Pradipta Bagchi remarque que l’Europe « a toujours été traditionnellement plus réservée sur l’offshoring. Mais ça commence à prendre en Allemagne, Belgique, Pays-Bays, Luxembourg, Suisse. Le second round, ce sera la France, l’Italie, l’Espagne. » Outre une mosaïque de langues nationales, l’Europe présente de nombreuses spécificités. Pour K.R. Lakshminarayana, les projets sont plus lents à se lancer qu’aux Etats-Unis. Et les clients plus pointilleux sur les résultats. Sur un plan technique, l’Europe semble faire une fixation sur le développement orienté objet : « c’est une préoccupation clé. » Partho Ganguli confirme : « les entreprises européennes sont très exigeantes. »
Mêler nearshore et offshore
Pour Pradipta Bagchi, le modèle globalisé permet, notamment, d’adresser les différences culturelles et les réglementations locales : « En Europe, les réglementations sur la protection des données privées sont très fortes. Par exemple, au Royaume-Uni, nous avons installé un vaste centre de traitement des données d’assurance vie et de retraite, avec 2 000 personnes. Dans la même logique, nous avons des installations en Allemagne et en Hongrie. » Autrement dit, alors que les SSII occidentales prennent la route de l'Inde pour monter des centres offshore de développement et de TMA, leurs concurrentes du sous-continent font le chemin inverse.
Et puis il y a les questions culturelles. « Si je travaille pour un important constructeur automobile allemand ou français, je dois parler la langue du pays : l’anglais n’est pas la langue professionnelle dans ces activités, notamment pour certains métiers », relève Pradipta Bagchi. « Pour la France, nous avons ouvert un centre au Maroc, avec beaucoup d’ingénieurs francophones. On s’intéresse aux pays de l’est européen. Mais nous n’avons pas encore trouvé de raison sérieuse de nous y installer. Cela dépendra des besoins de nos clients européens. Pour l’Espagne et le Portugal, par exemple, on s’appuie sur le Brésil et l’Uruguay : bas coût et forte population parlant espagnol et portugais. »
Gérer les différences culturelles, un élément clé
Pour Partho Ganguly, la formation multi-culturelle est une chose « prise très au sérieux ici. » Chez TCS, Pradipta Bagchi explique que « on ne veut pas, par exemple, que nos collaborateurs soient surpris si une cliente leur fait la bise. » Plus loin, la SSII applique la même logique à ses clients : « pour travailler avec des Indiens, il faut aussi connaître la culture du pays. » Une anedote : « lorsque nous avons ouvert notre centre de développement en Hongrie, son directeur a convoqué une réunion de toutes les équipes un vendredi soir à 18h. Il s’est retrouvé tout seul : tout le monde était parti. » Mais que vaut vraiment la formation multi-culturelle ? Pour Partho Ganguli, le niveau des formations culturelles progresse, « mais ce n’est pas encore parfait. »
En dernier recours – à moins que ce ne soit en premier, pour certains -, il y a le cheval de Troie de l’industrie. Ainsi, c’est Tata Consultancy Services qui va s’occuper de l’informatique de Jaguar-Land Rover, le constructeur britannique récemment racheté par… Tata Motors. Un exemple de synergie de groupe.
La stratégie des SSII indienne, déjà à l'oeuvre, semble commencer à porter ses fruits. Selon IDC, Wipro, Infosys et TCS figurent, au sein du top 50 des SSII actives en Europe, parmi celles qui affichent les plus fortes croissances à +48,5 %, +42,1 % et +37,4 %, dans l'ordre, en 2007.
Elections américaines : risque de protectionnisme ?
L’industrie indienne des services informatiques suit attentivement la campagne présidentielle américaine. Dans son discours d’investiture comme candidat démocrate à l’élection présidentielle, Barack Obama a en effet déclaré qu’il ne voulait plus d’avantages fiscaux pour les entreprises qui « délocalisent les emplois à l’étranger. » Pour Som Mittal (Nasscom), interrogé par nos confrères d’IBN Live, cette remarque concernait plus l’industrie manufacturière que les services informatiques. Et d’ajouter que les démocrates ont toujours été plutôt favorables au libre-échange. De quoi rassurer les membres de la chambre syndicale ? Oui, semblent acquiescer en cœur les tenants d’un monde globalisé pour lesquels il s’agit avant tout d’aller chercher la ressource humaine pertinente là où elle se trouve.
















