Jim Snabe, SAP : « la simplification des logiciels et la mise en réseau sont les clés du futur »

Lors d'un passage à Paris, Jim Snabe, co-PDG de l’éditeur allemand, en a profité pour faire le point sur l’évolution du rôle de DSI, sur la rupture technologique à l’œuvre autour du cloud computing et du big data et sur le positionnement de SAP dans ce contexte.

 

De passage à Paris à l’occasion d’un CIO Summit organisé par SAP France et qui lui a permis de rencontrer nombre des DSI des organisations majeures en France (un grand nombre de représentants d’entreprises du CAC 40 étaient présents) Jim Snabe, co-PDG de l’éditeur allemand pour quelques mois encore, en a profité pour rencontrer les journalistes français. L’occasion pour une figure historique du groupe de faire le point sur l’évolution  du rôle de DSI, sur la rupture technologique à l’œuvre autour du cloud computing et du big data, sur le positionnement de SAP dans ce contexte et enfin sur sa vision et les raisons qui l’on conduit à renoncer au co-pilotage du groupe - au côté de l’Américain Bill McDermott – pour se lancer de nouveaux défis.

Mutation accélérée du rôle de CIO

En guise de propos introductif, Jim Snabe estime tout d’abord que les derniers mois ont été l’occasion de passer un cap qualitatif. « Toutes les organisations sont désormais concernées par l’innovation liée au IT, pas seulement les entreprises du secteur informatique. Les PDG sont de plus en plus attentifs à leurs systèmes d’information dans leur globalité ».

Dans ce contexte le toujours co-président de SAP estime que « les CIO ont déjà un rôle différent à jouer par rapport au leur il y a quelques années. Il s’agit désormais pour eux – et ce sera encore plus le cas dans le futur – d’être des apporteurs d’innovations directement liées au modèle économique ou au cœur de métier des organisations. »

Cette prise de pouvoir inéluctable pour les CIO, Jim Snabe la juge en deux temps : « mettre en œuvre les technologies permettant de réduire les coûts du SI puis utiliser les marges ainsi dégagées pour investir dans l’innovation. Dans ce contexte, deux éléments technologiques sont déterminants : le cloud computing et les outils liés aux datas. »

L’innovation technologique au cœur du développement économique

L’innovation doit donc être au cœur du SI. L’occasion pour Jim Snabe d’évoquer un sujet qui lui tient à cœur : l’Europe. Visiblement un sujet d’inquiétude. « Si je regarde ce qui s’y passe, on doit admettre que l’on ne peut pas être compétitif au niveau du prix. En revanche, on peut l’être sur la productivité et l’innovation technologique. Le principal problème est que l’on ne sait pas produire et détecter les compétences suffisamment tôt. Cette activité de détection, qui est la clé, implique qu’il faille éduquer les gens très tôt, notamment au niveau des plus jeunes. D’ailleurs, SAP soutien un programme en ce sens, spécifiquement en Europe. »

Une analyse que ce capitaine danois d’une entreprise largement globalisée tient à préciser. L’Europe présente ainsi de nombreux atouts « notamment son système éducatif », mais doit faire face à un défi majeur : « la difficulté qu’il y a à échouer. Il ne faut pas avoir peur de se tromper. Les Américains, notamment dans la Silicon Valley, l’ont bien compris et se nourrissent d’échecs. Tout comme en Asie. En Europe, il faut tenir compte de ce paramètre et pousser les jeunes – sans peur – vers l’innovation dans le business. » Jim Snabe déplore notamment qu’alors que le continent est traversé par une crise de l’emploi particulièrement forte, des centaines de milliers de postes liés à l’IT ne sont pas pourvus.

Concernant l’innovation, Jim Snabe estime que le plus grand changement auquel nous devons faire face est la vitesse à laquelle elle se développe. « Chez SAP ; nous sommes passés de cycles de mise à jour de 18 mois à des cycles de 6 mois. A ce niveau la mobilité, le travail sur les data et le cloud computing ont été les principaux défis à relever. Ces chantiers ont en plus étaient menés de front par le groupe ! Nous avons eu du retard sur ces différentes approches mais aujourd’hui, sur un segment majeur comme l’In-Memory par exemple, nous sommes leaders. Mais au-delà de la technologie, le changement est dans la culture de notre secteur qui doit être de plus en plus orientée sur le client plutôt que sur le produit. »

Une vision pour le futur de SAP

« Je vois deux clés pour le futur : en premier la simplification. Cela signifie des efforts de notre part sur le design de nos applications, sur la manière dont nous développons et sur celle dont nous distribuons nos logiciels. En second le réseau. Il s’agit de développer des fonctions applicatives favorisant l’interaction entre les organisations afin de favoriser la réduction des coûts à l’échelle des échanges mondiaux et d’optimiser la gestion des échanges inter-entreprises et au-delà des entreprises avec les consommateurs. Renouveler la manière dont l’on touche les consommateurs sera d’ailleurs déterminant. »

Après les rachats très orientés techno et métiers des dernières années qui ont vu le groupe étendre son rayonnement, doit-on s’attendre à voir SAP investir dans des technologies grand-public ? Jim Snabe ne s’aventure pas si loin et tient même à préciser que SAP n’a pas vocation à faire du B-to-C. « Mais nous développons nos solutions avec une vision de plus en plus accès sur le B-to-B-to-C. » Il inclut d’ailleurs le secteur public dans cette vision. « Nos innovations sont utiles pour les consommateurs mais également pour le citoyen dans leur capacité à rationaliser les actions des organismes publics. »

Et après ?

Au mois de mai 2014, Jim Snabe rendra son tablier de co-PDG à Hasso Plattner – qu’il rejoindra au conseil de surveillance. Bill McDermott deviendra l’unique dépositaire des opérations du groupe. Pour Snabe, « après 22 ans chez SAP dont 4 ans à la tête du groupe, il s’agit de faire autre chose tout en ayant l’opportunité de contribuer à l’avenir du groupe au sein du conseil de surveillance ». Nommé récemment au conseil de surveillance de Siemens – autre géant allemand –, il pourrait rebondir au sein de ce conglomérat. Ou s’investir sur des projets européens, un sujet qui lui tient visiblement à cœur, tout comme celui du développement durable. « Je crois dans le progrès technologique mais nous avons fait de nombreuses erreurs : notamment celle qui a consisté à remplacer l’homme par la machine en acceptant de consommer beaucoup de ressources pour cela. A l’avenir il faudra changer de modèle pour que le prochain soit soutenable. »

 

 

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