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Notariat : une fragilité chronique face aux cyber-menaces ?

Depuis la fin 2022, des dizaines de millions d'euros auraient détournés par le truchement de boîtes de messagerie d'office notariaux compromis. Dommage : les alertes n'avaient pas manqué avant cela.

Nos confrères du Monde viennent de révéler que des pirates ont détourné, en deux ans, au moins 35 millions d'euros en compromettant des offices notariaux. Un butin impressionnant, mais une demi-surprise.

Selon nos confrères, plus de 500 offices ont été affectés à partir de décembre 2022. Le mode opératoire ? D'une banalité déconcertante : des postes de travail compromis à l'aide de pièces jointes vérolées, puis immixtion dans des conversations avec des clients des offices notariaux concernés pour demander des virements sur des comptes contrôlés par les pirates.

« Les notaires peinent à se débarrasser des attaquants, décrits par l’agence française de cybersécurité comme "très persistants". Selon une entreprise ayant analysé les traces laissées par les hackeurs, il s’agirait d’un groupe de cybercriminels basés en Amérique du Sud », rapportent nos confrères.

Ce n'est pas tout : les pirates sont parvenus à s'inviter dans le système d'information du Conseil supérieur du notariat (CSN). « En novembre 2024, un rapport des équipes de cybersécurité de la structure conclut à une compromission du système informatique. "Le niveau de sécurité est alarmant", note le rapport rédigé par des professionnels chevronnés, passés notamment par Thales, l’Elysée ou encore l’Anssi », révèle ainsi Le Monde.

La menace est telle que l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information craint la production « de faux actes par les attaquants ». Une analyse qu'elle n'est pas seule à faire.

La campagne est impressionnante par son ampleur et sa durée. Mais elle n'est surprenante qu'en ce qu'elle suggère que d'importantes leçons d'incidents antérieurs n'avaient pas été pleinement retirés.

Ainsi, à l'automne 2020, nous alertions sur la vraisemblable compromission de postes de travail d'offices notariaux par le maliciel Emotet : Christophe Dary, fondateur de 3DX Internet, et spécialiste de la sécurité du courrier électronique, venait d'observer des malspams diffusant le maliciel Emotet et prétendant venir d’adresses d’offices notariaux. Il n'était pas le seul.

Pour mémoire, Emotet a représenté une menace de grande envergure. Il a notamment été utilisé dans le cadre d’attaques ayant conduit au déploiement du rançongiciel Ryuk. Fin janvier 2021, une opération de police internationale a conduit à une disparition temporaire d’Emotet.

Mais Emotet a eu des successeurs, dont Qbot. Initialement, il s’agissait d’un cheval de Troie bancaire. Mais il a évolué bien au-delà, jusqu’à devenir un maliciel modulaire capable de vol et d’exfiltration de données sensibles. Avec une fonctionnalité clé : l’exploitation de fils de mails détournés pour commencer à diffuser l’infection.

En somme, le poste de travail d’une victime est compromis, puis Qbot fouille dans les e-mails. Il en extrait quelques informations qui sont transmises à un centre de commande et de contrôle (C2). Celui-ci les traite, notamment pour notamment déterminer les prochaines cibles, ainsi que les noms d’expéditeurs et intitulés de messages utilisés pour les approcher. Il transmet ensuite l’ordre à d’autres machines compromises, membres du botnet à leur insu, d’adresser des courriels piégés ainsi composés. Les fameux malspams. C'est justement l'un d'eux qui avait attiré notre attention en juin 2021 : il menait à un office notarial.

À nos confrères, le CSN indique avoir « déployé une campagne d'information massive » auprès de « tous les notaires en France en mai 2023 ». Trop peu, trop tard, semble-t-il.

Les notaires constituent, par construction, de bons candidats pour ce type de menaces : ils échangent régulièrement des documents et des informations financières par e-mail. Les pièces jointes sont le quotidiens de personnels dont la cybersécurité n'est pas le métier. Et cela vaut pour beaucoup d'autres professions, dans l'immobilier, ou la logistique par exemple. Sans compter les artisans.

L'Anssi semble avoir pris la mesure du risque. Nos confrères font ainsi état d'une réunion, en janvier 2025, entre le président du CSN et le patron de l'agence, Vincent Strubel. Durant celle-ci, ce dernier a déploré un niveau de sécurité des études notariales « globalement faible » et plaidé pour une opération « coup de poing ».

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