Dossier infrastructures 2010 : la convergence au service de la réduction des coûts (2ème partie) 

Le 29 mars 2010 (09:43) - par La rédaction

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Rubriques : Datacenter - x86 - Unix (Risc et Itanium) - SAN et NAS - LAN / WLAN - Cloud et Grid Computing - Stockage - Serveurs - Stockage en cloud Tags : sun - hp - serveurs - ibm - datacenter - stockage - unix - emc - nas - hds - cluster - fcoe - san - iscsi - netapp - joyent

Dans cette seconde partie de notre dossier infrastructures 2010, nous faisons un point sur les perspectives du marché Unix après une année 2009 noire et alors que 2010 sera marqué par une refonte en profondeur des gammes d'HP, IBM et Sun. Nous nous intéressons aussi à la montée en puissance des architectures en cluster dans le stockage et à la convergence entre réseaux de données et réseaux de stockage, alors que Gartner vient de mettre en doute l'intérêt d'un des protocoles phares de cette convergence : FCoE.

Power 7, Itanium, UltraSparc T3 : dans le monde Unix, 2010 s'annonce agité

AU SOMMAIRE...
1. La virtualisation dope la consolidation de serveurs
2. Pour Intel et AMD, 2010 sera l'année des serveurs
3. Power 7, Itanium, UltraSparc T3 : dans le monde Unix, 2010 s'annonce agité
4. Stockage : les tendances de 2010
5. 2010 année de la convergence des réseaux de données et de stockage ?
6. La tentation du Cloud
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Les serveurs Unix sont-ils en passe de devenir des machines de niche, comme le sont devenus au fil des années les grands systèmes IBM ? C’est la question que l’on peut légitimement se poser à la lecture des derniers chiffres d’IDC. Ces derniers font état d’une année 2009 particulièrement noire pour les serveurs Unix, une année où aucun constructeur n’a réellement surnagé, même si IBM a continué à gagner du terrain sur ses concurrents avec ses serveurs Power. Sur le dernier trimestre 2009, les ventes de serveurs Unix ont ainsi reculé de 18,1 % en valeur par rapport à 2008, tandis que les ventes de grands systèmes IBM plongeaient de 27 %. Dans le même temps, les livraisons de serveurs Intel et AMD ont bondi de 3,8 % en unités et de 12,6 % en valeur. Cette évolution est d’autant plus marquante que le 4ème trimestre est, en général, un bon trimestre pour les serveurs Unix. Résultat, sur l’ensemble de 2009, les ventes de serveurs x86 ont représenté plus de 55% des ventes de serveurs en valeur, un record historique. IDC estime que cette tendance va se renforcer en 2010, «alors que les utilisateurs deviennent de plus en plus sensibles aux coûts et se tournent vers les serveurs x86 pour réduire leurs investissements et leurs coûts opérationnels".


serveurx86

 

Une tendance accrue à la consolidation

Au cours des dernières années, les processeurs Risc ont largement perdu leur avantage en matière de performances par rapport aux puces x86 d’AMD et Intel. Après des années de dénégation, Intel commence d'ailleurs à l'admettre publiquement, comme nous l'a avoué récemment Scott A. Harrison l'un des directeurs des ventes entreprise d'Intel à l’occasion du lancement des derniers serveurs Dell : Sur bien des secteurs, le Xeon Nehalem-EX sera un redoutable concurrent des puces Itanium. Ce n’est pas faire offense à HP que de l’écrire, juste le constat froid d’une réalité qui plonge dans l’embarras tous les responsables du constructeur. HP n'est toutefois pas le seul concerné par la montée en puissance et en maturité des architectures x86. Sun et Fujitsu, avec leurs puces Sparc, et IBM, avec ses puces Power, doivent eux aussi faire face à la concurrence des plates-formes standards. Avec un bémol, toutefois. D'un point de vue réaliste, les serveurs x86 les plus évolués sont encore loin des capacités des serveurs Unix en matière de partitionnement, de virtualisation, de bande passante système ou d'aptitude à la montée en charge. De plus, l'étroite intégration entre logiciel et matériel dans les serveurs Unix joue encore en leur faveur. La vraie question est désormais de savoir si ces différences sont encore suffisantes pour que les clients acceptent le différentiel de prix. Une certitude : 2010 sera une année clé pour les systèmes Unix. Tour à tour, IBM, HP et Sun vont renouveler tout ou partie de leurs gammes, des gammes qui constitueront le coeur de leur offre pour les deux à trois prochaines années.

HP : Tukwila sera-t-il suffisant ?

