Syntec dénonce les pratiques illégales d'une poignée de grands comptes voyous 

Le 12 février 2009 (18:07) - par Reynald Fléchaux

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Rubriques : Offshore - Législation - Relation fournisseurs et SSII - SSII Tags : ssii - offshore - syntec - contrat - tarification

Le syndicat patronal des SSII et éditeurs dénonce les pratiques d'achat d'une douzaine de grands groupes français. Selon Syntec, certains détournent la loi de modernisation de l'économie tandis que d'autres remettent en cause les conditions tarifaires de contrats déjà signés. Des dérives qui témoignent de la pression sur les prix exercée par les donneurs d'ordre sur leurs prestataires.

536magit 148 citronsCette fois, ça va trop loin. Alerté par ses membres sur les pratiques d'une poignée de grands comptes, Syntec Informatique, la chambre patronale des SSII et éditeurs, a décidé de faire part de son mécontentement aux directions générales des entreprises en question et aux pouvoirs publics. En cause, deux "astuces" imaginées par ces donneurs d'ordre, que Jean Mounet, le président de Syntec Informatique, juge illégales.

"Le plus discutable, ce sont les tentatives de détournement de la loi de modernisation de l'économie", explique Jean Mounet. Cette dernière prévoit de raccourcir les délais de paiement des factures. Sauf que certains donneurs d'ordre profiteraient de cette modification des pratiques de facturation pour exiger de nouveaux rabais de 1 ou 2 % à leurs prestataires. "Pire, d'autres donneurs d'ordre demandent à nos adhérents de ne facturer leurs prestations que tous les trois mois, au lieu de chaque mois", s'insurge Jean Mounet, qui se refuse toutefois à nommer les entreprises en question se contentant de parler d'une douzaine de cas flagrants, des grands groupes, dont certains affichent des bénéfices plus que confortables. Autrement dit, ce qui devait être une mesure améliorant la trésorerie des sous-traitants se transforme, dans certains cas, en un nouveau coup de massue pour les finances desdits prestataires. "C'est particulièrement dommageable pour les PME de notre secteur qui n'ont pas le poids nécessaire pour négocier avec ces grands donneurs d'ordre", précise Jean Mounet. Le syndicat patronal a donc décidé de se tourner vers les pouvoirs publics pour dénoncer ce détournement de la loi, et annonce avoir obtenu plusieurs rendez-vous dans les ministères dans les jours qui viennent.

Les PME contraintes d'avaler la couleuvre

En sus de ce qu'il considère comme une violation de la loi, Jean Mounet dénonce également les demandes de remise rétroactive des donneurs d'ordre. "Certains demandent 2 à 3 % de rabais sur les prestations déjà réalisées, assortissant ces exigences de menace de déréférencement du prestataire. C'est une violation des contrats signés", s'emporte le président de Syntec Informatique.

La mise en évidence de ces pratiques par le syndicat des SSII intervient dans un contexte de durcissement des relations entre donneurs d'ordre et prestataires. Les premiers exigeant des remises importantes lors des renégociations des contrats, voire en plein milieu de ceux-ci ! Récemment, la banque néerlandaise ING avait ainsi ramené ses prestataires à la table des négociations pour obtenir de nouveaux rabais. "Les grandes SSII s'en sortent en négociant avec les donneurs d'ordre, explique Jean Mounet. Mais les PME, elles, sont contraintes d'accepter les conditions demandées". Interrogé hier sur le sujet, lors de l'annonce des résultats de Devoteam, Stanislas de Bentzmann, le co-président du directoire de cette SSII de taille moyenne, confirmait la réalité du phénomène : "dans la finance, nous avons été convoqués par certains clients qui nous demandent des remises supplémentaires de 5 à 10 %." Selon le dirigeant, après négociation, la SSII aurait accepté d'accorder un rabais de 1 à 2 %.

Ruée vers l'offshore

Une pression sur les prix qui pèse sur les marges et qui incite les SSII à augmenter la part de prestations effectuées dans les pays low cost, comme l'a confirmé Capgemini ce matin lors de l'annonce de ses perspectives 2009. La première SSII de l'Hexagone a indiqué avoir récemment remporté des contrats de TMA comportant jusqu'à 90 % des prestations réalisées en offshore. "Cette pression sur les prix pousse à réduire l'emploi en France, pousse les donneurs d'ordre à se lancer massivement sur l'offshore sur des projets qui n'y sont pas toujours adaptés - ce qui aboutit à des catastrophes -, et détourne les jeunes de nos métiers", constate Jean Mounet. Ce dernier rappelle que les tarifs des services informatiques en France sont inférieurs de 20 à 50 % à ceux d'autres pays en Europe. Pas sûr que cette statistique suffise à modérer les ardeurs des services achat qui se savent, à la faveur de la crise, en position de force.

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Par Vougeot27
 Le 13/02/2009 à 10:37
La loi de l'offre et de la demande est fondamentalement (dogmatiquement) saine et efficace. La relance de l'économie par la Loi crée des opportunités pour certains, pas forcément les plus entrepenants (malins), c'est scandaleux ça alors ! Et votre prochain article annoncera l'impérieuse nécessité d'alléger les charges des entreprises pour qu'elles aient (plus) mauvaise conscience en délocalisant ?
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Par tarik
 Le 13/02/2009 à 13:18
Les jérémiades de Monsieur Mounet seront sans doute plus audibles le jour ou la convention collective qui porte le nom de son syndicat professionnel daignera considérer ses salariés comme autre chose que des bêtes de somme louables et corvéables à merci.
Cela ne veut pas dire que je cautionne les pratiques détestables de certains grands clients. Mais en l'occurrence, la faute en revient à une loi mal ficelée qui aurait du imposer des délais de paiement fermes de 45 jours au maximum après une période de transition. Pour avoir voulu ménager la chèvre et le choux, le gouvernement a ouvert la porte à tous les abus.

