Préférence donnée au Libre : le gouvernement britannique fait aussi machine arrière

Dans une modification de son guide de bonnes pratiques pour les services numériques publics, le gouvernement a fortement atténué la notion de préférence donnée aux logiciels libres pour les traiter au même titre que les logiciels propriétaires. Un traitement identique pour une mise en concurrence, affirme le CTO de sa gracieuse Majesté.

Le gouvernement britannique a, en toute discrétion, revu ses positions en matière d’usage des logiciels libres dans les administrations du Royaume.  D’une préférence clairement établie dans le premier jet d’un texte définissant les standards pour les futurs développements informatique du gouvernement (

Government Service Design Manual), le recours aux logiciels à code ouvert s’est retrouvé très amoindri dans une version revisitée. En mars dernier, le gouvernement, via le Government Digital Service (GDS) avait publié une première ébauche de son manuel, définissant les standards obligatoires sur lesquels s’appuyer dans le cadre des développements informatiques de services publics. A l’époque, le document affichait une préférence affirmée pour les logiciels libres au détriment des logiciels dits propriétaires : « Préférer les logiciels Open Source aux alternatives propriétaires ou aux sources fermées, en particulier pour les systèmes d’exploitation, les logiciels réseaux, les serveurs Web, les bases de données et les langages de programmation. Mais, comme nous le soulignent nos collègues de

ComputerWeekly, cette clause a depuis été retirée - et avec-elle la notion affirmée de préférence à l’Open Source -, et remplacée par un texte qui positionne désormais l’Open Source au même niveau que les logiciels propriétaires. La section «Open Source» du précédent jet, publiée sur le site gov.uk, a par ailleurs été remplacée par une autre intitulée   «égalité de traitement» («level playing field»). La nuance est évidente. Désormais le texte indique : «Avec la progression des logiciels libres / open source, il existe de nombreux produits technologiques de bonne qualité, librement disponibles, que le gouvernement ainsi que ses sous-traitants peuvent utiliser et améliorer. Mais, il existe encore un vaste marché pour les logiciels commerciaux, et la disponibilité des logiciels open source ne signifie pas qu’automatiquement vous ne pouvez pas choisir une technologie propriétaire si celle-ci répond à vos besoins.» Dans sa première version, le texte ne supprimait pas complètement les logiciels propriétaires de l’équation, mais leur donnait une place plus ciblée : « Les problèmes rares ou spécifiques à un domaine particulier peuvent être résolus en utilisant des logiciels sous forme de service (Saas) ou en installant des logiciels propriétaires », indiquait alors le texte, tout en recommandant d’éviter de se laisser enfermer sur un unique fournisseur . Depuis, la mention du "vendor lock-in" a été effacée. «Toutefois, la politique du gouvernement reste la suivante : lorsque il n’existe aucune différence significative de coût entre les produits open source et non open source qui remplissent, a minima, les fonctions essentielles, l’open source sera choisie sur la base de  sa flexibilité inhérente», soutient plus loin le texte. Selon le CTO du gouvernement, Liam Maxwell, interrogé également par nos collègues de Computerweekly, cela reflète un changement de priorité pour se focaliser sur la création d’un marché concurrentiel, dans lequel les produits open source et propriétaires peut rivaliser sur un pied d’égalité. «L’open source est au coeur de notre engagement à proposer des services publics numériques conçus pour les besoins des citoyens», a-t-il souligné. Ajoutant plus loin, toujours chez nos collègues : « Nous croyons fermement que mettre en place une politique équilibrée entre logiciels open source et propriétaires peut donner un coup d’accélérateur très souhaitable à la concurrence dans nos achats et ouvrir ainsi l’innovation. Cela permet également au gouvernement d’être un consommateur intelligent et lui donne les moyens de dénoncer les contrats anti-concurrentiels, de prendre le contrôle de ses architectures IT et de réduire les coûts du gouvernement.»

Un oligopole de fournisseurs De son côté, Mark Taylor, CEO de la société Open Source Sirius (

l'un des premiers éditeurs open source à être référencé sur le CloudStore), également interrogé par nos collègues, évoque les limites légales du gouvernement quant à son champ d’action contre «la puissance de l’oligopole de fournisseurs qui trustent l'IT de Whitehall». «La vérité est que les mains du gouvernement sont liées par des contraintes légales externes et la clause initiale, souhaitable en terme de politique et de débouchés, expose à la manipulation et à la menace d’une action légale. Il ne s’agit pas d’un recul, il s’agit d’un aveu de la limite de la souveraineté du gouvernement britannique et d’une confirmation de la puissance sous-jacente de l’oligopole, identifiée dans des enquêtes parlementaires et mentionné par les ministres», lance-t-il un brin amer. Cet épisode britannique rappelle évidemment celui lié à l’usage des logiciels libres dans le numérique éducatif en France, début juin. Après un premier texte qui donnait clairement la priorité aux logiciels libres dans le futur système éducatif numérique français, le gouvernement

avait finalement voté en seconde lecture en faveur d’une modification du document. D’une priorité, le libre et les standards ouverts n’étaient plus que pris en compte. Comme dévitalisés, en somme.

L'article a été corrigé le 18 juin. Certains propos de Mark Taylor avaient été attribués à Liam Maxwell.

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