Jean Mounet, Syntec Informatique : « France Numérique 2012 est très pauvre pour le logiciel » 

Le 23 octobre 2008 (16:35) - par David Castaneira

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Rubriques : Législation - SSII - Editeurs - Economie Tags : ssii - numerique - logiciel - syntec - assises - libre

En exclusivité pour LeMagIT, le président de Syntec Informatique, la chambre patronale des SSII et éditeurs de logiciels, livre son sentiment quelques jours après la présentation du plan France Numérique 2012, présenté par Eric Besson. S'il salue l’émergence d’un projet de société numérique, il estime que le logiciel est insuffisamment traité, tout comme la problématique des entreprises. Et propose d’élever le débat au niveau européen pour une industrie logicielle forte.

jean mounet 2007Un certain nombre de voix s’élèvent pour regretter que la dimension logicielle soit quasiment absente du plan proposé par Eric Besson, secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, contrairement aux contenus ou aux infrastructures. Quel est le sentiment du représentant des éditeurs et des sociétés de services informatique ?

Jean Mounet : Sur le plan global, je salue tout d’abord ce qui a été fait parce que cela a le mérite d’englober tous les enjeux du numérique dans un projet de société. La sortie de ce plan est donc à ce titre une date à marquer d’une pierre blanche. On peut cependant regretter qu’il n’y ait pas un équilibre de traitement entre les différents secteurs concernés. L’accès du grand public et la fracture numérique sont bien couverts, l’éducation et les infrastructures également. Mais ce n'est pas le cas en ce concerne les applications en entreprises. Surtout, le plan est très pauvre en matière de logiciel. Il n’y a en réalité qu’une page et demie qui traite de ce sujet et il y a même beaucoup plus d’attention portée aux logiciels de jeux; Une partie des propositions concernant ce segment auraient d’ailleurs pu intéresser l’ensemble des éditeurs. C’est vraiment dommage. De la même manière, on retrouve peu de choses pour les PME innovantes. J’ai eu l’occasion d’en discuter dans le cadre des Assises et, sur ces sujets, on m’a expliqué que ce n’était pas à Eric Besson de s’en charger mais plutôt à Bercy.

Sur tous les sujets liés aux entreprises, ce qui me paraît peu clair, ce sont les conditions de la mise en œuvre du plan. On n'a aucune indication budgétaire, rien sur l’organisation du suivi, ni sur la mise en place d’un agenda. Le document est un bon recueil d’idées, mais on se demande tout de même qui va conduire quoi.

Durant la période des Assises du numérique, on a assez peu vu l’action du Syntec, qui n’a par exemple pas publié de liste de propositions au moment où elles fleurissaient. Quelle a été votre implication dans le débat préalable à l’élaboration de ce plan ?

Jean Mounet : Nous sommes rentrés dans un cycle de réflexions et de propositions bien avant l’annonce d’un plan au printemps dernier. Au printemps 2007, à l’occasion de l’élection présidentielle, Syntec Informatique avait publié une lettre aux candidats dans laquelle nous commencions à faire des propositions globales. Nous avons également travaillé – moi et d’autres membres de Syntec – dans le cadre du rapport Medef sur le numérique publié en janvier 2008. Enfin nous avons fourni de la production écrite dans le cadre des commissions Attali sur la croissance et Stoleru sur les PME. Ou encore en travaillant avec Xavier Darcos [ministre de l’Education nationale, ndlr] sur le rapport e-Educ et avec Roselyne Bachelot [ministre de la Santé, ndlr] sur e-santé. Enfin, j’ai rencontré Eric Besson à trois ou quatre reprises et j’ai crû comprendre que le rapport du Medef l’avait inspiré. On a donc le sentiment d’avoir beaucoup contribué même si, c’est vrai, nous n’avons pas communiqué sur ce travail de fond au moment des Assises.

Le rapport Attali préconisait une action proactive des pouvoirs publics en faveur du logiciel libre. Dans le canevas de 27 propositions de travail proposées par Eric Besson à l’ouverture des Assises, ce point était également à l’ordre du jour avec des propositions précises, finalement abandonnées au cours de l’été. Quelle est la position de Syntec, qui accueille d’ailleurs des éditeurs et SSII en pointe sur ce segment ?

Jean Mounet : Effectivement, comme le plan est pauvre sur le volet logiciel, on a donc très peu de choses sur le logiciel libre. Il comporte juste un paragraphe qui l’évoque et c’est un peu décevant. Lors de nos remarques suite à la publication sur le rapport Attali, nous avions cependant dit que le curseur était trop placé sur le logiciel libre. Il n’y avait quasiment rien sur les logiciels commerciaux qui sont également très importants. Il aurait alors fallu équilibrer entre les deux modèles qui présentent tous deux un intérêt. Là, on a une tentative de rééquilibrage.

