LeMagIT : Quels sont les effets de la crise sur l'activité de CA en Europe ?
Patrick Starck : Nous avons ressenti les premiers effets du ralentissement mi-2008, et ce sur tous les marchés européens. Mais la crise se traduit de façon différenciée sur les différents segments du logiciel. La crise est particulièrement sévère pour l'applicatif ou tous les logiciels que je qualifierai de commodité. Quand une application en place rend le service attendu, une montée de version peut attendre. D'où les nombreux projets décalés en la matière. Par contre, CA a la chance d'être positionné sur des domaines structurants. Quand on a besoin de monter le niveau de sécurité du système d'information, on ne peut guère attendre, sous peine de faire courir à l'entreprise un risque opérationnel. Ceci explique notre bonne année fiscale 2009 (cette dernière s'est terminée fin mars, ndlr), où nous avons connu une légère croissance en Europe. Depuis, j'observe une certaine stabilisation du marché, mais personne ne croit à un retour à la situation antérieure. Nous sommes tombés dans un nouvel état, et ce dernier favorise la concentration dans l'industrie.
LeMagIT : Dans l'administration de systèmes, autre segment clef pour CA, les investissements peuvent pourtant être aisément décalés...
P.S. : Là, nos solutions apportent des éléments de réponse à la réduction des coûts. Quand un grand compte met en place la virtualisation de ses serveurs, une solution d'administration lui amène un retour rapide sur investissement, parfois en moins d'un an. Cette remarque vaut aussi pour la gestion des performances applicatives (APM, application performance management), un segment en très forte croissance chez nous.
LeMagIT : Dans tous les segments de l'IT, la crise est aussi synonyme de pression sur les prix. Quels sont les effets de cette pression sur votre activité ?
P.S. : La guerre des prix entre compétiteurs est permanente. Ce qui est nouveau, c'est que, sur le marché, évoluent un certain nombre d'acteurs fragilisés par la crise, et prêts à pratiquer ce que j'appelle des prix de conjoncture. On sait pertinemment que ces acteurs n'ont pas une espérance de vie très élevée. Si l'offre concerne un choix peu structurant, ça peut être une bonne affaire. Mais, si elle concerne un domaine stratégique, je dis attention. Nombre de ces acteurs de niche, très fragilisés, sont d'ailleurs à vendre, à des prix parfois dix fois moindres à ceux affichés il y a seulement un an !
Je pense donc que, dans le logiciel d'infrastructure et particulièrement dans la sécurité, la consolidation va s'accélérer pour aboutir à une situation proche de celle qu'on connaît dans l'applicatif, où deux acteurs majeurs dominent le marché.
LeMagIT : Quelle peut être la réponse de CA à une demande de baisse des coûts immédiate émanant d'un donneur d'ordre ?
P.S. : J'examine l'ensemble de la pile logicielle du grand compte pour lui proposer d'augmenter le nombre de processus que nous gérons. Ce qui, au final, fait baisser la facture totale. C'est ce type de rapport que nous voulons instaurer avec nos clients. Par exemple, dans la gestion du portefeuille de projets (PPM, Project Portfolio Management), j'ai en tête un exemple en France où nous avons remplacé par notre solution les outils en place. Et la facture est passée de un million à 600 000 euros en un an, coût de transition compris.














