoin de rationaliser leurs coûts. Taxe ou pas taxe, il existe de toute façon un intérêt financier réel à réduire la consommation énergétique », explique-t-il.

Même analyse conjoncturelle chez Fabrice Coquio, président du Cesit (Comité des exploitants de salles informatiques et télecoms) et directeur général d'Interxion, exploitant de datacenter, qui rappelle combien l'environnement est dans la conscience collective. Mais surtout souligne que cette décision s'inscrit dans une politique de sortie de crise, « avec des problèmes de relance économique. Il s'agit de ne pas casser la reprise ». Et ajoute : « la décision ne remet pas en cause la politique de GreenIT, car nos clients sont à la recherche de bâtiments où l'efficacité énergétique est de rigueur ».

Taxe en vue à l'échelon européen

D'autant que l'Europe veille. La Commission européenne a en effet rédigé un code de conduite (Code of Conduct) pour les datacenters. Reposant pour l'heure sur une démarche volontaire des entreprises souhaitant le ratifier, ce code pourrait se transformer en une loi... avec un périmètre d'action plus large. « La taxation pourrait porter sur l'efficacité énergétique, par exemple », commente Fabrice Coquio.

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Par SENSE
Je vous pense que vous mélangez les sujets : la taxe carbone aurait de toute façon une assez faible influence sur le prix de l'électricité, en tout cas moins que les envies et déclarations de monsieur Gadonneix, le futur ex pdg d'EDF (qui, si je vous suis bien, devrait être awardé "champion 2009 du Green IT" grâce à sa sortie de juillet dernier).
Le Green IT est aujourd'hui un empereur sans habits. Le seul levier de progrès Green IT des DSI français est à ce jour les injonctions de leur Direction Générale. Cela évoluera, mais à ce jour, c'est comme cela.
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Par Frederic
@SENSE : On a justement réalisé un petit calcul sur GreenIT.fr à voir ici : http://www.greenit.fr/article/juridique/taxe-carbone-un-serveur-pourrait-couter-60-en-plus-par-an . La taxe carbone aurait pu (puisque ça ne semble plus être à l'ordre du jour) avoir un impact significatif.

J'en profite pour réagir sur le Nucléaire. La production d'énergie Nucléaire émet du CO2 (il faut bien extraire l'Uranium, le transporter, construire et entretenir les centrales). Certes, de l'ordre d'une centaine de fois moins que la production d'électricité à partir de pétrole. Mais il ne faut pas oublier que le Nucléaire produit aussi des déchets dangereux pour la biodiversité et met donc en danger la vie des générations futures (pas très durable ça...). Pour les équivalence KWh d'électricité en CO2, je vous conseille la lecture de cet article : http://www.greenit.fr/article/energie/combien-de-co2-degage-un-1-kwh-electrique
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Par Jean-Michel Franco
L'optimisme de la fin de l'article me semble à relativiser : le code de conduite européen, cité à la fin, est un bon exemple pour mettre en lumière le chemin qui reste à parcourir.
Y participer relève effectivement d'une démarche volontaire. Nous avons engagé cette démarche volontaire, et nous avons pu vérifier qu'elle était assez simple et pragmatique à adopter, et qu'elle n'imposait aucun investissement d'infrastructure à court terme : le code traite des processus de gestion d'un data center et permet de mesure l'éco efficience ; il traite aussi des équipements, mais n'impose des minima sauf en cas de renouvellement).
Pourtant, après plus de dix mois d'existence, le code de conduite ne compte que 8 huit participants, et un seul français à ce jour. C'est d'autant plus décevant à mon gout qu'il y a dans cette liste peu de grands comptes et, plus étonnant encore, peu de très grands noms de l'outsourcing, du Saas et du cloud computing (cf liste des participants sur leur site : http://re.jrc.ec.europa.eu/energyefficiency/html/standby_initiative_dc_participants.htm ).

Une solution pour avancer plus vite serait à mon sens que les grands donneurs d'ordre qui ont recours à des services hébergés, à l'heure ou l'on a de plus en plus recours à de l'informatique externes de type cloud computing, Saas, ou hébergement plus traditionnel, imposent l'éco-responsabilité à leur prestataires, par exemple en mettant la participation au code de conduite ou l'intégration de l'efficience énrgétique dans les contrats de service.
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