Reportage à New York : la récession frappe l’IT de Wall Street, mais avec nuance 

Le 10 avril 2009 (14:52) - par Valery Marchive

Imprimer Envoyer par e-mail

Rubriques : Business Tags : virtualisation - externalisation - offshore - finance - cloud-computing - decisionel - banques - crise - industrie - marche - manhattan

Comment se porte l’activité IT dans le cœur de la finance mondiale, Manhattan ? Pas si mal. Deux professionnels du secteur, œuvrant sur place, nous décrivent une situation contrastée, loin de l’euphorie, mais pas forcément en pleine déprime.
Reportage à New York : la récession frappe l’IT de Wall Street, mais avec nuance

Coeur de la finance mondiale et épicentre de la crise financière, Wall Street constitue un bon baromètre de la santé des investissements IT, annoncés en récession en 2009. Pour nous faire une idée plus précise du climat dans ce quartier qui concentre de nombreuses institutions financières ayant fait la une des journaux ces derniers mois, nous avons rencontré sur place deux professionnels travaillant dans l'IT à Wall Street. Le premier est directeur d’une entreprise spécialisée dans l’édition de logiciels dédiés à la gestion des transactions hors marché et souhaite rester anonyme. Pour lui, le marché IT pour l’industrie des services financiers est actuellement atone : « il ne se passe pas grand chose. J’ai des amis chez Goldman Sachs et JP Morgan : ils ne font rien ; tout est gelé. » La tendance est donnée.

Budgets : - 5 %, pas plus

p1010646Dans le détail, certains domaines continuent néanmoins de bien se porter : « il y a toujours des renouvellements de matériels. Mais les budgets sont observés à la loupe. Dans l’ensemble, il y a peut-être une réduction de 5 %, mais pas plus. »

C’est le domaine du logiciel qui, selon lui, souffre le plus : « il y a moins de budgets pour les projets relatifs aux applications. Bien qu’on en trouve encore quelques-uns dans les domaines du décisionnel et en particulier de l’ETL. » Dans les domaines du Cloud Computing, de la virtualisation, « il ne se passe pas grand chose. Beaucoup de gens ont fait des études et des analyses sur le sujet, mais il n’y a pas, pour le moment, de projets d’investissement pour des initiatives de grande échelle. » Linux en profite-t-il pour faire son chemin dans les institutions financières de Manhattan ? Non. « Nous avons déjà pris cette voie. Mais nous tendons désormais à réduire la place de Linux. » La principale difficulté tiendrait au manque de personnels compétents sur les environnements hétérogènes, « et ils coûtent cher. » Goldman Sachs, par exemple, serait en train de revenir sur ses déploiements Linux, même pour ses postes de travail virtualisés avec Citrix.

Dans ce contexte, le front de l’emploi semble lui aussi peu actif, mais stabilisé : « Il n’y a ni contraction, ni embauche. » Mais l’outsourcing et l’offshoring n’en profitent pas – « on y recours peut-être même un peu moins. » Une logique patriotique ? Non, « il y a eu de nombreux projets par le passé, mais ils n’ont pas été pleinement satisfaisants et l’efficacité de la solution n’a pas été démontrée. »

Tout de même des investissements

Jusqu’à récemment, Ed Maguire - notre second témoin - était directeur chez Merrill Lynch Technology Investment Banking. Il vient de fonder sa propre société de conseil en investissement dans les entreprises technologiques, MAGNet Strategies. Pour lui, la période est « assez exceptionnelle ; nous sortons d’une importante phase de consolidation entre banques ; trois d’entre elles ont disparu. Ici, tout le monde est conscient des redondances existantes. »

p1010645

L’un des enjeux majeurs du moment est donc, très logiquement, l’intégration des systèmes. Une intégration d’autant plus délicate que « les gens qui ont conçu ces systèmes il y a dix ans peuvent ne plus être là. » S’ajoute à cela « une pression croissance des autorités publiques sur le plan réglementaire. » Pour Ed Maguire, c’est bien sûr une opportunité pour les prestataires de services informatiques. Pour autant, il n’est pas sûr que ceux-ci profitent réellement de la situation.

Cloud Computing : mise en oeuvre d'infrastructures internes

Contrairement à ce qu’indiquait notre premier interlocuteur, Ed Maguire estime qu'il y aurait un intérêt croissant pour l’externalisation, « de tout ce qui peut être externalisé, en fait. » Et notamment la sécurité informatique. De même, les investissements commenceraient à se développer dans le Cloud Computing, mais essentiellement pour des nuages internes. Et avec une démarche très pragmatique : « l’ancien modèle consistant à simplement s’appuyer sur une batterie de programmeurs n’est tout simplement pas capable de monter en puissance. » Même en ayant recours à des développeurs à bas coût, offshore.

dsc 0003Autre domaine d’investissement, le décisionnel : « les données sont un actif dont les entreprises sont déjà propriétaires ; la question est de savoir comment générer plus de valeur à partir des données dont on dispose. » La sécurité continuerait aussi d’être un poste de dépense important, non seulement pour éviter les pertes liées aux fraudes et vols de données, mais aussi pour sécuriser les données dans le cadre d’opérations d’externalisation. Reste que l’offshore n’aurait plus forcément autant la cote qu’il a pu l’avoir : « les gens ont pris conscience que travailler avec des informaticiens économiques à l’autre bout du monde peut faire perdre beaucoup de temps. » Et, même avec les anglophones, « il y a une barrière linguistique », qu’il s’agisse de confort avec la langue, avec la rapidité d’élocution ou encore avec les différences d’accent.

