Les autorités françaises auront leurs logiciels espions  

Le 08 septembre 2011 (09:49) - par Valery Marchive

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Rubriques : Sécurité - Législation Tags : malware - kaspersky - loppsi - fortinet - logiciel-espion - ministeres - keylogger

Une circulaire, publiée au Bulletin Officiel du Ministère de la Justice ce 31 août 2011, précise le cadre juridique des captations informatiques prévues par la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2), adoptée début février. Cette circulaire fait notamment le point sur le recours aux logiciels espions.

C’est l’une des mesures hautement controversées de la Loppsi 2, adoptée définitivement début février : l’utilisation de mouchards informatiques, introduite par l’autorisation de «la captation à distance de données informatiques ». Des logiciels espions, en somme, contrôlés par l’État. Dès juin 2009, Eugène Kaspersky s’inquiétait d’une telle perspective, nous soulignant que «celui qui développera un patch [correctif, ou modification de code avec détournement, dans ce contexte, NDLR] sera millionnaire ». Qu’à cela ne tienne, la disposition a été adoptée. 

Entre deux approximations, une circulaire, publiée au Bulletin Officiel du ministère de la Justice le 31 août, précise donc le cadre juridique de recours aux dispositifs de captations de données informatiques, des dispositifs «ayant pour objet, sans le consentement des intéressés, d’accéder en tous lieux à des données informatiques, de les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu’elles s’affichent sur un écran pour l’utilisateur [...].» Et leurs avantages seraient nombreux, si l’on en croît la circulaire : «permettre la prise de connaissance du contenu du texte avant qu’il ne soit crypté», mais aussi de «prendre connaissance, en contournant de la même manière l’obstacle du cryptage, des messages échangés en temps réel entre deux interlocuteurs ». Surtout, il s’agit de pouvoir s’intéresser à tout le contenu d’un ordinateur et de ses périphériques, y compris des fichiers n’ayant pas vocation à être échangés sur Internet : «elles permettent, de manière continue, la prise de connaissance de fichiers informatiques stockés dans un ordinateur ou un périphérique », sans les contraintes, les délais et les limites d’une perquisition. 

Les dispositifs utilisés pourront aussi être matériels - et donc installés sur site - ou logiciels, avec installation à distance. Le texte utilise clairement le terme de «keylogger», à titre d’exemple. 

D’une durée de 4 mois maximum et renouvelable une fois, la captation de données informatiques devra faire l’objet d’une ordonnance et d’une commission rogatoire du juge d’instruction précisant «la localisation exacte ou la description détaillée du système de traitement automatisé de données objet de la mesure ». Les agents concernés devront-ils relever l’adresse MAC de la machine visée ? Peut-être pas. Ignorant totalement la problématique des ordinateurs portables et de la mobilité, la circulaire estime que «l’obligation de mentionner le lieu de la mesure est une garantie fondamentale de ce dispositif en ce qu’elle permet d’identifier avec précision l’ordinateur ciblé et de contrôler le fait que la mesure s’exerce sur le territoire national ».

Enfin, la circulaire fait autant que la loi l’impasse sur la question de l’efficacité de ces mouchards électroniques. Guillaume Lovet, responsable de l’équipe de lutte contre les menaces informatiques de Fortinet pour la région EMEA, le relevait très justement : «pour que ce malware officiel atteigne son but, il faut que les éditeurs de logiciels antivirus, et notamment ceux qui implémentent de l’analyse comportementale, acceptent de le mettre sur liste blanche.» Et quelques uns n’ont déjà pas manqué d’exprimer leur refus d’une perspective. En septembre 2010, Eugene Kaspersky soulignait, dans les colonnes du Point, ne pas diffuser de mises à jour spécifiques à un pays : «nos clients en Allemagne ou au Royaume-Uni n’apprécieraient pas que nos logiciels ne détectent pas les policewares du gouvernement français.» Et de réitérer sa prédiction : «ces logiciels finiront par tomber dans les mains des cybercriminels.»

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Par jack
 Le 09/09/2011 à 12:23
A mesure que l'utilisation de l'informatique se généralise à tous les aspects de la vie quotidienne des difficultés apparaissent; des questions de légalité en particulier; questions qui sont généralement réglées à l'emporte pièce sans grand souci d'équité ni de respect des droits. Dans le monde virtuel règne la loi du plus fort et rien n'est fait pour protéger ceux de plus en plus nombreux qui y passent une partie de leur vie. Les siècles de lutte et de civilisation qui nous avaient dotés d'un état de droit sont oubliés, Internet est une féodalité qui remplace et détruit peu à peu la civilisation moderne.
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Par Peutêtre
 Le 09/09/2011 à 13:40
L'utilisation de Linux ou de tout autre OS alternatif pour lesquels les policewares n'existeront pas, va-t-elle devenir illégale ?? D'autre part, en ciblant les PC, cette future décision laisse entendre que l'état abandonnerait l'idée d'un internet public, c'est à dire une institution démocratique dans la quelle le terme de "réseau social" ne serait pas une honteuse récupération commerciale. La toile serait ainsi définitivement abandonné à la loi du marché, les policewares seront simplement la pour éviter les 11septembres, la liberté de commercer et la libre concurrence sont de fait nos nouveaux principes constitutionnel, non ?
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Par tech
 Le 09/09/2011 à 14:51
territoire national !!!
avec le cloud, où seront les données?
il faudrait plutôt un service de défense "informatique" nationale.
car la guerre immatérielle sera plus destructrice que la "conventionnelle".
immaginons un instant le coût de "blocage" de l'internet en france et/ou en europe. (et/ou ailleurs dans le monde d'ailleurs!)
a quanf un équivalent Rafale Charles de Gaulle en défense logicielle? la qualité des informaticiens français devrait techniquement le permettre, sa définition serait certe très ardue!
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Par jack
 Le 13/09/2011 à 17:19
Excellent exemple le Charles de Gaulle, autant dire le Concorde la ligne Maginot ou le programme nucléaire. Les politiciens français ont toujours autant de génie. Enfin ! à force de vendre ce genre d'arme aux dictatures du monde, il était temps de se mettre à la page. Acheter nous même des armes à notre propre complexe militaro industriel... faites passer les rétro-commissions ! pas besoin d'intermédiaires levantins; la france à fric sans l'afrique !
Et puis au moins voilà une arme "propre" contre le peuple, qu'on peut utiliser sans enfreindre trop visiblement la déclaration des droits de l'homme ni le grenelle des totalitarisme rampants... en attendant l'arrivée de la Marine...
L'histoire est pleine de ces lois liberticides votées par des néo libéraux (souvent de gauche) pour protéger un systéme en difficulté, un pouvoir chancelant; Lois qui sont ensuite un régal pour les néo-fachistes qui leurs succèdent.
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Par Peutêtre
 Le 05/10/2011 à 10:40
Sur le fond il faut faire remarquer que cet "espionnage" ne peut se faire que sur ordre d'un juge. Et si un juge dans une démocratie ne peut pas faire ça alors il ne sert à rien, sinon à régler des conflits d'ordre commercial. Maintenant sur la forme c'est évidement une solution hautement ridicule, si l'on compare avec les écoutes téléphoniques ou le travail est de fait réalisée par l'opérateur hors du domicile, sinon on fait intervenir les services secrets pour pose d'un micro dans le radio-réveil.
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