Virtualisation de serveurs : l'âge industriel
Quelques exemples permettent d'avoir une idée plus claire des impacts d'une telle consolidation. Chez France Télécom, les premières étapes du projet "Eco Center" ont abouti à des taux de consolidation pouvant atteindre 20 pour 1 (un serveur virtualisé moderne accueille 20 machines virtuelles et remplace vingt vieux serveurs de génération antérieure) en environnement VMware. À terme, l'opérateur espère éliminer environ 10 000 serveurs de son parc dans le cadre d'un vaste projet de rationalisation de ses 17 datacenters en 2 megadatacenters dont un situé à Val de Reuil près de Rouen. Chez Bouygues Construction, 150 serveurs biprocesseurs ont été remplacés par 6 machines quadri-processeurs virtualisées sous Hyper-V, soit une réduction de 96% du nombre de serveurs sur le périmètre impacté.
Un projet de consolidation de serveurs est une opération qui peut-être assez rapide. Un administrateur formé et opérant dans un cadre de migration bien défini (après une phase de pilote et maquettage de quelques mois) peut ainsi migrer une vingtaine machines physiques par jour. Lorsque cette opération de consolidation est réalisée de façon maîtrisée et avec les outils de migration adéquats, elle peut produire un retour sur investissement impressionnant. A la Poste, par exemple, 600 serveurs ont été remplacés par 50 serveurs virtualisés sous VMware, dégageant une économie allant de 30 à 50 % selon les cas.
Quand économies et écologie font bon ménage
Ces gains s'obtiennent à de multiples niveaux. La consolidation permet tout d'abord de réduire sensiblement les dépenses en matériel, mais aussi de réaliser de considérables économies en matière d'hébergement de machines et de consommation électrique. Prenons par exemple le cas d'un datacenter où 100 serveurs biprocesseurs de génération antérieure sont remplacés par 8 serveurs quadri-socket en lames. Cette consolidation va permettre de faire passer la consommation typique d'environ 30 KW/h à 6KW/h, tout en réduisant de façon drastique l'espace d'hébergement utilisé dans le datacenter. La configuration cible n'occupera en effet que 7 U dans un rack de 19 pouces, alors que la configuration d'origine occupait entre 1,5 et 2 racks (cas de serveurs lames) ou 3 racks pleins (cas de serveurs racks). Et c'est encore sans compter avec les bénéfices liés à la réduction de la connectique réseau et stockage générée par la consolidation de serveurs.
Si l'on accepte que dans un datacenter typique, non encore modernisé, la protection électrique et le refroidissement peuvent doubler la consommation, le passage du physique au virtuel de ces 100 serveurs générera une économie de près de 420 000 KW/h en année pleine, soit environ 30 000 € de réduction de la facture électrique (sur la base d'un KWh facturé à 7 centimes en moyenne). Autant dire que pour des grands comptes, la virtualisation de 1000 ou 5000 serveurs peut rapidement générer des gains palpables.
Des scénarios qui dépassent la simple consolidation de serveurs
Mais les bénéfices de la virtualisation ne s'arrêtent pas à la seule consolidation. La technologie, bien utilisée, promet aussi une plus grande flexibilité de déploiement, la simplification de l'administration ainsi que des améliorations sensibles en matière de disponibilité, de continuité de service ou de reprises d'activité. Autant d'éléments qui participent de la création de ce que nombre d'analystes appellent le Datacenter dynamique. Cette transition vers plus de flexibilité requiert toutefois des investissements coûteux en matière de logiciels d'administration. Car si la consolidation ne requière guère plus de choses que la mise en œuvre des fonctions de base des hyperviseurs (et un usage judicieux d'outils de gestion de capacité), l'usage des fonctions avancées requiert en général l'activation de coûteuses options de licence, la mise en œuvre de logiciels additionnels (Lab Manager, module de Disaster Recovery,…). Sans compter la mise en œuvre de fonctions avancées dans les serveurs (telle la virtualisation des entrées/sorties réseaux ou stockage) et la mise en œuvre de configurations réseau et stockage avancées.
Les promesses fonctionnelles sont en revanche séduisantes. Tous les grands fournisseurs proposent ainsi des fonctions de provisionning automatique d'environnements virtuels, afin d'accélérer le déploiement de nouvelles applications ou plus simplement d'ajouter rapidement de nouvelles capacités à des applications dont la qualité de service commence à se dégrader. Chez France Télécom, Loic Renaudon, le directeur du programme Eco Center explique ainsi que la virtualisation permet de répondre à une demande de déploiement d'un nouveau serveur virtuel en quelques heures, contre près de quatre semaines pour un serveur physique.
Tous les grands de la virtualisation proposent aussi des fonctions de haute disponibilité. Les versions avancées de leurs hyperviseurs et de leurs outils de management sont ainsi capables de redémarrer automatiquement sur un nouveau serveur une machine virtuelle victime d'une panne matérielle sur un autre serveur). Dans la dernière mouture de vSphere, VMware va même jusqu'à intégrer la tolérance aux pannes. Citrix ne le propose qu'en option grâce à un partenariat avec Marathon – Stratus le propose aussi, mais dans sa propre version OEM du code de XenServer. Toujours chez VMware, l'outil SRM promet le redémarrage rapide de l'infrastructure virtualisée sur un site de secours en cas de défaillance de l'infrastructure primaire, une opération que l'outil réalise de concert avec les outils de réplication de données des grands fabricants de baies de stockage tels qu'EMC, HP, IBM, NetApp, 3Par, Compellent…
La virtualisation : un défi pour les hommes et les organisations
Tous ces nouveaux outils représentent un défi pour les administrateurs. Car pour tirer parti des fonctions les plus prometteuses des hyperviseurs, il faut mettre en place des architectures complexes, mettant en œuvre plusieurs niveaux d'abstraction et que l'humain a de plus en plus de mal à gérer sans l'assistance d'outils d'automatisation et d'administration avancés. D'autant que les frontières traditionnelles entre les différents composants de l'infrastructure informatique (serveurs, réseau et stockage) ont une fâcheuse tendance à s'estomper avec la virtualisation.
Les éditeurs l'ont d'ailleurs bien compris et multiplient les annonces de nouveaux outils d'administration, avec une attention toute particulière à des domaines comme le provisionning et le déploiement d'environnements virtuels (notamment les outils de LabManagement), les outils de gestion de capacité, les outils d'administration de performance… Derniers outils en date, les outils de refacturation (chargeback) ont commencé à faire leur apparition tant chez Citrix que chez VMware.
Ce dernier point est d'ailleurs révélateur de l'impact qu'à la virtualisation sur l'organisation des services IT. Car qui dit virtualisation dit mutualisation de capacités serveurs qui autrefois étaient dédiés à telle ou telle application ou service métier. Et qui dit mutualisation, dit nécessité de définir une forme de métrique pour pouvoir refacturer l'usage réel aux services métiers.
Reste que cette question de la refacturation est vue par certains comme la porte ouverte à plus d'externalisation. Car à terme avec l'avènement des architectures virtualisées en nuage, les services métiers vont pouvoir benchmarker bien plus facilement le coût de leurs services informatiques internes avec les prestations de tiers. La virtualisation de serveurs ouvrirait-elle la porte à celles des informaticiens ?
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