article payant

HP mise sur les datacenters de Lyon et Grenoble pour ses offres d'infogérance sur étagère 

Par Reynald Fléchaux Le 20 mai 2009 (15:53)

Rubriques : Infogérance d'exploitation - Relation fournisseurs et SSII - Optimisation des coûts - SSII - Constructeurs Tags : hp - couts - infogerance - eds - infrastructures - datacenters

Proposer l'infogérance comme un service facturé à l'usage réel. C'est le nouveau credo de HP - renforcé par EDS - dans l'infrastructure. Une profession de foi que la firme supportera via un réseau de datacenters partout dans le monde. Et notamment depuis la France via deux implantations à L'Isle d'Abeau (Isère) et Grenoble. Reportage illustré par le contrat de HP avec le grand compte de l'agroalimentaire Syngenta.

L'Isle-d'Abeau, acte II. Après le long feuilleton de la fermeture de l'usine d'assemblage de PC du site sis en région lyonnaise - via le transfert dans un premier temps au sous-traitant SCI-Sanmina -, HP a fait en fin de semaine dernière la démonstration de la reconversion de ce qui fut l'une de ses principales implantations dans l'Hexagone. L'Isle-d'Abeau a été choisi, en doublette avec Grenoble, comme un des sites stratégiques pour l'hébergement d'infrastructures en Europe, au sein du projet de consolidation des datacenters de HP-EDS.

dcisle

"Les sites de Grenoble et de L'Isle-d'Abeau forment en fait un seul datacenter virtuel, explique Christophe Leuillet, responsable des opérations sur le site de la banlieue lyonnaise. Les deux sont reliés par une fibre noire." L'Isle-d'Abeau regroupe en fait trois datacenters, dont une unité nouvelle ouverte en juillet dernier. Cette dernière, dite Tier3 caractérisant le niveau de disponibilité (quatre niveaux coexistent, allant de Tier1 - le plus faible - à Tier4 - le plus élevé -), compte 1 000 mètres carrés utiles dédiés à l'hébergement de serveurs, dont 600 sont exploités aujourd'hui (en photo ci-dessus). La salle héberge pour l'heure quelque 800 serveurs, regroupés dans 90 racks. Des infrastructures supervisées à distance depuis Sofia (Bulgarie), Bratislava (Slovaquie), Bangalore (Inde) ou Manille (Philippines) en fonction des technologies employées. Pour l'heure, le taux d'occupation reste modeste, aux alentours de 20 %, selon Christophe Leuillet, qui précise que ce taux doit passer à 60 % à la fin du trimestre.

Payer au service rendu : l'exemple de Syngenta

syngentaUne montée en puissance due notamment au contrat Syngenta, grand groupe américain de l'agroalimentaire (11,5 milliards de dollars en 2008). Un accord de 5 ans (assorti de deux années d'extension) annoncé en octobre dernier, basé sur l'offre Adaptive Infrastructure. La philosophie de cette dernière repose sur des infrastructures mutualisées et une facturation au service rendu (et non plus à la technologie mise en place). Selon Mike Meysner, directeur des infrastructures du grand compte (en photo ci-contre), le choix d'une externalisation s'explique notamment par la volonté de Syngenta de développer de nouvelles variétés de tomates par modification génétique, plutôt que par sélection. Ce qui passe par la mise en place d'une solide infrastructure. "On parle alors de petaoctets de données", relève Mike Meysner. "En interne, nous nous heurtions également à la difficulté de prévoir l'évolution de nos besoins en matière de datacenter", commente-t-il. Ces deux raisons combinées poussent finalement Syngenta à externaliser l'intégralité de ses infrastructures serveurs, amenant le dossier à une taille conséquente (il se chiffre en centaines de millions de dollars).

Après avoir vu sa première offre rejetée en novembre 2007, en raison d'un coût jugé non compétitif par Syngenta, HP devance finalement IBM en août 2008. Le contrat doit couvrir, à la fin de la période de transition, environ 1 200 serveurs, 120 instances SAP, 400 teraoctets de stockage et 27 000 boîtes e-mail pour 189 sites du grand compte dans le monde. Aujourd'hui, 40 instances SAP et 8 000 boîtes aux lettres sont déjà prises en charge par le prestataire. "Quand la transition sera achevée, nous atteindrons des économies se chiffrant en dizaines de millions par an", promet Mike Meysner.

