Conditions de travail : l’industrie IT a perdu de sa superbe 

Le 23 mars 2010 (16:41) - par Valery Marchive

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Rubriques : SSII - Editeurs - Opérateurs et intégrateurs réseaux Tags : sun - hp - sap - nextiraone - orange - accenture - osiatis - xerox - gfi - ares - teamlog - cegid - team-partners - syndicats - nortel - conditions-travail - risques-psychosociaux

Délocalisations, gestion de plus en plus financière, stress… L’industrie IT n’apparaît plus comme un des eldorados du monde du travail. Dans beaucoup d’entreprises, il fait encore clairement bon travailler. Mais, dans certains cas, la chute est particulièrement marquée. Et France Télécom, s’il a fait les gros titres de la presse ces derniers mois sur ce sujet, ne semble rien avoir d’une exception.

« Homicide involontaire par imprudence ». C’est la dernière accusation pesant sur les épaules de France Télécom qui vient d’être mis lourdement en cause par un inspecteur du travail du Doubs suite au suicide, en août 2009, d’un salarié. Mais l’opérateur historique est-il un cas isolé dans le paysage français de l’industrie IT ? La liste rouge des entreprises de plus de 1 000 employés pour la prévention des risques psychosociaux, retirée précipitamment du site Web "Travailler Mieux" du gouvernement – et du cache de Google, mais conservée par quelques blogueurs – peut en tout cas le laisser penser. Parmi les mauvais élèves de la classe en matière de prévention des risques psychosociaux, on trouve en effet notamment Accenture Technology Solutions, Ares, Assystem France, Avenir Telecom, Cegid, GFI Informatique, NextiraOne, Nortel Networks, Numericable, Orange, Osiatis [qui, après avoir engagé des discussions sur le sujet, en interne, est passé en liste "verte" depuis fin février, NDLR], SAP, Sun, Team Partners, Teamlog ou encore Telindus. Faut-il en conclure que les conditions de travail dans chacune de ces entreprises sont détestables ?

« HP n’est plus à l’avant-garde »

Non, indique un syndicaliste de HP, entreprise qui figure elle sur la liste "verte" (les bons élèves selon le gouvernement). Ne serait-ce, selon lui, que parce que les conditions pour passer d’une liste à l’autre - telles qu’elles ont été définies par le gouvernement - sont très « ambigües ». Pour lui, par exemple, HP n’a pas sa place dans la liste verte : « la direction a effectivement engagé les discussions quelques jours avant l’échéance. Mais, aujourd’hui, il n’y a toujours aucun accord négocié. HP a fait quelques annonces internes très édulcorées, très marketing et l’on assiste aujourd’hui au début de la mise en place de quelque chose qui n’est finalement porté que par la direction, sans concertation avec les syndicats. » Rappelons que, pour figurer sur ladite liste verte, les entreprises doivent déclarer "avoir signé un accord de fond ou de méthode" ou avoir "engagé un plan d’action concerté, impliquant les organisations syndicales et/ ou les représentants du personnel". En février dernier, la CFE-CGC, estimait ainsi, dans un communiqué, que « HP est comme le melon, vert à l’extérieur mais rouge à l’intérieur. »

De fait, selon ce syndicaliste, « les problèmes sont nombreux et l’on a déjà observé un cas de burn out à Grenoble, de même que des tentatives de suicide. Une étude de Technologia [le même cabinet qui a audité les conditions de travail chez France Télécom, NDLR] sur le site des Ulys a mis en évidence des problèmes bien connus : perte d’autonomie, objectifs contradictoires, inadéquation des objectifs avec les moyens, etc. » Et de rappeler la condamnation de HP France par le TGI de Nanterre, en novembre dernier, pour l’instauration de quotas de notation des salariés. Bref, pour ce syndicaliste, « on n’est pas à la mine, mais HP n’est plus l’entreprise qui était à l’avant-garde des conditions de travail. »

Xerox : félicitations de la "corp." et nouveaux licenciements

Même son de cloche chez Xerox, selon un délégué syndical : bien qu’elle soit classée en vert par le gouvernement, l’entreprise n’aurait signé aucun accord sur la prévention des risques psychosociaux. « Même s'il y a pire que nous », tempère le délégué. Et de s’insurger contre la gestion « financière » de l’entreprise. Pour lui, le vrai souci, ce sont les licenciements – « qui touchent aussi les cadres dirigeants désormais » - de « plus en plus injustifiables : nous en sommes à 10 PSE en 12 ans ; fin janvier, nous avons reçu un courrier de la direction américaine pour nous féliciter des bons résultats de 2009 et, en même temps, nous expliquer qu’il y aurait, cette année, de nouveaux licenciements. »

Chez GFI (liste rouge), un responsable syndical souligne que, si elles « ont un an de retard, les négociations en vue d’un plan de prévention des risques psycho-sociaux avancent. » Mais le risque, justement, serait d’autant réel que « les salariés n’osent rien dire. » Même chose chez NextiraOne (liste rouge), où un délégué syndical souligne « qu’il y a énormément de stress dans les SSII. » Là, le « débat a été reporté dans l’attente de la nomination d’un cabinet d’expertise. »

SFR : s'inpirer du questionnaire France Télécom

Chez SFR, les différents syndicats présents dénonçaient le mois dernier « des choix […] pour satisfaire l’appétit insatiable des actionnaires » avec, pour conséquences, notamment, « un climat social dégradé et des charges de travail excessives. » Un responsable syndical de l’opérateur nous précise que les négociations ont été rouvertes et qu’un premier accord aurait été récemment trouvé, avec une augmentation de 2 % des budgets pour le personnel informatique et une prime de 1 000 euros « pour tout le monde. »

Une avancée qui semble avoir au moins permis à la direction de faire retomber un peu la pression. En l’occurrence, si elle n’a pris aucun engagement sur la question des conditions de travail et sur celle des délocalisations, les syndicats ont pour l’instant suspendu leurs actions revendicatrices. Mais « nous sommes en train de mettre au point un questionnaire sur les conditions de travail suivant le modèle utilisé chez France Télécom », indique le responsable syndical du second opérateur hexagonal.

