Si les prestataires ne se bousculent pas, c'est aussi parce que eSCM vient s'inscrire dans un paysage dont ils cherchent plutôt à freiner l'avènement. Une mutation de l'infogérance vers des contrats aux périmètres très bien définis et sur lesquels les SSII sont remises en concurrence régulièrement (tous les deux ou trois ans). Cette forme d'externalisation, avec des prestataires opérant sur des silos et pilotés étroitement par des DSI devenues gestionnaires, est vu par certains – notamment le cabinet KLC - comme le modèle vers lequel convergent tous les grands comptes.
Les questions en suspens
La principale interrogation réside dans le déploiement relativement confidentiel du référentiel. Autrement dit, rien ne garantit encore que eSCM sera la norme à laquelle se référeront demain donneurs d'ordre et SSII.
En France, une association a été créée en novembre dernier pour promouvoir eSCM. La première dans le monde. Une association où se côtoient pour l'instant, selon Claude Durand, qui fait partie avec quelques autres des chevilles ouvrières de cette initiative, beaucoup de consultants, quelques SSII et... peu de DSI. Même si Ae-SCM est présidé par Marie-Noëlle Gibon, DSI de la branche courrier de La Poste. Et que la Stime, l'informatique des Mousquetaires, fait aussi partie des premiers donneurs d'ordre à s'intéresser au référentiel via l'association. « Pour l'instant, on constate de l'intérêt, mais pas encore une adoption franche par le marché français. Aucune SSII française ne pourrait aujourd'hui être certifiée », ajoute Claude Durand, également vice-président de l'Ae-SCM.
Pour Jérôme de Prémesnil, de La Poste, la clef de l'adoption est entre les mains des grands comptes : « Dès le début, notre DSI, Marie-Noëlle Gibon, a cru à la stratégie de la demande. Consistant à dire : si les donneurs d'ordre le réclament, les prestataires passeront à eSCM ». Dans son livre blanc, KLC croit déceler « depuis deux ans, en France, un mouvement très fort en faveur d’eSCM, et beaucoup plus de la part des clients que des prestataires. »
Interrogé sur les façons d'accélérer le déploiement du référentiel – par exemple via la création d'associations nationales comme Ae-SCM – Carnegie Mellon nous a répondu par la voix de Jane Siegel, directrice du département IT Services Qualification Center (ITSqc) de l'université. « Plutôt que de créer des entités locales, dans de nombreux cas, nous collaborons avec des organisations existantes. Comme l'International Association of Outsourcing Professionals (IAOP), l'itSMF (association de promotion du référentiel ITIL) aux Etats-Unis, au Brésil et dans d'autres pays », explique-t-elle. Et d'insister sur un autre point favorisant la diffusion d'eSCM : « nous mettons sur pied des formations dans de nombreux pays, y compris la France où il y aura des cursus dédiés à eSCM fin octobre et début novembre ». Formations, certifications, audit : eSCM est aussi un business à part entière géré à l'américaine par Carnegie Mellon. Une propension critiquée à demi mot par certains acteurs français.
En savoir plus : télécharger en PDF notre article d'analyse sur le référentiel eSCM. Lire notre article sur l'utilisation de eSCM-CL au sein de la DSI Courrier de La Poste.
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