Serveurs : les résultats des fournisseurs explosent
Coup sur coup, Lenovo, Dell et HPE viennent de déclarer des revenus trimestriels en forte croissance concernant leurs équipements pour datacenters. Dell, notamment, a plus que doublé ses ventes de serveurs.
Les principaux fabricants d’équipements informatiques pour entreprises viennent de publier des chiffres d’affaires trimestriels particulièrement bons. En un an, les ventes de Dell ont augmenté de 58 %, passant de 29,78 durant l’été 2025, à 46,97 milliards, entre juin et août 2026. Celles de Lenovo ont battu tous ses records précédents, avec 26,9 mds $ de CA trimestriel, soit une augmentation de 46 %. Celles de HPE, enfin, sont passées sur la même période de 9,14 à 12,21 mds $, soit une amélioration de 34 %.
De l’avis de l’ensemble des observateurs, ces progressions relèvent de deux facteurs. D’une part, la pénurie de composants mémoires qui augmente mécaniquement le prix des machines et, donc, la valeur de leurs ventes. D’autre part, la demande croissante pour des équipements qui permettent d’exécuter des applications d’IA en dehors des centres de données des hyperscalers.
Une explosion des ventes de serveurs chez Dell
Dell doit principalement sa progression à une multiplication par deux de ses revenus sur les ventes d’équipements serveur. Le constructeur enregistre une progression de +100 % sur ceux optimisés pour l’IA, passant de 8,2 mds $ à 16,4 mds $ aujourd’hui. Et même +122 % sur ceux qui ne le sont pas, mais vont de pair pour exécuter les applications qui interrogent l’IA : de 4,73 mds $ l’année dernière à 10,53 mds $ aujourd’hui.
Notons que les « serveurs » chez Dell comprennent autant les machines qui calculent que les switches qui les mettent en réseau. Les baies de stockage sont comptabilisées à part. Elles ont rapporté 4,85 mds $ ce trimestre, soit une progression de 26 % plus modeste que le reste.
Les ventes des PC pour entreprises ont augmenté, elles, de 22 % pour atteindre 13,19 mds $. Celles des modèles pour particuliers sont restées minoritaires, ne rapportant que 1,84 md $, soit une augmentation de 7 % en un an.
Désormais, les équipements pour datacenters représentent un revenu de 31,78 mds $, soit plus du double des PC. Et l’écart devrait encore s’amplifier : Dell doit encore honorer pour 60,9 mds $ de commandes pour des serveurs d’IA que des clients lui auraient passé durant ce seul trimestre.
Lenovo, un vendeur de PC qui bénéficie d’une croissance des demandes en serveurs
Lenovo, lui, reste majoritairement un vendeur de PC et d’autres équipements pour particuliers, notamment les smartphones Motorola, puisque tous ces appareils pèsent ensemble 17,1 mds $ dans ses dernières ventes trimestrielles (+27 %). En un an, ses ventes de tablettes auraient augmenté de 83 % et celles de ses smartphones de 23 %.
Néanmoins, le constructeur a connu la même dynamique que Dell sur ses ventes de serveurs. Tous types confondus, y compris les modèles qui font office de baie de stockage, ces machines ont généré ce trimestre un revenu de 8,5 mds $, soit une progression de 98 % en un an.
L’un dans l’autre, Lenovo estime que ses ventes de matériels liées à l’IA lui ont rapporté 9,3 mds $ durant ce trimestre, ce qui correspondrait à une augmentation de 60 % en un an. Cependant, on ignore à partir de quel seuil de puissance ces machines sont comptabilisées ou non dans les équipements dits d’IA.
HPE progresse surtout grâce à son intégration de Juniper
HPE ne vendant pas de machines pour particuliers, son résultat le place de facto devant Lenovo concernant les équipements pour datacenters. Chez lui, les ventes de tous les types de serveurs (IA ou non) sont désormais, aussi, comptabilisées avec celles du stockage. Elles ont représenté ce trimestre un revenu de 9 mds $, soit une augmentation de 25 % en un an.
Alors que ses deux concurrents semblent avoir profité davantage que lui d’une forte croissance des besoins de puissance de calcul en entreprise pour l’IA, HPE doit en bonne partie sa progression à une explosion de ses ventes d’équipements réseau, ici comptabilisées à part.
Ces ventes-là ont représenté lors du dernier trimestre 2,89 mds $, soit une augmentation de 75 %. Cette prouesse s’explique toutefois par l’intégration des ventes de Juniper. HPE a finalisé son rachat juste après la publication du CA trimestriel de l’année dernière, qui sert ici de référence pour calculer la progression.
Le retour des marques pour entreprises
Il est remarquable que la situation de Dell se soit désormais totalement inversée depuis les années Covid, quand les entreprises fermaient leurs datacenters inaccessibles à cause des mesures de quarantaine au profit du cloud public. Le marché s’interrogeait alors sur l’avenir du plus important fabricant de serveurs. Car, point important, les hyperscalers AWS, Azure, Google Cloud et consorts n’achètent pas leurs machines auprès des marques traditionnelles. Ils se les font fabriquer sur mesure par des spécialistes de la marque blanche, principalement le Taïwanais Foxconn et l’Américain Supermicro.
Ainsi, en 2021, lors du même trimestre, les ventes de serveurs Dell ne rapportaient plus que 4,46 mds $ et celles des baies de stockage 3,97 mds $. Soit un total de 8,43 mds $, alors bien inférieur aux 14,26 mds $ des ventes de PC, professionnels (10,57 mds $) comme particuliers (3,7 mds $), qui étaient prisés pour le travail à distance.
Mais la situation actuelle favorise au contraire les redéploiements des marques de serveurs pour entreprises. Pour deux raisons. La première est que les entreprises, échaudées par les tarifs croissants des services en cloud public et plus sensibilisées que jamais aux risques d’exposer leurs données sensibles en ligne, annoncent rapatrier leurs traitements dans des datacenters privés, qu’elles doivent équiper.
La seconde, et sans doute la plus importante, est que les hyperscalers délèguent désormais une partie de leurs ressources en calcul d’IA à des acteurs tiers, les néoclouds. Or, ceux-ci traitent plus difficilement avec Foxconn et Supermicro que ne le font AWS, Azure ou Google et, donc, se rabattent sur des marques entreprises. Dell, en particulier, se targue d’équiper les néoclouds Nscale, Coreweave, mais aussi d’avoir passé des contrats avec des géants de l’IA qui désirent désormais bénéficier de leurs propres installations : OpenAI, Palantir, Meta, Mistral AI, Hugging Face…
Officiellement, on ignore pourquoi Dell tire davantage profit de cette situation que HPE, mais on se doute que les efforts de Michael Dell (en photo en haut de cet article) pour soutenir la vente de puces Nvidia en dehors des hyperscalers y sont pour quelque chose.
