4e licence 3G : pourquoi cela ne sera pas si simple 

Le 19 janvier 2009 (13:14) - par Christophe Bardy

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Rubriques : Téléphonie mobile - Haut débit / Accès Internet - Opérateurs et intégrateurs réseaux Tags : licences - 3g - mobile - operateurs

La décision du gouvernement de découper en tranches les fréquences 3G, lors du prochain appel d'offre pour une 4e licence 3G, devrait compliquer la tâche de l'éventuel nouvel entrant. 5MHz sont en effet à peine suffisants pour démarrer un réseau 3G, et les opérateurs en place ne manqueront pas de faire de la résistance. LeMagIT décode pour vous les éléments essentiels du dossier avec l'aide de Simon Pienne, le responsable du département mobilité et convergence de Solucom.

Reste que pour des équipementiers déjà bien secoués par la crise, le risque est que le nouvel entrant n'investisse que modérément dans l'infrastructure 3G à ses débuts et utilise la stratégie du coucou pour mettre en place un service de téléphonie mobile national à moindre frais et avec une rentabilité bien supérieure à celle des MVNO; une stratégie qui répondrait certes à l'objectif d'introduire plus de concurrence tarifaire, mais qui n'aurait rien de bénéfique ni pour la relance du secteur des télécoms ni pour l'emploi. 

Notons que selon Simon Pienne,  « il faudra au nouvel entrant environ 10 000 BTS déployées sur le territoire pour assurer la couverture de 80% de la population soit un investissement matériel de 750M€ à 1Md€ hors négociation des points hauts et mise en oeuvre du réseau de collecte et du coeur de réseau 3G ».

La douloureuse question des sites radios

Dans sa communication le gouvernement a indiqué privilégier la piste de la mutualisation des sites radio entre opérateurs existants et nouvel entrant, une formule qui aurait le mérite de limiter le nombre de sites radios, alors que de plus en plus de voix s'élèvent contre l'implantation de nouveaux sites radios 3G. Cette préférence gouvernementale ne résoudra toutefois pas tous les problèmes d'un éventuel nouvel entrant. Ce dernier devra en effet négocier avec chaque propriétaire de terrain ou d'immeuble abritant un point haut, un droit d'accès et d'usage de sa propriété pour installer ses équipements sur les sites radios existant. A moins d'un texte législatif contraignant pour les propriétaires, le nouvel entrant devra négocier ces droits et les tarifs associés site par site, un travail de titan qui risque de coûter cher et de prendre du temps. Deux choses dont il ne disposera pas forcément. En la matière, l'idéal serait sans doute d'inscrire dans la loi une mesure imposant aux hébergeurs de sites radio existants d'accueillir le nouvel entrant à des conditions tarifaires similaires à celles des opérateurs en place .

Dans tous les cas, Simon Pienne estime qu'il faudra au minimum 18 mois au nouvel entrant pour démarrer ses services ce qui signifie un début au printemps ou à l'été 2011. Pendant ce temps les opérateurs en place auront encore étoffé leur couverture et amélioré leur service, notamment en commençant à réutiliser certaines fréquences GSM 900 pour leurs services 3G. Et pour peu que les opérateurs en place mettent la main sur les 10 MHz de ressources radio non réservés au nouvel entrant, ils auront aussi un considérable avantage en matière de spectre radio disponible (d'autant que les téléphones quadri-mode 900/1800/1900/2100 MHz deviennent courants chez Nokia ou HTC par exemple, et que les clés 3G sont désormais capables de fonctionner aussi bien en fréquences 3G qu'en fréquences GSM réaffectées à la 3G). 

Free n'est pas le seul intéressé.

A l'heure où la convergence fixe mobile est à la mode, une autre difficulté pourrait aussi venir contrarier les ambitions de Free. Bolloré Télécom et Numéricable pourraient en effet être aussi intéressés par une licence 3G afin de compléter leurs offres existantes ou afin d'accélérer leurs plans de développement. Dans le cas de Numéricable, une licence 3G viendrait opportunément compléter l'offre triple play fixe actuelle.

Bolloré pourrait quant à lui, avec la 3G, se lancer vraiment et acquérir une base installée susceptible d'être intéressée par ses futurs servies WiMax. Et qui sait, si l'Arcep venait à assouplir ses positions, Bolloré pourrait à terme envisager une migration vers la 4G (LTE) en combinant sa ressource radio 3G et une partie de sa ressource radio WiMax non utilisée. Et c'est sans compter sans un éventuel intérêt des grands MVNO, comme Virgin Mobile, pour lesquels des fréquences seraient un moyen de contrer l'arrivée d'un nouvel entrant et d'optimiser leurs revenus (notamment grâce au CA généré par les appels entrants)

Terminons avec quelques remarques, sur les prix tout d'abord. Free annonce être en mesure de diviser par deux la facture d'une famille qui dépenserait aujourd'hui environ 2000 € en téléphonie mobile par an (soit un peu plus de 160 € par mois). Une telle promesse paraît difficilement tenable si l'opérateur ne récoltait que 5 MHz de bande passante; d'autant que pour tirer les prix vers le bas, l'opérateur devrait vraisemblablement renoncer à l'un des fondements de la téléphonie mobile dans l'hexagone, à savoir la subvention des terminaux.

À moins qu'une large partie du forfait de communication ne pose l'hypothèse que l'abonné appelle beaucoup depuis son domicile et que dans ce cas, Free utilise des téléphones bi-mode 3G et Wi-Fi, pour faire en sorte que les appels passés depuis le domicile transitent non pas par le réseau 3G mais par le réseau Internet de l'opérateur. Une variante pourrait être l'apparition d'une nouvelle génération de Freebox disposant de capacités de picoBTS 3G (ce que l'on appelle aussi Home Node B ou FemtoCell) et permettant à un téléphone 3G de router ses appels au travers de sa box lorsqu'il se trouve dans sa zone de couverture).

Le scénario catastrophe : deux nouveaux entrants

La dernière remarque porte sur un scénario catastrophe peu évoqué : si deux nouveaux entrants venait à obtenir des canaux 3G lors du futur appel d'offre, la concurrence deviendrait féroce. L'Arcep et le gouvernement se heurteraient aussi à des imprévus dans les textes. Notamment, rien n'est prévu pour redistribuer les ressources radio 2G des opérateurs en place à deux nouveaux entrants. De même, l'hébergement des antennes de deux nouveaux opérateurs sur les sites radio existants pourrait poser des problèmes techniques quasi insolubles. Et c'est sans compter avec le peu de chance qu'un des deux nouveaux entrants survive dans un marché à cinq.

Reste qu'en théorie, le scénario de deux nouveaux entrants est possible. Mais on peut vraisemblablement compter sur l'Arcep et sur la volonté des opérateurs installés de mettre eux-aussi la main sur les ressources radio proposées par le gouvernement pour que ce scénario ne voit jamais le jour si plusieurs nouveaux entrants venaient à postuler lors du futur appel d'offre...

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