Pour les experts RH de Technologia, le SI est « l’un des symptômes des problèmes de France Télécom » 

Le 27 mai 2010 (15:28) - par La rédaction

Imprimer Envoyer par e-mail

Rubriques : Organisation - Opérateurs et intégrateurs réseaux Tags : orange - france-telecom - conditions-travail - suicides - Orange Business Services

Un symptôme, mais quel symptôme ! Selon Technologia, le SI de France Télécom souffre de dysfonctionnements, de lourdeurs, et s’apparente à une entrave à la performance, conçu qu’il serait comme un «outil de contrôle et de mesure.» Du coup, dans ses préconisations, le cabinet d’audit place l’informatique en troisième position, appelant à un « SI performant et accepté », juste après la simplification de l’organisation et l’adoption d’un logique qualitative dans les processus internes. Mais bien avant le volet RH qui n’arrive qu’en sixième position.

Technologia, le cabinet chargé de l’audit des conditions de travail chez France Télécom, à la suite d’une série de suicides chez l’opérateur, n’est pas tendre dans son rapport, rendu public par le syndicat Sud Télécoms. Accablant la direction de l’entreprise et préconisant une réforme RH du groupe, il pointe également un système d’information « largement critiqué » qui est « l’un des symptômes des orientations et des problèmes de l’entreprise », une entreprise qui a « suivi le pas d’une gouvernance par l’actionnaire et pour l’actionnaire, dans un modèle de gouvernance actionnariale. » Une logique clé, si l’on en croît les auteurs du rapport, en cela qu'elle induit les orientations qui trouvent leur traduction dans le SI de France Télécom. Concrètement, selon Technologia, les salariés de l’opérateur citent « fréquemment » son SI « comme une des entraves à un travail efficace. »

Trop d’applications, trop de lourdeurs

Les salariés des activités Marché des Particuliers dénoncent en particulier « les dysfonctionnements » du SI: « lors d’un contact avec un client, un conseiller utilise plusieurs applications qui se révèlent le plus souvent lentes, en panne ou n’ayant pas encore intégré les nouvelles offres commerciales. » Et un téléconseiller de les énumérer : Rforce, pour l’historique client, Cristal ,pour les offres souscrites, Siegfied, pour les abonnés Internet, Guizmo, pour les commandes... « Plus de dix applications en tout. » De quoi empêcher le conseiller d’accéder rapidement aux informations « nécessaires pour faire une réponse claire et argumentée ou tout simplement pour traiter la commande dans des délais acceptables pour le client. » Sans compter les bugs et les problèmes de maintenance également soulevés. 

Une situation qui se retrouve, notamment, au sein des activités Marché Enterprises où, là encore, « les outils informatiques, bien que très divers et très nombreux, ne sont pour autant pas toujours simples d’utilisation pour les salariés. » Au point que certains en viendraient à bricoler leurs propres solutions... ou prévoient « d’autres activités à réaliser en parallèle au cas où l’application ne fonctionnerait pas. » Surtout, le rapport de Technologia pointe « la multiplication des applications qui ne sont pas interfacées. » Rappelons qu'avec Orange Business Services (OBS), le groupe France Télécom dispose en son sein d'une des principales SSII de l'Hexagone...

Dans le volet de son rapport consacré aux fonctions support, le cabinet d’audit revient sur ces questions au travers des responsables de déploiement, une population « tampon » entre maîtrises d’ouvrages ou directions métiers et utilisateurs finaux. L’occasion de mettre le doigt sur un point clé, au travers du témoignage d’un responsable déploiement : « la direction métiers fait ce qu’elle a à faire et le terrain subit, il me fait remonter les dysfonctionnements etc., mais n’est pas entendu. » Et d’insister, au passage sur une conduite du changement généralement trop rapide, « sans que soient mis en œuvre les moyens qui seraient nécessaires. »

« L’organisation MOA, MOE, laisse de côté deux intervenants essentiels »

Une situation qui, à sa manière, renvoie à l’organisation adoptée par France Télécom dans la gestion de ses projets informatiques, en dissociant maîtrise d’ouvrage (MOA) et maîtrise d’œuvre (MOE), laissant ainsi « de côté deux intervenants essentiels. L’un est l’utilisateur final qui n’est pas représenté, aucune des parties ne défendant son point de vue. » Et de pointer, au passage, les questions d’ergonomie des interfaces homme machine, en s’appuyant sur le témoignage d’un salarié : « ce sont les apports fonctionnels [qui sont recherchés] et pas l’ergonomie qui n’a pas de retour sur investissement. Et pour qu’il y ait des évolutions, il faut qu’il y ait un ROI visible. » Selon Technologia, l’autre oublié de l’organisation MOA, MOE, serait « le défenseur de la cohérence de l’architecture du SI. » Une cohérence mise à mal, selon le cabinet, « par la prolifération d’applications »... La boucle est bouclée.