Même si HP tente de faire bonne figure, les multiples retards que lui a fait subir Intel dans le développement des différentes versions d'Itanium ont largement handicapé le constructeur sur le marché Unix. Le feuilleton du développement de la dernière mouture d'Itanium en est d'ailleurs le parfait exemple. Alors qu'il aurait déjà dû refondre ses gammes il y a plus de dix huit mois, HP a été contraint de passer l'ensemble de l'année 2009 et une bonne partie de 2010 avec une gamme pour le moins surannée. Le constructeur californien a pourtant fait au mieux avec les armes dont il disposait, et il a finalement mieux résisté que Sun, il est vrai handicapé par les incertitudes liées à l'acquisition par Oracle.

Pour HP, l’avenir immédiat dans les serveurs Unix repose sur le succès des prochains serveurs à base de puces Itanium quadri-coeur 9300 «Tukwila». Finalement dévoilée par Intel en février, la puce devrait faire son apparition d’ici le mois de mai dans les serveurs Unix du constructeur. Le développement de l'Itanium 9300 (nom de code "Tukwila") a connu bien des péripéties. Attendu à l'origine en 2007, "Tukwila" a été repoussé à plusieurs reprises, dont la dernière à l'été 2009, officiellement pour travailler sur une nouvelle technologie d'extension mémoire et la valider avec la puce. Ces multiples retards n'ont fait que dégrader un peu plus l'image d'une plate-forme Itanium mal née et qui a accumulé les retards et déboires tout au long des années 2000. Selon les derniers chiffres de Gartner, les serveurs Itanium ne détiennent plus que 28% du marché Unix. IDC, quant à lui, estime que le chiffre d'affaires généré par les serveurs Itanium représente environ 9,3% du chiffre d'affaires mondial des serveurs, toutes plates-formes confondues (x86, RISC, Mainframes). Environ 95% des ventes de serveurs Itanium sont réalisées par HP.

Techniquement Tukwila devrait permettre à HP de redonner un peu de souffle à des serveurs qui en ont bien besoin. Tout d’abord, la puce devrait singulièrement doper les performances du fait de l'inclusion de quatre coeurs - chacun capable de traiter jusqu'à deux threads en parallèle. L’arrivée de Tukwila devrait aussi se traduire par une refonte en profondeur de l’architecture interne des serveurs HP, du fait notamment de l’arrivée du nouveau bus d'interconnexion QPI (QuickPath) déjà mis en oeuvre sur les derniers Xeon 5500, 5600 et Xeon 7500 (Nehalem EX). Le bus interne des serveurs HP n’avait en effet guère évolué depuis le lancement des premières puces Itanium. Au passage, l'inclusion du contrôleur mémoire directement dans les puces devrait aussi doper la bande passante mémoire de près de 500%. Il sera donc intéressant de voir comment ces modifications placeront HP en termes de performances par rapport à IBM. Notons pour terminer qu’HP ne fait pas mystère que ces serveurs Unix de milieu et de haut de gamme devraient s’appuyer sur une architecture en lames, dont il faudra voir si elle accroît la modularité de son offre, un point qui pourrait être important tant d’un point de vue tarifaire que pour faire face à la montée en puissance des Xeon et autre Opteron. Enfin, Tukwila ne devrait pas avoir l’avantage en matière de ratio performance/watt sur ses concurrents x86. La consommation moyenne est en effet annoncée entre 155W et 185W ( le prix à payer pour une gravure en 65 nm) alors que les Xeon et Opteron (gravés en 32 et 45nm) évoluent entre 80W et 130W.

Une vraie expertise de la production
S’il est une chose que la plupart des DSI reconnaissent, c’est l’expertise de leurs équipes de production Unix, des équipes - souvent internes mais aussi pour partie externes - souvent bien formées à l’exploitation pointue de ces machines. Au delà du débat sur les performances et sur les prix, cette expertise est un vrai rempart pour les serveurs Unix.
Car, si souvent les serveurs x86 sont utilisés pour fournir les services essentiels d’infrastructure (annuaire, partage de fichiers et d’imprimantes), les services de frontal web ainsi qu’une large part des fonctions de serveurs d’applications, les serveurs Unix continuent à être utilisés pour les applications les plus critiques, des applications dont les utilisateurs tolèrent mal l’indisponibilité. Les administrateurs Unix ont ainsi été parmi les premiers à se frotter aux technologies de cluster, de virtualisation ainsi qu’au réseaux de stockage. Des expertises précieuses tant pour les entreprises qui continuent à faire reposer leur production critique sur des serveurs Unix, que pour celles qui peu à peu adoptent les environnements AMD et Intel. D’autant que si ces derniers fonctionnent sous Linux ou Solaris x86, le pas à franchir n’est souvent pas si grand que cela.

