Arnaud Laprévote, Mandriva : « l'innovation dans les interfaces graphiques est la clé de l'adoption de Linux » 

Le 19 juin 2009 (15:16) - par Cyrille Chausson

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Rubriques : Poste de travail - Open source - Linux - Editeurs Tags : linux - poste-travail - mandriva - innovation

Avec l'arrivée d'OS comme Moblin 2.0 ou encore de projets comme JoliCloud sur le populaire segment de netbooks, l'innovation en terme d'interface utilisateur et de chemins d'accès à l'information semble enfin avancer à grand pas. Et c'est Linux qui permet de concrétiser cette rupture avec l'existant en matière d'ergonomie. Une avancée commentée par Arnaud Laprévote, directeur R&D de Mandriva, éditeur de la distribution Linux francophone.

img 0012 medLeMagIT : Comment évolue Linux?
Arnaud Laprévote : Si Linux n'est pas le seul à avoir créé de l'innovation ces dernières années, il en constitue toutefois une force majeure. On le voit sur Internet. Linux est majoritaire sur le marché des serveurs. L'infrastructure d'Internet repose elle aussi sur du logiciel libre.
De la même manière, si on regarde l'informatique scientifique, Linux était somme toute résiduel il y a 10 ans. Aujourd'hui, presque 80 % du marché des supercalculateurs tourne sous Linux. Même chose dans l'embarqué : personne n'aurait misé sur Linux il y a 10 ans, alors qu'aujourd'hui, à chaque fois qu'on essaie de développer un modèle de boite [box ou appliance, ndlr] avec une interface graphique, on installe un Linux.
Donc il est clair que chacun utilise Linux sans le savoir, quand il démarre son TomTom, dans la téléphonie également où l'OS constitue un socle majeur [pour LiMo, Android et bientôt Symbian, ndlr]

LeMagIT : Et sur le segment du desktop, où la migration vers l'OS libre a été maintes fois annoncée mais tarde à se concrétiser ?

A.L : Sur le desktop, Linux est à la traîne. Il équipe relativement peu d'ordinateur. Et reste assez résiduel sur le marché. La raison majeure : lutter contre un existant majoritaire n'est pas une tâche facile. Cela a un effet cumulatif  : plus il y a de PC sous Windows, moins les éditeurs ont intérêt à investir sur des marchés comme Linux. Le logiciel libre ne repose ainsi que sur lui-même en termes de développement. Et quand on observe ce dont il est capable, notamment avec KDE 4.2 ou Gnome, les résultats en termes d'interfaces graphiques sont plutôt intéressants. Avec des innovations majeures comme la refonte du menu Démarrer par Novell sur Gnome, que l'on retrouve sur KDE aujourd'hui en version améliorée. Linux a atteint un niveau qui satisfait l'utilisateur. Mais ça ne suffit toutefois pas pour faire basculer les gens.
Aujourd'hui il existe encore quelques lacunes. L'essentiel de la VOD qu'on trouve sur Internet est réalisée avec des DRM sous le format de Microsoft WMV qu'on ne sait pas lire sous Linux. On sait lire les DVD – en France, nous sommes dans un cadre d'interopérabilité. On arrive lentement sur le Blu-Ray.
De la même manière, si de nombreux efforts ont été réalisés pour porter Flash sous Linux, on sait très bien qu'on est en retard de quelques mois sur la sortie générale de cette technologie.

