L’état du monde IT : Inde, l’année du scandale 

Le 29 décembre 2009 (07:30) - par Valery Marchive

Rubriques : Offshore - Législation - SSII - Inde Tags : satyam - nasscom - scandale - Mahindra-Satyam

Un scénario hollywoodien pour Satyam? Alors que celle qui fut la quatrième SSII indienne semblait promise au démantèlement après le retentissant scandale financier liés aux manipulations orchestrées par son équipe dirigeante, les autorités locales ont mis sur pied sa vente par enchères. Une opération qui a vu la naissance de Mahindra Satyam, un géant encore fragile, mais qui pourrait bien avoir réussi à reconstruire la confiance. Jusqu’à se faire une place chez Airbus avec lequel la collaboration n’était encore que marginale il y a quelques mois.

Rétrospectivement, le bannissement de Satyam pour 8 ans des marchés publics de la Banque Mondiale, découvert en décembre 2008 par notre confrère Richard Béhar de Fox News, fait un peu figure de signe a été le signe avant-coureur de la déconfiture de la 4e SSII indienne. Après ce mini-scandale, tout est allé très vite : dès la fin décembre, le gouvernement indien a ouvert une enquête sur les pratiques de gouvernance à la tête de la SSII, à la suite d’une tentative avortée de rachat d’entreprises du BTP laissant planer des soupçons de conflit d’intérêts : il s’agisssait, pour le PDG de Satyam, Ramalinga Raju, de faire racheter par la SSII deux entreprises de BTP à des membres de sa famille pour 1,6 Md$. Très vite, le conseil d’administration de Satyam s’est vidé de ses membres ; le 30 décembre, Ramalinga Raju en appelait à ses employés pour le soutenir. Trop tard : début janvier, le PDG de la SSII était contraint à la démission.

Un scandale d’une ampleur encore inconnue

Une démission déjà matinée de premiers d’aveux. De fait, Ramalinga Raju avait alors reconnu avoir gonflé artificiellement la trésorerie de Satyam de près de 800 000 euros. Le rachat prévu des deux entreprises de BTP devait permettre de disimuler ces malversations  en transformant des actifs fictifs en actifs réels… Un scénario d’autant plus rocambolesque que, selon l’histoire, Ramalinga Raju aurait employé personnellement des chauffeurs pour faire tourner des voitures aux coffres remplis de documents compromettant relatifs à la fraude.

Au final les aveux initiaux de Ramalinga Raju étaient toutefois loin du compte. Les manipulations comptables du flamboyant PDG de Satyam pourraient en effet avoir dépassé le montant de 1,7 milliard de dollars, selon le Central Bureau of Investigation indien qui mène l’enquête depuis près d’un an. En juin 2009, Mahindra Satyam, la SSII née du rachat de Satyam par Tech Mahindra, reconnaissait ainsi une dette de 1,5 Md€ intégrant les montants signifiés par les créditeurs de la SSII, ceux relatifs à quatre acquisitions à l’étranger et 1 Md$ demandé en justice par le britannique Upaid – en dommages et intérêts pour falsification de documents. Ironie du sort, une part de cette dette globale est réclamée par les entreprises de BTP que Ramalinga Raju prévoyait de faire racheter par Satyam… Mais à tout cela, il conviendrait encore d’ajouter environ 1 Md$ de dommages et intérêts réclamés par des plaignants, outre-Atlantique, à la suite du scandale. Bref, au total, la dette de Mahindra Satyam pourrait dépasser les 2 Md€. Pour la petite histoire, au 30 septembre 2008, les comptes – falsifiés – de Satyam faisaient état de 2,3 Md$ de liquidités (Dans ces derniers aveux, Ramalinga Raju estime avoir dopé ce chiffre de près de 1 Md $, ce qui reste toutefois loin des calculs du  Central Bureau of Investigation indien).

Un modèle d’intervention publique

Si le scandale a coûté à Satyam un tiers de ses clients – et quelques cerveaux –, ses conséquences auraient pu être bien pires. Certes, Infosys et Wipro ont cessé de mentionner Satyam parmi leurs concurrents dans leurs déclarations trimestrielles à la SEC. Mais le travail de reconstruction de la confiance mené par Tech Mahindra après le rachat de la SSII semble néanmoins porter ses fruits. Airbus qui, au début du scandale, n’évoquait qu’une collaboration marginale avec la SSII indienne, lui aurait ainsi récemment confié l’assurance qualité de ses projets IT pour 5 ans ; un contrat clé qui pourrait ouvrir bien des portes à Mahindra Satyam dans les prochaines années. Glaxo-Smith-Klein, dont le nom était évoqué parmi les clients sur le départ, a également confié à Mahindra Satyam un contrat de 5 ans autour d’applications SAP.

Surtout, le scandale Satyam aurait clairement pu nuire à l’image de l’économie indienne. Un écueil que le gouvernement indien, mais aussi le Nasscom, la chambre syndicale du patronat des SSII indiennes, ont tout fait pour éviter.

Le gouvernement indien s’est ainsi immédiatement saisi du dossier, démettant le conseil d’administration de Satyam pour en nommer un temporaire ; le temps d’organiser la vente aux enchères – très rapide – de la SSII. Pour Gilles Moutounet, vice-président de la stratégie et de l’international du groupe Gitanjali, spécialisé dans le luxe, « toutes les actions nécessaires [ont été mises en œuvre] pour que ce type de scandale ne se reproduise pas. » Le premier ministre, Manmohan Singh, est lui-même monté au créneau. De son côté, le Nasscom - le syndicat professionnel local - a rapidement mis en place un comité dédié à la gouvernance et à l’éthique. Des initiatives nécessaires et bienvenues si l’on en croît quelques confrères selon lesquels certaines légèretés, en matière de gouvernance, ne sont pas rares dans le sous-continent. Pour l’Asia Development Bank, le scandale Satyam met ainsi « en lumière la nécessité du respect rigoureux de règles comptables strictes », en Inde.

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