Nouvel indicateur des tensions fortes sur le marché de l’emploi informatique salarié : depuis un an, 6 600 postes ont été supprimés dans les services informatiques, 6 600 dans les télécoms et 9 500 dans la fabrication de produits informatiques ou optiques selon l’Insee. Sur le plan général, ce sont 80 700 emplois salariés qui ont été détruits au 3ème trimestre dans le secteur marchand. Par rapport à septembre 2008, l'économie française a même perdu 408 600 postes, principalement dans l'industrie et l'intérim, selon l'Insee. Cela ramène le nombre total de salariés dans l'économie (hors agriculture et emploi public des secteurs non marchands) à 17 918 millions fin septembre, précise l'institut d’études statistiques.
Sur ce total, 308 100 ont une activité informatique ou liée aux services d'information et 161 100 sont employés dans les télécoms. Sur ces créneaux, la coup de frein du à la crise est donc incontestable, même s'il faut relativiser : sur 15 ans, si les industries informatique et télécoms on vu le nombre de leurs employés chuter un peu, le nombre d’informaticiens dans les services a en revanche était multiplié par près de deux ! Une période très positive donc qui aura connu une dépression au tournant des années 2000 – éclatement de la bulle Internet oblige – avant de vivre une nette reprise ensuite. Jusqu’à la crise de 2008 donc. Rappelons que la croissance mensuelle du chômage pour les informaticiens dépasse toujours les 3 % et que nous devrions terminer l’année avec plus de 30 000 salariés de la profession au chômage, si on se base sur les derniers chiffres publiés par la Dares (organisme statistique dépendant du ministère du Travail). Et la reprise, si elle arrive bien, risque de s’avérer indigente pour de longs mois encore.
Des destructions peut-être définitives
Surtout, cette fois, la sortie de crise pourrait surtout voir le développement d’opportunités d’emploi… à l’étranger. De nombreux analystes estimant que le recours à l’offshore a de beaux jours devant lui en France, d'autant que la pression budgétaire reste constante sur les DSI.
Le marché français a apprivoisé ce phénomène avec retard par rapport aux Etats-Unis ou à l'Angleterre, et semble devoir s’y intéresser dans un contexte de récession ou de croissance molle. Certes, en 2009, la croissance de l’offshore s’est légèrement ralentie, mais à un niveau tout de même supérieur à 30 %. Pour 2009, Frédéric Giron, directeur des études de Pierre Audoin Consultants, évalue d'ailleurs la part de l'offshore "entre 6 et 7 %" du marché des services informatiques en volume de chiffres d’affaires.
2010 pourrait bien confirmer ces tendances avec un chômage qui se développe lentement ou – au mieux – qui stagne, et une reprise faible en valeur profitant aux activités délocalisées en Inde, dans les pays d’Europe de l’Est et au Maghreb.
La dernière étude publiée par l’Apec ne dit d'ailleurs pas autre chose. Elle prévoit, concernant les recrutements de cadres, que la fonction informatique ne représentera en France que 10 % des embauches sur la période juillet 2009 / juin 2010, contre 13 % entre juillet 2008 et juin 2009. Durant les exercices précédents, la part de la fonction informatique était supérieure à 20 %.