Parti de Documentum, après le rachat par EMC de l'éditeur de solution de gestion de contenus (ECM) qu'il avait cofondé, John Newton est parti monter en 2005 Alfresco. Un nouvel éditeur de solution d'ECM, mais cette fois en Open Source. Une aventure dans laquelle il a été accompagnée par John Powell, l'ex directeur général de Business Objects, Ian Howells, ex directeur marketing de SeeBeyond, et par d'autres anciens de Documentum ou d'Interwoven. Bâti sur un modèle d'éditeur Open Source (avec une version communautaire en GPL et une version entreprise associée à une offre de support), Alfresco dispose aujourd'hui, selon l'éditeur, d'une communauté d'utilisateurs riche de 74 000 membres. Rencontre à Paris avec le président du conseil d'administration et directeur technique de l'éditeur Open Source, pour lequel la France est le premier marché européen.
En créant Alfresco voici environ trois ans, quelle était votre vision ?
John Newton : C'était assez simple. Nous pensions que le marché de l'ECM (la gestion de contenus, ndlr) avait besoin d'une alternative Open Source. Il en existait une dans les bases de données, le serveur d'applications ou encore le système d'exploitation, mais pas encore sur ce segment pesant pourtant 3 milliards de dollars l'an. A la même époque, d'autres projets similaires se sont montés dans la Silicon Valley, mais les investisseurs n'ont pas suivi car personne ne pouvait égaler l'équipe que nous avions réunie.
Nous avions également anticipé que naîtrait un standard pour la gestion de contenus. Dès 2005, au sein d'EMC (John Newton est un des fondateurs de Documentum racheté par EMC, ndlr), nous avons commencé à parler de services Web standards et avions formé le groupe à l'origine de CMIS (Content Management Interoperability Services, futur standard dont les premières spécifications viennent d'être rendues publiques, ndlr). Nous voulions enfin amener l'ECM partout où il n'est jamais allé, dans les équipes de vente, au département marketing, etc. Partout où ces solutions rencontraient d'importantes résistances du fait de leur difficulté d'utilisation.
In fine, ça a plutôt bien marché. Après trois ans d'existence, Documentum avait une vingtaine de clients. Nous en comptons 700 - et des grands noms - après la même durée. Et chez ces clients, nos solutions ont tendance à s'étendre, comme c'est le cas en France chez Saint-Gobain, au ministère de la Justice ou à La Poste.
Qu'est-ce que l'arrivée de ce standard, CMIS donc, change pour le marché de l'ECM ?
J.N. : Ca signifie que le gâteau de l'ECM sera plus gros. L'arrivée de ce standard est donc dans l'intérêt de tous, même s'il devrait accélérer la consolidation déjà bien entamée du marché. Quand SQL s'est imposé dans les bases de données, ce marché a connu une importante croissance, simplement parce que le nombre d'applications a explosé. Avec un standard, les entreprises diminuent le risque qu'elles prennent de bâtir une application avec tel ou tel éditeur. Les grands comptes sont aussi confrontés à la multiplication de leurs systèmes ECM ; Citigroup en a ainsi pas moins de 25 ! Lorsqu'ils souhaitent rechercher des informations, pour vérifier la conformité de leurs opérations par exemple, ils n'y parviennent tout simplement pas. Un standard permet d'apporter une solution à ce casse-tête.
Nous supportons la spécification CMIS, même si elle n'est pour l'instant pas encore gelée. Et nous avons été les premiers à le faire. Bien sûr, au fur et à mesure que la spécification s'affinera, nous fournirons une compatibilité à nos clients. Je pense que nous serons rejoints, dans le support de CMIS, par les grands éditeurs d'ECM au tout début de 2009.
Les grands éditeurs d'ECM disposent aujourd'hui d'une importante base installée chez les grands comptes. Pensez-vous qu'il soit possible à Alfresco de reprendre des bastions tenus par IBM-FileNet, EMC ou OpenText ?
J.N. : Le coût de nos solutions amène les entreprises à se poser des questions. Un peu comme JBoss en son temps sur le marché des serveurs d'applications. La crise actuelle pousse les organisations à jeter un oeil neuf sur leurs choix. Lors des montées de version, la question se pose ainsi clairement, surtout quand des solutions dix fois moins chères sont disponibles sur le marché. Nous travaillons avec des partenaires pour proposer des offres de migration à ces entreprises. Je pense que les utilisateurs clefs conserveront leurs licences de la suite ECM en place, par contre, ceux qui sous-utilisent ces outils et se contentent de quelques fonctions se verront proposer des alternatives, comme la nôtre.







Par Alain Risbourg







