LeMagIT : Qu'en est-il alors de l'exploitation des données et de la couche applicative?
L.P. : L'Open Source a fait avancer les choses par son ouverture.
Auparavant, les expérimentations étaient entre les mains de personnes
et on capitalisait sur ces découvertes. Tous les projets européens sont
désormais ouverts. Donc, tous les acteurs travaillent à des prototypes
Open Source. EPCIS (Information Service) est par exemple Open Source.
Pourtant, il existe encore des besoins qui ne sont pas traités dans les
projets européens. Aujourd'hui, EPC Global, c'est la publication puis
la récupération des informations, mais rien en ce qui concerne
l'exploitation de données en production.
Les objectifs des standards EPC consistent à rester le moins
possible collé à un métier. Il s'agit davantage de répondre à une
problématique très ouverte sur la gestion événementielle. Pour les
besoins métier (et le traitement des données associées au métier, ndr),
on s'appuie sur des vocabulaires spécifiques qui restent encore le
terrain de chasse de sociétés tierces.
LeMagIT : Cela veut-il dire que l'offre est cloisonnée dans des offres métier propriétaires ?
L.P. : On se rend compte que les géants de l'industrie réagissent et
implémentent les technologies qui sont développées, participent aux
projets européens, mais profitent indirectement de ces projets.
Un groupe de réflexion travaille sur un standard ; les éditeurs vont
immédiatement réagir en ajoutant une brique à leur offre implémentant
cette spécification. Ils fonctionnent en réaction, pas en termes de
refonte globale.(...)
Mais, finalement, il n'existe pas de solutions pour traiter les données de façon globale.
Aujourd'hui, on ne répond qu'à une toute petite partie de la
problématique de production. On sent qu'il y a une avancée
technologique, mais peu d'éditeurs s'y risquent. L'industrie (des
distributeurs et de logistique, ndlr) ne jouera pas le jeu tant que
tout le monde ne s'y mettra pas, notamment les éditeurs.
LeMagIT : Quel pourrait alors être le déclencheur ?
L.P. : La Commission européenne a son rôle à jouer. Quand les politiques
embrassent la problématique de l'Internet des objets, des acteurs qui
ne s'y intéressaient pas revoient leur position. Car on dépasse
désormais le cadre de la recherche universitaire, pour atteindre une
dimension mondiale, et impacter tous les acteurs du secteur, tant au
niveau des fournisseurs de technologies et de services que des
distributeurs.
L'implication de l'UE va surtout structurer les réflexions et imposer un cadre aux recherches. Des projets parallèles pourront ainsi être évités et gaspillés. Par exemple, comment développer commercialement une puce, s'il reste en suspens des problèmes sociaux, comme le respect de la vie privée ?
De plus, la traçabilité n'est pas qu'un problème européen, mais mondial. Carrefour a un réseau qui va jusqu'en Chine. Donc si des sociétés comme Carrefour y prennent part, elles vont faire avancer plus rapidement les développements. (Le géant de la grande distribution envisage d'équiper en RFID l'ensemble de sa chaîne logistique. Il devrait rendre son verdict en 2008, ndlr).
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