Selon les spécialistes de protection contre les logiciels malveillants – malware – de Kaspersky, la cybercriminalité pourrait, à minima rapporter, mondialement 100 Md$ par an. Costin Raiu, expert en chef de l’éditeur, estime par exemple que le seul marché de l’envoi de pourriels pèse 200 M$ en Russie. Une paille, mais un maillon de l’édifice : « c’est un écosystème complet dans lequel tout type de criminel a un rôle à jouer. Par exemple, un développeur propose un malware lequel, à son tour, collecte les données de cartes de crédits. Données qui seront revendues et utilisées par des spécialistes de la production de fausses cartes de crédit, etc. » La diffusion du malware peut être assurée par un botnet, un réseau de PC infectés par un virus contrôlé à distance par son auteur : « ils achètent des ressources à des opérateurs de botnet. Dont le développement peut avoir été délocalisé en Chine. […] Le packaging séduisant du pourriel est alors réalisé aux Etats-Unis. » Une mécanique bien huilée, en somme.
Des limites technologiques… difficiles à contrôler
Mais qui a ses limites. Technologiques, d’abord : « tous les malwares actuels sont finalement assez comparables dans la mesure où ils peuvent être adaptés à faire n’importe quoi : envoi de pourriels, enregistrement de frappe clavier [keylogger, NDLR], attaque par déni de services, etc. » Un bon moyen de maximiser les revenus à retirer, potentiellement, d’un simple malware.
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| Denis Maslennikov, analyste senior Kaspersky, en charge de la mobilité. |
Du coup, pour l’heure, la stratégie est simple : on empile les couches de défense. « Pendant des années, on s’est contenté d’un anti-virus. Puis on a ajouté une liste blanche d’applications. Maintenant, un intègre un bac à sable [sandbox, en anglais] pour faire tourner les applications suspectes, etc. On élargit et on approfondit les douves autour des murs d’enceinte. Mais le combat n’est toujours pas équitable. »
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| Eugène Karsperky |
Un problème politique
Une direction dans laquelle pointe aussi Eugène Kaspersky, lequel milite pour un « Interpol de la cybercriminalité : les cybercriminels n’ont pas frontières, contrairement aux forces de l’ordre. C’est pourquoi ils n’ont aucune crainte. Seuls les idiots se font prendre. » Pourquoi une telle situation ? « Les Etats n’ont pas changé leur façon de penser. Les gens sont conservateurs… Les polices locales se renvoient la balle : elles veulent bien collecter de l’information mais pas la partager. » Et puis, aussi, « les gouvernements ne prennent pas au sérieux la question. »
Même si le co-fondateur de l'éditeur note une évolution récente des mentalités : « le message semble aujourd’hui être passé. Les autorités l’évoquent de plus en plus. Le FSB [ex-KGB russe, NDLR] comprend parfaitement la problématique. » Au point que certains, comme le gouvernement chinois – voire français –, pensent à imposer des dispositifs de filtrage sur les PC des consommateurs… Une arme à double tranchant : « celui qui développera un patch [correctif, ou modification avec détournement, dans ce contexte, NDLR] sera millionnaire, » estime Eugène Kasperky.
















