Fusion Oracle / Sun : la Commission européenne s'oppose à l'absorption de MySQL 

Le 10 novembre 2009 (10:50) - par Reynald Fléchaux

Rubriques : Législation - Editeurs Tags : sun - mysql - oracle - europe - ellison - ue - commission

L'intégration de MySQL dans Oracle pose problème à l'antitrust européen, qui vient officiellement d'émettre des objections au rachat de Sun - actuel possesseur du SGBD Open Source - par la firme de Larry Ellison. L'éditeur a répondu vertement aux remarques de l'Europe. Entre les deux parties, le torchon brûle.

C'est fait. La Commission européenne a officiellement émis des objections sur le rachat de Sun par Oracle. Pressenties depuis quelques semaines - après la décision de Bruxelles de lancer une enquête approfondie sur le sujet -, les remarques de l'Europe portent uniquement sur l'absorption de MySQL - la base de données Open Source aujourd'hui dans le giron de Sun - par le géant mondial des SGBD. Dans un document transmis au gendarme des bourses américaines (la SEC), Sun explique que la Commission s'inquiètent des "effets potentiels négatifs de ce regroupement sur la concurrence dans le marché des bases de données".

Les objections de Bruxelles ne signifient pas - pour l'instant - que l'administration européenne s'oppose au rachat, mais constituent une étape appelant Oracle à donner des garanties permettant de lever lesdites remarques. Et on peut dire que la réplique de l'éditeur n'a pas tardé, mais sans aller dans le sens de l'apaisement : dans un communiqué, la firme de Larry Ellison explique que la position de l'Europe "révèle une incompréhension profonde tant de la concurrence dans les bases de données que des dynamiques de l'Open Source. Les personnes qui connaissent bien l'Open Source (sous-entendu ce qui n'est pas le cas de la Commission, ndlr) savent que, puisque MySQL est un logiciel Open Source, il ne peut être contrôlé par une entité en particulier". Remarquons au passage que, ces derniers mois, plusieurs personnalités emblématiques du logiciel libre - dont Marten Mickos, l'ex-Pdg de MySQL aujourd'hui parti vers d'autres aventures, ou Larry Augustin, le patron de l'éditeur SugarCRM - ont donné raison à Oracle sur ce point.

Pas question de renoncer à MySQL, tonne Oracle

L'éditeur, qui rappelle que le ministère américain de la Justice a donné son accord à la fusion, conclut en martelant : "étant donné l'absence de théorie crédible ou de preuve d'une quelconque distorsion de concurrence, nous sommes confiants dans le fait que nous finirons par obtenir un feu vert sans condition concernant cette transaction". En bref, malgré l'obstruction de l'Europe, Oracle n'entend pas renoncer à MySQL.

Reste que l'attitude très raide du géant américain ne risque pas d'infléchir rapidement la position de Bruxelles. Rappelons que, fin octobre, suite à une rencontre entre Safra Catz, présidente d’Oracle, et Neelie Kroes, commissaire européenne chargée de la Concurrence, un porte-parole de l'administration du Vieux Continent avait expliqué à nos confrères de Computerworld : « La Commission est très déçue qu’Oracle n’ait pas produit, en dépit de requêtes répétées, les preuves véritables qu’il n’y avait aucun problème de distorsion de la concurrence, ou encore proposé de moyen éventuel de régler ceux qui étaient identifiés par la Commission ». La veille de ces déclarations acides, Sun avait annoncé le licenciement de 3 000 salariés. Une façon de pointer du doigt la responsabilité de la Commission, qui en bloquant la fusion affaiblit de facto Sun. Car, en pleine incertitude, Sun est en rapide perte de vitesse, comme en témoignent ses calamiteux résultats trimestriels annoncés hier. Fin septembre, Larry Ellison expliquait qu'en l'état - autrement dit du fait du blocage de l'Europe -, le constructeur perd 100 millions de dollars par mois.

Les bons offices de Leo Apotheker

Bref, entre l'administration du Vieux Continent et l'arrogant éditeur, le torchon brûle, chacun accusant l'autre d'être responsable du blocage actuel. Une radicalisation qui n'augure pas d'un règlement rapide du conflit, au grand dam d'un Sun de plus en plus exsangue. Hier, la presse américaine révélait que Leo Apotheker, la patron de SAP, avait écrit une lettre à Larry Ellison pour se poser en médiateur entre les deux parties. Jouant sur son influence auprès de la Commission, l'éditeur allemand propose une rencontre "pour tenter de résoudre nos problèmes et d'autres soucis en cours entre nos deux groupes". Un curieux marchandage, puisque le géant européen de l'ERP reste sous le coup d'une enquête aux Etats-Unis, portant sur des accusations d'espionnage industriel émises par Oracle à l'encontre d'une de ses filiales, TomorrowNow.

