Offshore agile : un tour de force pour annihiler les distance
Le ciment de l'offshore ? En apparence antinomique avec l'externalisation à l'étranger (offshore), les méthodes agiles pourraient bien en être en réalité le liant, à chaque fois quil s'agit de délocaliser des développements. Une démarche agile, qui fractionne les cycles de développement en de courtes itérations, peuit trouver son chemin dans les procédures industrielles qui régissent de plus en plus l'externalisation offshore. Chine, Inde, Europe de l'Est ou encore Afrique du Nord (on parle alors plutôt de nearshore), quelle que que soit la localisation du site, les problématiques restent souvent les mêmes : distance, formation, éducation et méthode de travail. Autant de contraintes et disparités qui pourraient rendre la tâche plus ardue qu'avec des projets réalisés sous le même fuseau horaire.
Comment dès lors concilier l'agilité, qui insère les développeurs au cœur de processus, et l'offshore, quand ces mêmes développeurs sont à des milliers de kilomètres ? Comment entretenir les relations de confiance que créent intrinsèquement les méthodes agiles dans les relations clients / fournisseurs ?
Pour Nathalie Lopez, directrice adjointe et responsable de l'offre agile chez Valtech, la greffe peut prendre, mais à condition de procéder à quelques ajustements. Tout en faisant ce constat, qui rend ladite greffe non seulement possible, mais souhaitable : « avec la démarche classique client / fournisseur, le client n'est presque jamais satisfait surtout avec l'offshore ».
Réduire l'éloignement
C'est notamment pour répondre au problème d'éloignement amené par l'offshore que les prestataires recourrent à l'agilité. Selon le rapport 2008 de la société VersionOne, qui cartographie l'état de l'art des méthodes agiles, les entreprises ayant déjà adopté l'agilité dans leur processus de développement fonctionnent avec un ou plusieurs sites distants. Il s'agirait donc d'une motivation poussant à se lancer dans une stratégie dite agile.
Mieux, sur la totalité des entreprises sondées (plus de 3 000 réparties dans 80 pays), 21 % d'entre elles utilisent les méthodes agiles pour répondre au besoin de processus de développement outsourcés et quelque 20 % supplémentaires envisagent de le faire à terme.
Pour Nathalie Lopez, « l'agilité compense bien la distance en favorisant la communication au quotidien avec les équipes offshore et elle permet le contrôle et la maîtrise des développements au jour le jour ». Et cela est notamment réalisable grâce à la mise en place d'outils favorisant l'intégration continue, principe qui consiste à contrôler chaque modification du code source afin de limiter toute anomalie ou régression des fonctionnalités de l'application en cours de développement. Cette observation en continu, surtout si elle est répétitive, est clé, insiste Nathalie Lopez, qui parle même de ciment du projet, surtout dans un contexte offshore. Un contexte où chaque mise à jour doit être contrôlée et validée immédiatement pour que les développements se poursuivent – pas question de tirer un trait sur l'un des gros avantages de l'agilité, l'accélération des temps de développement.
Désigner un champion fonctionnel
Reste alors à trouver le moyen d'assurer et de pérenniser la communication entre les équipes de développeurs. Et c'est là notamment que les entreprises doivent réaliser quelques ajustements. « Il faut en effet plus de formalisation, plus de documentation et valider la compréhension des aspects fonctionnels », résume Nathalie Lopez. En gros, les différences culturelles, ou les décalages liées au langage, peuvent s'avérer très pénalisantes dans l'exécution du projet. Pour répondre à cette problématique, « on est obligé de davantage structurer et de mettre en place des rôles supplémentaires », poursuit-elle. On parle alors du « champion fonctionnel », le garant de la compréhension de l'ensemble des fonctions de l'application au niveau de l'équipe offshore. Un poste clé qui s'apparente alors celui d'un ambassadeur, qui peut également être dépêché sur le site du client, afin de faire office de relais.
Nathalie Lopez insiste enfin sur la nécessité de fixer les réunions qui ponctuent les sprints. « Et ne jamais changer leur timing ». Histoire d'avoir une visibilité récurrente sur le projet et surtout de pourvoir évaluer et mesurer l'avancement des travaux à intervalle régulier par le biais d'indicateurs. Un carcan indispensable, que chaque équipe doit inclure dans son planning.
Alors l'agilité, remède absolu contre tous les maux du développement offshore ? Pas si simple. Dans un excellent article, Martin Fowler, consultant au sein du cabinet ToughWorks, attire l'attention sur l'épreuve de force qu'engendre la mise en place de l'agilité dans un contexte offhsore. « Bien plus pénible que dans un contexte de gestion classique [notamment en raison de la distance et à des disparités culturelles, ndlr]. Mais les méthodes classiques sont encore bien plus pénibles que les méthodes agiles. » Le moindre de tous les maux, en quelque sorte.