IBM : «I’ve got the Power»
Depuis le lancement du Power6, IBM a le luxe de pouvoir articuler un discours sur la performance unitaire de ses puces, un discours que ne peuvent plus mener ses concurrents. Et ce discours s’est encore renforcé avec le lancement récent du Power7. Il faut reconnaitre à IBM qu’il a su préserver l’avantage technologique de Power mais, surtout, que ses roadmap n’ont pas connu les errements de celles de ses concurrents. Ce qui a permis à Big Blue de gagner de façon régulière du terrain sur HP et Sun, au cours des trois dernières années. Pour autant, comme ses concurrents, IBM n'a pas réussi à enrayer la baisse des ventes face à des serveurs x86 de plus en plus séduisants.

Dell expliquait récemment que la recette des serveurs x86 est leur capacité à allier l’économie (affordability), les fonctionnalités (capability), et l’ouverture (Openess). Et de tirer à vue sur les serveurs Unix, en expliquant que s’il est facile pour un IBM d’offrir les fonctionnalités à un prix élevé, il est bien plus difficile pour un serveur Unix d’allier ouverture, économie et fonctionnalité, par manque d’effet de volume. Pourtant, ce sera sans doute à l’aune de ce tryptique que seront jugés les serveurs Unix face aux serveurs x86 dans les années à venir. Et si IBM peut se prévaloir, au moins pour l'instant, de la supériorité technologique, il n’est pas certain que cela suffise à redynamiser le secteur des serveurs Unix. Reste que Big Blue peut très bien se satisfaire de continuer à grignoter des points sur ses concurrents sur un marché où chaque point de part de marché  équivaut à 131 M$ chaque année (sur la base de 2009 - et ce sans compter les ventes de services et de logiciels liées aux serveurs Unix).

Larry au pays des merveilles

Quant à Sun (pardon, Oracle), bien malin qui pourrait dire quelle est en vérité sa stratégie. Les roadmap Sparc des deux dernières années n’ont pas été un modèle de stabilité. Les dernières ressemblent même à une de ces spécialités qu’avaient les responsables soviétiques : supprimer toute trace des vilains petits canards de la photo. La dernière version officielle de l'avenir de Sparc est digne de la Pravda : Sun a, sur ses roadmaps, quatre processeurs Sparc et n’en a jamais eu autant. Tout serait donc merveilleux au pays d’Alice (pardon, de Larry). La vérité est que l’UltraSparc Rock, longtemps présenté comme la puce qui devait marquer le renouveau technologique de Sparc a été jetée aux orties sans cérémonie et effacée de l’histoire. Il en va de même des serveurs qui devaient les accompagner, les mal nommés Supernova. Plus de cinq années de développement sont ainsi passés à la trappe, laissant un trou béant dans la gamme de Sun. Le constructeur aurait pourtant pu s’en douter : baptiser un serveur Supernova quand on s’appelle Sun n’était sans doute pas raisonnable, où alors c’était prémonitoire (NDLR : une supernova est le fruit certes momentanément très visible de l’effondrement ou de l’explosion d’une étoile mais marque, de fait, sa disparition). Notons que ce n’est pas la première fois qu’un tel désastre industriel frappe le constructeur qui avait déjà du jeter aux orties l’UltraSparc V et se résoudre à adopter les puces Sparc64 de Fujitsu (ce qui veut dire que, pour l’essentiel, le haut de gamme de l’offre de serveurs Sun est aujourd’hui largement inspiré - ou dépendant - des travaux du Japonais).

A court terme, Sun doit faire face à un double problème. A bien des égards, les serveurs à base d’UltraSparc T2+ ne sont plus compétitifs avec les serveurs x86 en matière de rapport performance par watt et par euro (ce qui est d'ailleurs le cas de l'entrée de gamme Unix de tous ses concurrents). Le haut de gamme est quant à lui distancé en matière de performances par les récents serveurs Power7. D'ici l'automne, le lancement des UltraSparc T3, des puces à 16 coeurs chacun capable de traiter 8 threads en parallèle devrait redonner du souffle à l’entrée/milieu de gamme de Sun. En revanche, le petit accroissement de fréquence prévu pour le second semestre sur le haut de gamme Sparc64 - avec le Sparc64 "Jupiter-E" - ne devrait rien changer à l’offre de Sun. Pour un vrai bond, il faudra attendre 2012 et la seconde génération de serveurs APL à base de puces Sparc64 VIII (nom de code Venus), autant dire une éternité. Reste que le monde Unix ne se juge pas qu'à l'aune des performances. Et chez Sun, le vrai joyau de la couronne, c'est Solaris, le système d'exploitation Unix de la marque. Alors que ses concurrents AIX et HP-UX ont tendance à évoluer à un rythme de sénateur, Solaris a été enrichi de multiples innovations au cours des trois dernières années. De l'avis même de nombreux administrateurs Unix, Solaris constitue sans doute aujourd’hui ce qui se fait de mieux en matière de système Unix avec notamment des points forts en matière de gestion du multithread, de supervision, de stockage et de virtualisation. De quoi pour certains faire oublier certaines des faiblesses de l'offre matérielle du constructeur...

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