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Par vlade
Il y a un vrai problème de fond autour d'un lobby open source en Europe en opposition avec un software géré par le marché aux Etats-Unis. La commission européenne a depuis quelques années décidé de subventionner des gros projets open sources afin de donner des solutions alternatives aux utilisateurs. Le résultat est de plus en plus dure pour les éditeurs qui voient des concurrents subventionner et n'ayant aucun besoin de revenu faire du logiciel libre et essayer de faire de l'intégration dessu.
MySQL est la suite logique de ce comportement niant toute logique économique au profit de l'open source et de la réduction des coûts. C'est là qu'est le problème car si MySQL devient un jour payant comme Oracle le souhaite c'est alors plusieurs milliards de licence par an a payer pour les entreprises et la communauté européene qui avait jusqu'à présent trouvé en MySQL une alternative peu couteuse.

Je dois avouer que je supporte pleinenemnt Oracle car j'ai personnelement vécu ce délire de la commission européene sur mon micro marché des modeleurs UML. La commission européene et des groupes vendant des avions et armes à l'état ont décidé de lancer des projets open source sous Eclipse afin de proposer gratuitement des alternative à Rational d'IBM. L'idée est bonne mais le problème est que des petits acteurs comme Omondo se sont trouvé sans marché et nous avons même fermé notre entité française et licencié. Ce dumping économique est une catastrophe pour les ISV et je comprend pas pourquoi l'Europe s'obstine à vouloir détruire un éco système si fragile. Le logiciel a droit de vivre et ne doit pas être assujeti aux aides de l'état !!
Ce lobbying organiser par des grands groupes auprès de la commission européene est inacceptable et j'espère bien que Oracle va gagner pour défendre l'esprit du logiciel de développement non juste open source. L'open source est bien pour avoir des standard mais pas pour remplacer les vendeurs de logiciel et il me semble que la communauté européene l'ai oublié.
Ce dumping favorable à l'open source est inacceptable et d'ailleurs aux USA le dumping est interdit et il y a là un vrai dilème entre ce qui est illégal aux USA et légal en Europe.
Je pense que si Oracle hausse le ton c'est qu'il a de gros appuie derrière et cela peut même allez plus loin en conflit ouvert entre 2 phylosophies économiques celle de l'Europe et celle des Etats-Unis. Il ne faut pas oublié que le président d'Oracle est un ami personnel de Obama !!

Vlad VARNICA
Omondo
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Par GoM
"L'open source est bien pour avoir des standard" -> n'importe quoi.
L'open source est bien pour garder le contrôle des logiciels qu'on utilise, point. Tout le monde n'en pas bien sûr les compétences ou le temps, et c'est difficile de trouver un partenaire à qui déléguer ce pouvoir. Mais résumer l'open source à une commodité pour faire émerger des standard de temps en temps, c'est prouver qu'on y a rien compris.

D'autre part, un basculement obligatoire des utilisateurs de MySQL vers le modèle payant est illusoire: la communauté a prouvé à maintes reprises sa capacité à "forker", i.e. à recréer du libre quand il est absorbé. Chacun fait son choix : continuer en payant ou non et au final si certains utilisateurs se transforment en clients, d'autres continuent leur chemin !

Ceci dit, le but de l'open source n'est pas de remplacer les vendeurs de logiciels, seulement d'agir à leur côtés pour proposer une alternative. Un utilisateur de logiciel peut préférer une solution propriétaire, ça le regarde.
Tout comme il serait néfaste de mettre les bâtons dans les roues au libre, la disparition d'acteurs propriétaires (et donc une action publique qui pourrait avoir de telles conséquences) n'est pas souhaitable. L'expérience de vlade le prouve et je suis entièrement d'accord avec lui pour dire que "le logiciel a droit de vivre et ne doit pas être assujeti aux aides de l'état". L'open source sait se trouver des mécènes (Mozilla, Ubuntu,...) donc l'aide financière aux projets open source ne doit pas être une philosophie pour l'UE.

Sur le dossier Oracle/Sun/MySQL, les inquiétudes de l'UE sont donc fondées, puisqu'il y a danger pour les deux "parties" : l'open source et le monde propriétaire ont beaucoup à perdre dans une opération de cette ampleur. Des garanties sur les ambitions et les objectifs sont donc de mise, et les copinages seuls ne sont pas acceptables.
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