
La Société Générale, banque victime d'une fraude de près de 5 milliards, se débat pour maintenir sa ligne de défense. Selon celle-ci, les pertes exceptionnelles de la banque résultent des agissements d'un individu isolé, le trader Jerôme Kerviel, qui aurait agi à l'insu de sa hiérarchie et serait parvenu, de longs mois durant, à tromper tous les contrôles internes.
Vendredi, suite à l'audition du trader par les juges Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset, de nouveaux éléments ont été révélés par Le Monde et confirmés par l'entourage de la banque. Ils viennent éclairer d'un jour nouveau l'affaire : les jeudi 17 janvier et vendredi 18, alors qu'il se sait sur le point d'être découvert (comme le confirment ses échanges par SMS avec le courtier de la Fimat, Moussa Bakir), Jérôme Kerviel a continué à prendre des positions très élevées : plus de 11 milliards d'euros (8,15 milliards d'euros de contrats à terme dans la journée du 17 janvier et 3,09 milliards d'euros le lendemain sur des produits dérivés d'indice européen, l'Eurostoxx et allemand, le Dax).
Les « perfs » de Kerviel : des bonus pour ses supérieurs
Selon l'entourage de la banque interrogé par l'AFP, cet épisode, sur lequel glissait astucieusement le rapport du comité spécial du conseil d'administration de la SG (publié le 22 février), confirme le portrait psychologique d'un individu déséquilibré et manipulateur qui voulait "faire sauter la banque".
A l'inverse, les défenseurs du trader estiment que la hiérarchie de Kerviel ne pouvait ignorer les agissements de son subordonné. Et qu'au mieux, elle aurait fermé les yeux. Les spécialistes des salles de marché notent ainsi que les bonus des supérieurs de Jérôme Kerviel, notamment celui d'Eric Cordelle son responsable direct, dépendait fortement des résultats du trader. Or, quelques jours avant de prendre des positions qui conduiront à des pertes catastrophiques, Jérôme Kerviel dégageait toujours un bénéfice impressionnant. Des gains obtenus avec les techniques qui lui sont aujourd'hui reprochées. Signalons d'ailleurs qu'Eric Cordelle est aujourd'hui sous le coup d'une procédure de licenciement. Et que Jean-Pierre Mustier, le directeur général adjoint chargé de la banque d'investissement (l'établissement touché par la fraude) hier présenté comme le dauphin du Pdg Daniel Bouton, est donné partant.
Budget : la DSI sort renforcée
Ce nouveau rebondissement fait suite au pavé dans la mare lancé par les services de contrôle d'Eurex, la place financière allemande où Jérôme Kerviel avait l'habitude d'effectuer des opérations. Selon le Canard Enchaîné, qui livre des extraits d'une déclaration d'un officiel allemand aux enquêteurs de la brigade financière, non seulement la banque connaissait les agissements de son trader, mais elle aurait délibérément tenté de noyer le poissons lorsque les contrôleurs d'Eurex se montraient trop pressants dans leurs demandes d'explication.