LeMagIT : Quels sont alors les leviers possibles pour différencier Linux sur le segment du desktop?
A.L : Je ne crois pas ce soit la 3D car je ne crois pas que cela apporte quelque chose de révolutionnaire. En revanche, les technologies sémantiques peuvent apporter de la nouveauté au niveau du desktop [Mandriva est impliqué dans le projet de desktop sémantique Nepomuk, ndlr]. Aujourd'hui, quand vous utilisez un ordinateur ,vous utilisez des applications, comme un client mail pour lire un email, ou d'autres applications pour lire une éventuelle pièce jointe associée à ce même email. Et, pour la sauvegarder, on ouvre une boîte de dialogue. Bref, on perd le lien avec le message d'origine. On ne connait plus le contexte de l'expédition du fichier. Donc on est dans un fonctionnement dans lequel l'utilisateur fait le lien entre les informations et les applications. On parle de desktop orienté application. Or aujourd'hui, tout le monde est débordé par les mails. Si on considère également qu'on se dirige vers des outils comme Twitter, l'IM (messagerie instantanée, ndlr), les notifications, on est de plus en plus exposé. Le véritable enjeu revient à s'interroger sur notre façon réelle de travailler. L'utilisateur veut en réalité un moyen qui présente toutes les informations dont il a besoin pour une tâche particulière sans penser aux applications pour les lire. Un vrai système qui unifie l'information permettrait de gagner en productivité de manière très importante. Si on arrive à atteindre ce niveau, la notion d'application deviendra transparente pour l'utilisateur. Les technologies sémantiques permettront aussi de pré-traiter les informations de façon à les pré-classer.
Sur le netbook, le problème est différent. Il existe bien deux problématiques. Tout le monde s'acharne sur le lanceur (interface donnant accès à toutes les applications, ndlr). Les interfaces de Moblin et de JoliCloud sont très intéressantes à ce titre, mais le problème n'est pas là. Il s'agit davantage de garantir que toutes les boîtes de dialogue que l'on va lancer avec application tiennent sur l'écran. Et c'est nettement plus compliqué à réaliser que de créer un lanceur d'application. Cela nécessite de fédérer 3 000 applications, une centaine d'écrans par application soit 300 000 écrans à vérifier un à un dans différents cas de figure. Pour ainsi éviter tout problème lié à la taille de l'écran.


LeMagIT : Depuis 10 ans, le desktop Linux suit un modèle existant en termes d'interface et d'ergonomie. Pourquoi les éditeurs Linux n'ont-ils pas profité de leur forte possibilité d'innovation et de leur faible risque au regard de leur petites parts de marché pour pousser l'innovation plus loin ?
A.L : En effet. Mais à un détail près. KDE et Gnome n'étaient pas seuls sur le marché des environnements graphiques, où existaient aussi des alternatives comme Enlightenment ou XDE. La réalité est celle là : quand les gens de KDE et Gnome ont fait le tri des retours utilisateurs, le message essentiel était : « on veut quelque chose qui ressemble à Windows ». C'est vrai pour KDE. Gnome, lui, s'inspire plus du Mac. Dans les deux cas, une fois ce travail de rattrapage de l'existant effectué, ils se sont dits qu'ils pouvaient désormais innover. Dans KDE 4, il y a un environnement complet qui permet de gérer des informations sémantiques. Il s'agit du composant Nepomuk. Ils travaillent actuellement à le connecter à Akonadi [framework de gestion des données personnelles, ndlr]. Même chose avec Gnome 3, qui est désormais tourné vers l'innovation.


LeMagIT : Si l'objectif de Linux est de gagner des parts de marché, proposer une approche révolutionnaire ne va-t-il dérouter les utilisateurs ?

A.L : D'un point de vue ergonomique, il faut être suffisament malin pour que ça ne soit pas déroutant, mais au contraire suffisamment naturel pour que cela s'intègre dans l'univers des gens. C'est une clé de l'innovation.

LeMagIT : Les netbooks ont bouleversé tant la mobilité que l'usage de l'informatique. Les interfaces à base de Linux ont alors fédéré applicatifs et services Web. Est-ce que cette tendance va se confirmer ?

A.L : Absolument. Et merci à l'iPhone sur ce sujet. Cela va devenir un standard. Cette intégration n'est pas encore suffisamment poussée, mais elle va le devenir. C'est une préoccupation pour tous les gens qui travaillent sur des interfaces graphiques aujourd'hui.


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