Reste que pour conclure, M. Mounet et son organisation étaient moins tatillons quand il s'agissait de négocier à la baisse les accords 35h ou de promouvoir le défunt contrat de mission. Cela ne participait-il pourtant pas des mêmes mécanismes de cupidité que M. Mounter critique de la part des donneurs d'ordres ?
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Par good faith
 Le 13/02/2009 à 14:27
Quel mélange !! Quelle hypocrisie !!
Rien de neuf dans tout cela, les délais de paiement ont toujours été une composante du prix parfaitement négociable...Ils ont l'air de découvrir la roue. Ou est le ratio gain tréso/discount supplémentaire je ne le vois pas dans l'article ? ...Quant aux Off shore pas besoin de négocier les prix pour que de toutes les façons les SSII délocalisent en inde.
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Par pl.garcia
 Le 13/02/2009 à 23:24
Après lecture de ces quelques réponses je me sens obligé de réagir.
Je suis Ingénieur en Informatique, représentant du personnel de Délégué syndical d'une grande organisation syndicale de cadre.
Si je partage complètement la position que les sociétés de services ne considèrent pas leur personnel, ne le suive pas et ne gère en rien les carrières. Je ne peux laisser dire que tout est de leur faute, et que l'on ne va pas pleurer pour eux. Si vous ne le faites pour eux faites le pour leurs employés.
Les donneurs d'ordres préfèrent eux aussi ne pas gérer la carrière du personnel les plans de charges et préfèrent de loin prendre des ingénieurs en assistance techniques. Cette forme d'intérim une peu chère mais sans contrainte, leur permet entre autre de pouvoir faire fluctuer leur plan de charge de façon brutale et dans des proportions importantes, et cela, en mettant fin aux missions à tout moment même en ne respectant pas les délais contractuels.
Un société qui a 100 personnes ou plus chez un client ne prendra pas le risque de perdre toute son activité chez ce client pour dénoncer ce non respect.
Au passage je précise que ce type de prestations plus souple que l'intérim, est contraire à la loi et constitue un délit de marchandage, bien camouflé par un petit compte rendu régulier entre les deux société pour donner l'impression que le lien de subordination n'est pas rompu, et que l'on peut produire à l'inspection du travail, mais dans les fait la distribution du travail est bien faite par le client et non par l'employeur.
On peut d'ailleurs s'étonner que certaines de ces donneurs d'ordre fonctionnent avec plus de 50 % de prestataires.
Il est aussi vrai que les achat de ces grands compte font de temps en temps une opération de réduction des coût et demandent aux fournisseurs une baisse des prix.
La mode actuelle semble être de demander une réduction de coût très importante et d'imposer de réaliser une partie des prestations offshore. Par exemple, mon opérateur téléphonique a pris la voie de prendre des sous-traitant indiens, et a annoncé à nombre de ses sous-traitants actuels, qu'il souhaite faire de même pour leur activité, ce qui conduirait à détruire plusieurs centaines de postes en France en cette période de crise. Personnellement, s'il persiste dans cette voie, je changerai d'opérateur pour un opérateur plus civique et respectueux.
Je soumet la réflexion suivante : Le mode de fonctionnement des société de services fait qu'elles sont probablement plus durement touchées par la crise que les autres entreprises, car ce sont les prestations de sociétés de services qui sont réduites en priorité par tous les clients qui réduisent leurs coûts. Les crises sont alors de vrai drames et conduit à des licenciements à tout prix avec des méthodes déplorables, et je gage, mais je préférerai me tromper, que cette crise ne va pas déroger aux précédentes.
Tous ces éléments qui ne sont pas les seuls, bien entendu, contribuent très sensiblement à la dégradation des conditions de travail dans les sociétés de services qui ne mettent plus les mêmes moyens pour la formation, le suivi et la gestion des carrières de leur personnel.
Mais les sociétés de services ne peuvent pas seule régler ce problème. Cette pratique de l'assistance technique ne devrait plus utilisée par les clients qu'à la marge pour effectivement disposer de ressources ponctuellement dont l'expertise peu usitée ne peut être maintenue en interne, et pour assurer une petite fluctuation de l'activité. La transition peut être assez douce, en embauchant une partie des personnes en place.
Une autre réflexion qui va dans le sens de l'une de remarques sur la moralité des sociétés de service:
Le sociétés ont toutes réalisé des bénéfices en 2008. On sait que le crise est là. Cependant je gage que des dividendes vont être distribués aux actionnaires pour l'année 2008. Je gage aussi que les primes des haut managers de ces sociétés vont être données. Alors que toutes les sociétés de services ont demandé un effort des salariés et ont annoncé un gel des salaires en 2009. Ces efforts des salariés vont éventuellement permettre de dégager des bénéfices en 2009 qui permettront de verser des dividendes aux actionnaires. Cela ne semble pas très moral! Ne devrait-on pas en pareille situation ne pas verser l'intégralité des dividendes et constituer une provision. De compléter cette provision de l'effort salarial, et de redistribuer en fin de crise ce qu'il reste de cette provision au prorata de leur participation aux actionnaires et aux salarié!

Une dernière réflexion :
Malheureusement, aucune société de service ne sait anticiper les crises car elle ne font que réagir aux marchés sans parvenir à les contraindre. Probablement aucune n'a construit de stratégie de développement basé sur un autre modèle. Je crains que quelque jour, un nouveau type de produit ou de prestation ne fasse une apparition et ne rende les formes de prestations connues aujourd'hui complètement désuettes. Le secteur serait alors sinistré comme a pu l'être en d'autres temps l'industrie minière, textile ou sidérurgique.
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