Un seul SLA par service rendu

 
Bilan carbone : passe à ton presta !

Pour un donneur d'ordre, externaliser son datacenter... c'est aussi réduire son empreinte carbone. Comme l'explique Mike Meysner, directeur des infrastructures du géant de l'agroalimentaire Syngenta, sa société n'est pas tenue d'intégrer à son bilan carbone les émissions de ses prestataires. En prenant en charge dans ses datacenters une bonne partie de l'infrastructure du donneur d'ordre, HP hérite aussi de certaines de ses émissions (en alimentation électrique directe et en refroidissement des machines).

"Nous sommes en mesure de délivrer, contrat par contrat, un rapport sur les émissions de gaz carbonique", précise de son côté Jean-Marc Chevrot, directeur technique de l'offre Adaptive Infrastructure Service chez EDS Europe. Une façon de dire que la balle est plutôt dans le camp des donneurs d'ordre. A moins qu'elle ne soit dans celui du législateur. Comme l'illustre Euan Davis, analyste principal de Forrester, "le gouvernement anglais a émis des recommandations demandant aux entreprises de s'acquitter de leur taxe carbone même en cas d'externalisation. Dans trois ou quatre ans, je pense que ces recommandations auront force de loi."

Cliquez pour dérouler

Si les relations entre HP et Syngenta ne sont pas nouvelles - le prestataire gérait déjà les serveurs du donneur d'ordre dans le cadre d'un précédent contrat -, la nouvelle donne permet à Mike Meysner de simplifier sa relation avec la SSII via une facturation au service rendu (fourniture d'un service SAP, délivrance d'une boîte aux lettres, etc.). "Désormais, un seul SLA (accord sur le niveau de service, ndlr) est associé à la fourniture d'un service SAP, contre quatre ou cinq auparavant", explique-t-il. L'évolution des prix unitaires pendant la durée du contrat est, elle, associée à des prévisions d'évolution des volumes dans le temps. "Le contrat inclut également une clause de benchmarking : si HP s'éloigne trop des prix constatés sur le marché, les tarifs seront renégociés", assure le responsable du donneur d'ordre.

Pour HP, le contrat Syngenta se veut l'illustration de sa nouvelle façon de proposer des services d'infrastructure. "Nous amenons un nouveau stade de mutualisation des infrastructures, explique Jean-Marc Chevrot, directeur technique de l'offre Adaptive Infrastructure Service chez EDS Europe, Nous avons créé un portefeuille de services standardisés, basé sur 15 briques matérielles et des niveaux de service associés. Chaque donneur d'ordre n'a qu'à piocher dans ce catalogue. Le tout est hébergé sur une architecture multitenant, où plusieurs clients cohabitent sur le même châssis." Au sein de cette offre banalisant les couches technologiques, HP-EDS supportent les versions n et n-1 de chaque logiciel. Comme le précise Jean-Marc Chevrot, un même donneur d'ordre peut bien sûr mélanger des services facturés et hébergés via ce mode, avec des prestations plus classiques d'infogérance.

Datacenters hybrides : "ça devrait exister depuis des années"

La modularité du portefeuille d'offres s'appuie notamment sur une nouvelle façon de bâtir les datacenters, en mélangeant à l'intérieur d'une même salle des zones offrant différents niveaux de disponibilité (de Tier1 à Tier4 donc). "D'évidence, l'industrie aurait dû construire ce type de datacenters hybrides depuis des années", reconnait Ian Brooks, responsable de l'innovation et de l'éco-responsabilité pour HP Europe et ancien de EYP, un cabinet spécialisé dans le design de datacenters racheté l'année dernière par le groupe. Une "erreur" qui a souvent conduit les prestataires à aligner l'ensemble d'un contrat sur les applications du donneur d'ordre les plus exigeantes. La crise est aussi favorable aux mea culpa.

En savoir plus : lire notre article sur les changements de facturation des services chez HP.