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Par Paul75
 Le 24/03/2010 à 11:24
"L’industrie IT n’apparaît plus comme un des eldorados du monde du travail"

Arfff... parce ce que fut déjà le cas ???
Je crois que je n'ai rien lu d'aussi drôle sur le MagIT depuis le début !
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Par F.M
 Le 24/03/2010 à 11:43
"Conditions de travail : l’industrie IT a perdu de sa superbe"

A mourir de rire... eh oh REVEIL Mme la journaliste (!) : le secteur IT est l'un des secteurs où les conditions de travail ont TOUJOURS été les plus pourries (on voit que vous n'avez jamais été en SSII chez des clients qui vous pressent comme un citron...)
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Par Valéry (pas Valérie) Marchive
 Le 24/03/2010 à 13:07
Pour la petite histoire, j'ai commencé mon activité professionnelle à l'administration des postes de travail, en freelance, pour le compte d'une SSII, dans le courant des années 1990. Et franchement, même s'il y avait beaucoup de boulot, ce n'était pas exactement ce que j'appellerais le bagne.
Maintenant, il semble clair qu'il y a de vraies différences entre SSII et éditeurs/constructeurs. Pour autant, les responsables syndicaux me semblent être les premiers à regarder les conditions de travail dans les entreprises IT avec un certain recul. Peut-être parce que leur regard est également susceptible de s'étendre à d'autres secteurs d'activité.
Cela dit, je vous invite sincèrement à nous adresser directement vos témoignages par e-mail ou à nous téléphoner pour nous faire partager votre expérience et nous permettre, ensuite, de la faire partager à d'autres, au travers du MagIT, dans le respect de votre anonymat.
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Par Pubs
 Le 24/03/2010 à 14:38
Je rejoins Paul75 et F.M : Le monde de l'IT, notamment les SSII, n'a jamais été un eldorado (mis à part le salaire, bien sûr). Pressions internes et des clients sont notre quotidien. Les clients institutionnels étant les pires de tous.
Le travail journalistique impose un minimum d'enquête. Il ne suffit pas de naviguer sur le Net à la recherche d'informations éparses et contradictoires pour ensuite écrire son petit bout de papier bien au chaud, dans son coin !
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Par Regis75
 Le 24/03/2010 à 18:11
"Pour la petite histoire, j'ai commencé mon activité professionnelle à l'administration des postes de travail, en freelance, pour le compte d'une SSII, dans le courant des années 1990. Et franchement, même s'il y avait beaucoup de boulot, ce n'était pas exactement ce que j'appellerais le bagne."

Oui à l'époque c'était plus calme pour tout le monde...
Vous avez traversé la crise de 1991-1993 ?

"Maintenant, il semble clair qu'il y a de vraies différences entre SSII et éditeurs/constructeurs."

Pas si sûr...
En tout cas pas chez les éditeurs, on y bosse souvent comme des dingues même s'il y a moins de pression morale par l'extérieur (...)

"Pour autant, les responsables syndicaux me semblent être les premiers à regarder les conditions de travail dans les entreprises IT avec un certain recul."

Ah çà tout à fait d'accord !
Les syndicats de la Branche Syntec et de l'IT sont souvent "à l'ouest", c'est bien connu.
(Quand ils ne copinent pas directement avec la direction)
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Par Valéry Marchive
 Le 24/03/2010 à 20:04
@Regis75 : je suis arrivé sur le marché après, aux alentours de 1996/97.
Pour le reste, je vous laisse la paternité de vos propos... mais je renouvelle mon invitation à nous adresser des témoignages.
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Par JeanFrançois
 Le 25/03/2010 à 23:07
L'industrie IT est stressante, parce que l'informatique et en particulier le développement, arrive(nt) toujours en bout de chaîne d'une cascade de décisions qui sont prises à un tout autre niveau, en négligeant totalement les contraintes de nos métiers, notamment les aspects techniques.

Tant que l'informatique ne sera pas réintroduite dans les critères de décision, ça ne fera qu'empirer. Les décideurs se moquent de la technique, ils veulent que ça marche et que ça leur coûte le moins cher possible, c'est tout !

Or de même qu'il faut avoir une culture financière pour faire de l'argent, il faut avoir un minimum de culture technique pour éviter d'en perdre trop dans des projets informatiques ou dans des délocalisations hasardeuses.

C'est le manque de culture technique, le mépris pour la technique de nos décideurs (des financiers principalement) qui est en cause.

Le secteur de l'informatique est géré de manière catastrophique, parce que les décideurs ne veulent pas le gérer tout simplement.

Or gérer, c'est faire des choix, c'est s'impliquer et optimiser.
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