Quoi qu’il en soit, pour tout ce qui touche au logiciel, tout cela est insuffisant.
Et ce constat ne vaut pas que pour la France. Nos partenaires européens connaissent les mêmes types de problèmes avec les pouvoirs publics en matière de politique industrielle. Devant le manque de profondeur de ce qui est proposé, nous avons donc été conduits à faire des propositions à l’échelle européenne. Depuis un an, nous travaillons avec nos partenaires et la Commission européenne à la réalisation d’un « position paper » sur le logiciel. Ce document est désormais finalisé et doit être remis demain à Viviane Reding [commissaire européen à la société de l’information qui avait inauguré le lancement des Assises du numérique fin mai 2008, ndlr]. Il appelle à la constitution d’une industrie logicielle européenne forte.

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Par Stefane Fermigier
 Le 24/10/2008 à 10:54
J'ai également écrit un commentaire sur le même thème, disponible en ligne ici:

http://tinyurl.com/5rtht2

Et que je reproduis ci-dessous:

"Le plan “France numérique 2012” présenté hier par Eric Besson fait l’impasse sur le secteur du logiciel. Seules 3 mesures sur 154 concernent le secteur du logiciel (hors jeu vidéo), et ne répondent pas de manière significative aux attentes du secteur. En particulier, on ne peut que déplorer l’impasse qui a été faite sur les propositions du rapport Attali en faveur du logiciel libre.

C’est d’autant plus regrettable que le plan note que “le logiciel libre représente un potentiel économique et industriel considérable” et que “la France dispose dans ce domaine d’atouts reconnus aux niveaux européen et international” (notons que plusieurs cabinets d’analyse américains ont noté cet été que la France était “championne du monde” dans ce secteur).

Détaillons les trois mesures concernant le logiciel dans le Plan Besson:

- L’action 63, “Créer un réseau “Logiciel” de correspondants dans au moins dix villes clés de l’industrie du logiciel, en parallèle du réseau “TIC” d’Ubifrance” vise, et c’est un objectif légitime, à favoriser la capacité d’exportation des éditeurs de logiciels français. Néanmoins, elle reste à un niveau relativement symbolique, et l’on peut même s’interroger sur l’intérêt d’avoir un réseau “logiciel” séparé du réseau “TIC”, tant les acteurs de l’informatique (éditeurs et sociétés de services, notamment) constituent un écosystème qui doit travailler de concert pour gagner des parts de marchés.

- Les actions 64 et 65, “Promouvoir un affichage séparé des prix des logiciels et systèmes d’exploitation pré-installés” et “Permettre la vente découplée de l’ordinateur et de son logiciel d’exploitation”, sont des revendications de longue date du groupe “Détaxe Windows” lancé par Roberto Di Cosmo en 1998, et plus généralement de la communauté du logiciel libre et de ses principales associations. Elles permettront d’accélérer la diffusion de systèmes d’exploitation libres comme Linux auprès d’un public de connaisseurs, sans avoir cependant d’impact significatif sur le grand public qui lui découvrira plutôt Linux et l’univers des logiciels libres grand public via les Netbook.

Surtout, ces deux dernières mesures ne concernent qu’un domaine spécifique du logiciel, celui des systèmes d’exploitation, et n’aident en rien les éditeurs de logiciels applicatifs, qui réalisent pourtant l’essentiel du chiffre d’affaires du secteur.

En tant que fondateur d’un des deux leaders français de l’édition de logiciels libres, je suis donc déçu par le plan présenté par M. Besson, et je m’associe aux différentes demandes des organisations représentatives du secteur pour que des mesures plus spécifiques, en faveur du secteur du logiciel en général et du logiciel libre en particulier, soient annoncées rapidement. Des recommandations d’achats claires en direction de l’administration, exigeant le respect de véritables standards ouverts et interopérables, et favorisant les logiciels libres à qualité et coût égal à leurs équivalents propriétaires, font ainsi partie des mesures que le gouvernement devrait prendre en priorité.

Je note enfin que dans le contexte de crise économique actuel, le logiciel libre constitue une réponse économiquement pertinente aux réductions de budgets qui menacent les services informatiques dans les entreprises et les administrations, qui pourront ainsi poursuivre leurs investissements en faveur de la réactivité et de la productivité. Face à la crise qui est son soucis principal actuellement, le Gouvernement ne pourra que reconnaître les atouts du logiciel libre dans ce contexte et prendre les mesures naturelles qui assureront la meilleure compétitivité possible aux entreprises françaises."
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Par MUNCI
 Le 30/10/2008 à 12:57
A lire aussi la réaction du MUNCI :
http://www.munci.org/REACTIONS-du-MUNCI-au-PLAN-BESSON-FRANCE-NUMERIQUE-2012
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