La phase de fusions/acquisition dont sort l’industrie américaine des services financiers a laissé bon nombre d’informaticiens sur le carreau – dans certaines entreprises victimes de restructuration, on évoque le départ de près de la moitié des informaticiens – : un vivier formidable pour les petites entreprises, les start-ups, « qui ont accès à un coût raisonnable à des ressources qui étaient jusque là captives. » 

livres blancs avec LesSourcesIT.fr

Sécuriser les terminaux mobiles des utilisateurs dans l’entreprise

Les appareils mobiles, tels que les smartphones et les tablettes tactiles, permettent à un nombre croissant d’employ…


L’efficacité opérationnelle et la réduction des coûts grâce à une approche intégrée de la veille sécuritaire

La mise en place d’un programme de veille sécuritaire efficace au sein d’une organisation n’est pas à prendre à…

vues 1000 lectures commentaire 2 commentaire(s) recommandation notez cet article
2

Réagissez à cet article

Votre Pseudo

Commentaire

Pertinence du commentaire : 4
Par Poussif
 Le 14/04/2009 à 08:18
"Nous avons déjà pris cette voie. Mais nous tendons désormais à réduire la place de Linux. » La principale difficulté tiendrait au manque de personnels compétents sur les environnements hétérogènes, « et ils coûtent cher. » Goldman Sachs, par exemple, serait en train de revenir sur ses déploiements Linux, même pour ses postes de travail virtualisés avec Citrix."

Tout à fait d'accord sur ce constat MAIS :

1) Le retour sur inverstissement du logiciel libre ne se mesure pas sur 3 ou 5 ans mais bien sur 10 ans, le temps de renouveller 2 ou 3 générations de licences (ce qu'a entrepris la Gendarmerie Française)!

2) Le choix de prendre du Citrix n'est pas un choix pertinant : Si on choisi Linux pour faire baisser le TCO, choisir Citrix dont les licences sont hors de prix n'est pas rationel et les économies faites coté license serveur seront peu significatives surtout si les Linux choisis sont du RED HAT (plus cher qu'une licence Windows Serveur)

3) Le logiciel libre transfert la valeur des licences vers le service ! Ce n'est pas forcément bénéfique au niveau microscopique sur un projet (surtout à court terme) mais cela fait naître de la valeur régionalement au niveau Macroscopique (Les entreprises doivent donc être incitées ... par les politiques)

4) Naviguer dans un environnement hétérogène, c'est effectivement pas le meilleurs choix pour le coût du service et si il faut garder le spécialiste Microsoft et embaucher en même temps un spécialiste Linux , c'est pas forcément rentable pour une petite structure . Faire le choix de Linux sur tout le S.I. en faisant vraiment confiance au service sous Linux (Debian, poste client Linux, ubuntu etc ...) c'est la vrai clef des économies !
Noter ce commentaire
Pertinence du commentaire : 4
Par Thik
 Le 14/04/2009 à 11:16
Tiens, enfin une remarque intelligente sur le developpement en offshore !

"Reste que l’offshore n’aurait plus forcément autant la cote qu’il a pu l’avoir : « les gens ont pris conscience que travailler avec des informaticiens économiques à l’autre bout du monde peut faire perdre beaucoup de temps. » Et, même avec les anglophones, « il y a une barrière linguistique », qu’il s’agisse de confort avec la langue, avec la rapidité d’élocution ou encore avec les différences d’accent."

Je ne peux, hélas, que confirmer cette "impression" après de long mois de pilotage de contrats de dev en offshore.

Depuis des années, au prix de lourdes sélections, nos developpeurs sont des personnes capable de comprendre tous les concepts et objectifs d'un projet d'application. Il nous viendrait pas à l'idée de faire développer localement une application par des personnes qui ne s'attachent qu'aux cotés techniques au point même que cet aspect du developpement est devenu quasi marginal. Nous avons créer pour cela, le rôle d'architecte applicatif, (sorte de super developpeur avec un bon background) et des langages et des environnements techniques de plus en plus conceptuels.

En clair, le metier de "programmeur" a disparu de notre environnement local, nous avons besoin de développeurs capable d'analyse !

Hélas, il est extremement difficile de faire passer en offshore le niveau conceptuel de nos applications. Différences culturelles, problème de langue (on ne se doute pas à quel point les nuances d'une langue maternelle sont indispensables pour exprimer nos besoins !)

Et les documents d'analyse et de conception alors ? Absolument inutile sans compréhension parfaite du besoin, absolument indispensable lorsque le besoin est compris ! Le pire c'est qu'un document de conception détaillé demande autant de travail (voir plus ...) que le développement lui même et on se trouve avec des milliers de page noircies extremement indigeste à lire, à faire évoluer ... à faire comprendre ... la boucle est bouclée.

Peut être n'avons nous pas encore inventé le langage universelle pour exprimer toute la finesse, la complexité, l'intelligence d'une application.

Avis aux chercheurs !
Noter ce commentaire
publicité
publicité
Les dossiers du MagIT

Les économies de stockage à travers une architecture unifiée


Beaucoup d’organisations ont fait le choix du stockage « unifié » à travers les systèmes Multiprotocol storage systems (MPS). Avec la croissance exponentielle du nombre de d…

Virtualisation : bénéfices, défis et solutions


Alors qu’il existe différentes voies en matière de virtualisation ce document se concentre sur 3 approches : serveurs, postes de travail et appliances. L’un des motifs de cet…
livres blancs avec LesSourcesIT.fr
Recevez les newsletters du MagIT
L'essentiel IT : L'actu IT au quotidien
événements

TechDays 2012 : développeurs et projets en avant

1 2 3 4 5   
Click Here