Au final, selon Technologia, «des améliorations s’imposent» pour le SI de France Télécom. Mais compte tenu de son adhérence à l’organisation et à ses processus, « elles ne pourront se faire qu’en lien avec des décisions majeures sur l’organisation et le fonctionnement de l’entreprise. » Concrètement et à court terme, le cabinet préconise à l’opérateur d’investir pour améliorer l’ergonomie des interfaces, de revoir la procédure d’assistance aux utilisateurs, d’établir un tableau de bord de leur satisfaction et de réviser son organisation projets. A moyen terme, Technologia recommande rien moins que de revoir en profondeur le SI avec, notamment, le nettoyage du portefeuille applicatif et un changement d’approche : passer d’un « outil de contrôle et de mesure » à un outil « d’aide à la performance ».

livres blancs avec LesSourcesIT.fr

Sécuriser les terminaux mobiles des utilisateurs dans l’entreprise

Les appareils mobiles, tels que les smartphones et les tablettes tactiles, permettent à un nombre croissant d’employ…


L’efficacité opérationnelle et la réduction des coûts grâce à une approche intégrée de la veille sécuritaire

La mise en place d’un programme de veille sécuritaire efficace au sein d’une organisation n’est pas à prendre à…

vues 1596 lectures commentaire 4 commentaire(s) recommandation notez cet article
5

Réagissez à cet article

Votre Pseudo

Commentaire

Pertinence du commentaire : 0
Par Gilgamesh
 Le 30/05/2010 à 16:21
Ce qui est rapporté dans cet article est vrai, ce qui n'est pas dit consiste en deux points:
- L'inflation d'applications informatique a permis une vrai prise de pouvoir par les informaticiens sur les exploitants et commerciaux au cours des 10 dernières années en faisant prioriser l'agenda des informaticiens sur celui des autres corps de métier.
- A quoi sert l'informatique? Au début (années 80) la notion de système d'information est une notion de gestion qui à tout à fait du sens, informatiser un système d'information permet de le rendre plus performant (+ précis, + rapide). D'ailleurs maintenant les informaticiens ne savent plus qu'un système d'information n'est pas forcément informatisé! Ensuite dans les années 90, à FT l'informatique a été un instrument de réduction des coûts. Mais shut... il ne fallait surtout pas le dire. Maintenant à quoi sert l'informatique à FT mais aussi ailleurs? Les processus sont complètement informatisé mais curieusement le temps d'exécution d'une commande se compte toujours en jours, voire en semaines! Drôle d'informatique...
Noter ce commentaire
Pertinence du commentaire : 5
Par jack
 Le 31/05/2010 à 11:06
Serait ce que le fameux théorème de Peters s'applique aussi à l'informatique ? Il faut bien reconnaître qu'il existe un "seuil d'incompétence" allègrement franchi par des décideurs et des informaticiens eux mêmes dépassés ou mis en difficulté. Une vision globale et du bon sens sont les bases de l'attitude cartésienne, malheureusement la division du travail des pouvoirs et des responsabilités, dans un contexte de compétition interne et externe, ne vont pas dans ce sens.
De par son apparente neutralité et son exactitude intransigeante, l'informatique est généralement choisie comme élément "fédérateur" ou "intégrateur" de ces antagonismes. On y retrouve de fait toutes les contradictions du réel, tranchées ou à trancher, placées devant l'utilisateur comme une mise en demeure dont il doit s'acquitter. Mais l'informatique est formelle, le sens lui échappe... Celui ci doit rester la prérogative de l'utilisateur, sans quoi il répondra à la machine ce qu'elle à besoin d'entendre sans se soucier vraiment du sens de son action. Là est un ressort essentiel de qualité et de compétitivité des organisations.
L'augmentation de la productivité, la réduction des coûts, sont forcément visés par l'informatisation, sinon à quoi bon investir dans ses outils ? Pour autant la qualité et la pertinence de l'investissement ne sont garantis que par le sens que lui donneront les vrais acteurs injustement dénommés "utilisateurs" alors qu'ils sont le plus souvent "utilisés". Cette inversion des rôles fait que souvent la forme l'emporte sur le fond et ce qui devrait "marcher" marche effectivement mais sur la tête et à grands frais.
Noter ce commentaire
Pertinence du commentaire : 3
Par pol
 Le 31/05/2010 à 13:17
La France a parmis les meilleurs ingénieurs ou informaticiens de la planète, mais aucune entreprise de niveau internationale dans le domeine informatique hors Dassault Systems.

Ou est l'erreur ?
Noter ce commentaire
Pertinence du commentaire : 5
Par sebzuki
 Le 03/06/2010 à 14:39
Aujourd'hui une entreprise avec un systeme d'information non informatisé, ça n'existe plus, il serait temps de s'en rendre compte.
Allez travailler au SI et vous comprendrez ce que veut dire le mot "rendement" face a des gens qui pensent que l'informatique c'est mettre deux boutons sur une page !
Noter ce commentaire
publicité
publicité
Les dossiers du MagIT

Les économies de stockage à travers une architecture unifiée


Beaucoup d’organisations ont fait le choix du stockage « unifié » à travers les systèmes Multiprotocol storage systems (MPS). Avec la croissance exponentielle du nombre de d…

Virtualisation : bénéfices, défis et solutions


Alors qu’il existe différentes voies en matière de virtualisation ce document se concentre sur 3 approches : serveurs, postes de travail et appliances. L’un des motifs de cet…
livres blancs avec LesSourcesIT.fr
Recevez les newsletters du MagIT
L'essentiel IT : L'actu IT au quotidien
événements

TechDays 2012 : développeurs et projets en avant

1 2 3 4 5   
Click Here