L'annonce récente par le gouvernement d'un nouvel appel d'offre pour les fréquences de téléphonie de troisième génération a généré une pléthore d'articles se félicitant de l'arrivée prochaine de Free sur le marché. Les conditions de l'appel d'offres pourraient toutefois ne pas rendre les choses simples à un nouvel entrant et il n'est pas sûr que Free soit le seul intéressé par cette ressource
5 MHz : Un minimum loin d'être suffisant
Le principal problème que devra affronter un éventuel nouvel entrant est la rareté du spectre radio. Sur les 15 MHz de largeur de bande disponible, le gouvernement n'entend réserver que 5 MHz à un éventuel nouvel entrant, qui pourra aussi postuler sur les deux autres lots de 5 MHz de fréquence mais sans aucune priorité (un opérateur en place ou un autre nouvel entrant pourra aussi postuler sur ces ressources). Cela pourrait être trop peu pour concurrencer efficacement les opérateurs en place. Dans sa dernière consultation publique sur le sujet, l'Arcep elle-même notait que « si l’attribution d’un bloc de 5 MHz duplex dans la bande 2,1 GHz en complément du bloc dans la bande 900 MHz à un nouvel entrant sera peut-être suffisante pour offrir dans un premier temps un service de voix à un nombre significatif de clients, cette quantité de fréquences pourrait s’avérer faible pour offrir rapidement et de manière pérenne des services plus innovants et plus gourmands en bande passante, comme l’Internet mobile ou la télévision ».
Iliad, qui crie aujourd'hui sous tous les toits que 5 MHz seraient suffisants, tenait la position opposée en 2008 lors de sa réponse à la consultation publique de l'Arcep : « La procédure d'attribution de la future licence doit réserver a minima 10 MHz duplex dans la bande 2,1 GHz ET 5 MHz duplex dans la bande 900 MHz à un nouvel entrant » indiquait alors la maison-mère de Free. Que penser alors de la déclaration de Maxime Lombardini, le patron d'Iliad, dans une interview la semaine dernière au Point : « Bien sûr, nos amis concurrents de l'oligopole du mobile vont nous expliquer que rien n'est possible... Mais laisser penser qu'il y a un problème de couverture lié à un manque de fréquence est un mensonge. En plus des 5 MHz acquis, le nouvel opérateur est assuré de bénéficier de 5 MHz supplémentaires dans une autre bande de fréquence ».
Comme l'explique Simon Pienne, le responsable du département mobilité et convergence de Solucom, « 5 MHz permettent à un opérateur de démarrer un réseau tout en proposant une couverture correcte. Le problème est qu'une station de base 3G/HSPA (BTS) a besoin de l'intégralité d'un canal de 5MHz pour fonctionner et qu'avec une seule bande de fréquence de 5 MHz, le nouvel entrant n'aura pas le luxe de pouvoir répartir ses stations de bases sur plusieurs canaux, ce qui le contraindra à devoir installer plus de BTS pour couvrir la même zone que ses concurrents ». Ce qui pose un problème de coût : Chaque station de base coûte en effet entre 75 et 100 K€ à l'achat, un prix qui n'inclut ni le coût de location du site radio ni le coût du raccordement aux réseaux de collecte de l'opérateur.
Et contrairement à ce que semble laisser entendre Maxime Lombardini, l'acquisition de 5 MHz dans la bande de fréquence des 2,1 GHz ne donne pas immédiatement droit à 5 MHz dans la bande GSM 900. Les obligations de licence de SFR et Orange spécifient en effet que les deux opérateurs doivent libérer chacun 2x2,4 GHz avant le 31 décembre 2012. Soit dans quatre ans. On les voit mal faire un cadeau à un nouvel entrant en les lâchant précocement. D'autant que, comme l'indique Simon Pienne, « Orange et SFR commencent eux aussi à manquer de ressources radio 3G dans certaines zones du fait du succès de leurs offres data, et devraient logiquement postuler aux 10 MHz de ressources restantes afin de regagner des marges de manœuvre ».
Une garantie de couverture nationale rapide grâce à l'itinérance avec un opérateur 2G
La seule consolation pour le nouvel entrant est qu'un des trois opérateurs historiques devra lui fournir des prestations d'itinérance (ou roaming) sur son réseau 2G dans les 18 mois qui suivront l'attribution de sa licence. Ce qui veut dire dans la pratique que le nouvel entrant bénéficiera automatiquement dès le lancement de ses services de la couverture nationale d'Orange SFR ou Bouygues Télécom pour la téléphonie et sans doute aussi pour les services de données 2G et 2,5G. Reste qu'en l'état, aucun tarif de roaming n'a été fixé par l'Arcep et qu'il y a fort à parier que la bataille pour la détermination du tarif d'itinérance sera aussi saignante que celle qui avait eu lieu pour la négociation des tarifs de collecte ADSL puis des tarifs de dégroupage. Il faut aussi noter qu'à terme la qualité de l'itinérance 2G devrait reculer au fur et à mesure de la réutilisation des fréquences GSM pour la 3G.
Notons aussi que le nouvel entrant pourra immédiatement engranger des revenus sur les appels entrants, contrairement aux MVNO aujourd'hui ce qui lui permettra de disposer d'une source de revenus pour aider à financer ses investissements. Ceux-ci devraient aussi être simplifiés par les habituels prêts des fournisseurs – on imagine déjà la foire d'empoigne entre les industriels occidentaux et chinois pour s'attirer les faveurs du nouvel entrant.














