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VirusTotal : pas de comparaison, mais la démonstration de certaines limites

Le service ne permet pas de procéder à de véritables comparaisons entre antivirus basés sur des listes de signatures. Mais il permet bien de montrer les limites de cette approche.

RĂ©cemment, la rĂ©daction s’est penchĂ©e sur la manière dont les antivirus Ă  base de signatures rĂ©agissent face Ă  des menaces tout juste Ă©mergentes. Les rĂ©sultats produits par VirusTotal Ă  partir d’échantillons frais n’ont d’ailleurs pas manquĂ© d’être prĂ©occupants. Le procĂ©dĂ© peut apparaĂ®tre contraire aux recommandations du service. Dans un billet de blog, ses opĂ©rateurs soulignent, comme nous l’a rappelĂ© par e-mail F-Secure, que « VirusTotal ne devrait pas ĂŞtre utilisĂ© pour gĂ©nĂ©rer des indicateurs de comparaison entre diffĂ©rents produits antivirus Â».

Et de justifier cette règle en expliquant que « les moteurs antivirus peuvent ĂŞtre des outils sophistiquĂ©s dotĂ©s de fonctions de dĂ©tection additionnels susceptibles de ne pas fonctionner avec l’environnement d’analyse de VirusTotal. Pour cela, les rĂ©sultats d’analyse de VirusTotal n’ont pas vocation Ă  ĂŞtre utilisĂ©s pour comparer l’efficacitĂ© de produits antivirus Â».

Se concentrer sur la charge utile

Dans un Ă©change par courrier Ă©lectronique, LoĂŻc GuĂ©zo, stratĂ©giste cybersĂ©curitĂ© chez Trend Micro, souligne d’ailleurs les limites de l’exercice : « l’implĂ©mentation chez VirusTotal est le plus souvent faire sur des sous-systèmes de dĂ©tection Â» qui ne sont pas nĂ©cessairement reprĂ©sentatifs des rĂ©sultats que fournirait l’antivirus en conditions rĂ©elles. Ainsi, l’un des Ă©chantillons soumis Ă  VirusTotal et initialement ignorĂ© par le moteur de Trend Micro utilisĂ© par le service de Google « est bien dĂ©tectĂ© dans les 5 secondes qui suivent en “Suspicious_GEN.F47V0512“ Â».

De son cĂ´tĂ©, F-Secure souligne que les Ă©chantillons que nous avons Ă©tudiĂ©s sont des composants de livraison, chargĂ©s de tĂ©lĂ©charger la vĂ©ritable charge utile : « les composants de livraison sont frĂ©quemment et aisĂ©ment gĂ©nĂ©rĂ©s, bien plus que les charges utiles Â». Il convient ainsi de comprendre que les composants de livraison peuvent passer au travers des mailles du filet alors mĂŞme que celui-ci bloquera sans peine une charge utile dĂ©jĂ  bien connue.  

Le temps, une limite l’antivirus classique

Mais ceci n’implique pas que les rĂ©sultats de tests sur VirusTotal n’aient aucune valeur pour souligner les limites de l’antivirus traditionnel ou des processus associĂ©s Ă  son fonctionnement, Ă  commencer par ceux de prise en compte de nouvelles menaces. Et cela Ă  plus forte raison que les opĂ©rateurs de VirusTotal soulignent qu’il a Ă©tĂ© conçu « comme un outil qui vĂ©rifient les Ă©chantillons suspects avec plusieurs solutions antivirales et aide les laboratoires antivirus en leur transfĂ©rant les logiciels malveillants qu’ils Ă©chouent Ă  dĂ©tecter Â». Le temps, Ă©lĂ©ment critique de la protection contre les menaces, apparaĂ®t alors comme l’une des principales limites de l’antivirus traditionnel. F-Secure ne cherche d’ailleurs pas Ă  le nier : « il y aura toujours un dĂ©lai entre l’acquisition d’un Ă©chantillon, son analyse, et la crĂ©ation de la dĂ©tection Â».

Chez Symantec, l’ingĂ©nierie nous a prĂ©cisĂ© que le moteur antiviral ne dĂ©tecte pas directement les Ă©chantillons compressĂ©s, et l’un de ceux que nous avions soumis pour analyse l’était justement dans une archive ZIP. Pour autant, l’éditeur a reconnu, le 17 mai dernier en fin de journĂ©e, que l’un de nos Ă©chantillons – prĂ©sentĂ© pour la première fois Ă  VirusTotal le 16 mai dans l’après-midi – n’était pas dĂ©tectĂ© par son moteur : « nous ajoutons la dĂ©tection pour cet Ă©chantillon en tant que JS.Downloader Â». Le 18 mai au matin, c’était fait.

Ajouter la notion de réputation…

Alors, pour aider à réduire la fenêtre d’exposition à une nouvelle menace, les éditeurs multiplient les astuces. Deux échantillons – ici et là – soumis à VirusTotal le 16 mai semblaient ignorés par McAfee, notamment, le lendemain.

En fait, les clients de l’éditeur Ă©taient dĂ©jĂ  protĂ©gĂ©s : ils « ont Ă©tĂ© respectivement classĂ©s Assumed_Dirty_4 et Assumed_Dirty_3 depuis le 16 mai Ă  11h12 au travers du module GTI (Global Threats Intelligence) par les chercheurs des McAfee Labs Â».

Et l’éditeur d’expliquer que « GTI est une extension du module VirusScan Enterprise (VSE) permettant de faire bĂ©nĂ©ficier nos clients d’une base globale de rĂ©putation en amont de la mise Ă  disposition d’une signature antivirale permettant d’amĂ©liorer la protection contre les malwares en considĂ©rant un degrĂ© de suspicion potentiel sur les exĂ©cutables Windows, fichiers PDF et fichier APK Â» de paquets applicatifs Android.

Mais McAfee ne manque pas de reconnaĂ®tre les limites de l’antivirus traditionnel que l’utilisation de VirusTotal peut tendre Ă  dĂ©montrer. La mise Ă  jour des listes de signatures n’est ainsi pas instantanĂ©e : « les signatures antivirales sont mises Ă  disposition Ă  minima une fois par jour. Il est Ă©galement d’avoir plusieurs mises Ă  jour sur une mĂŞme journĂ©e selon la mise en Ă©vidence de nouvelles souches associĂ©es Ă  un impact potentiel important et critique. Intel Security recommande ainsi Ă  ses clients d’effectuer une mise Ă  jour quotidiennement Â». Mais cela peut ne pas suffire.

Le renseignement, et l’analyse comportementale

Et c’est justement pour traiter cet intervalle durant lequel les points de terminaison s’avèrent vulnĂ©rables que McAfee mise « sur les technologies GTI et Threat Intelligence Exchange (TIE) pour les aspects de rĂ©putation, ainsi que sur la technologie ATD permettant une dĂ©compilation et une analyse des appels faits par une application suspecte ou pour laquelle l’information de rĂ©putation ne serait pas disponible Â».

C’est Ă  l’automne 2014 que McAfee a prĂ©sentĂ© TIE, annonçant au passage s’associer, pour le partage de renseignements sur les menaces, Ă  CyberArk, Titus et ForeScout. Aujourd’hui, l’éditeur estime qu’une « solution antivirale basĂ©e sur des signatures est une rĂ©ponse nĂ©cessaire mais non suffisante Â». Et il n’est pas le seul dans ce cas.

F-Secure souligne ainsi l’importance d’une approche de la protection misant sur des couches multiples. Dans un billet de blog, Andy Patel, chargĂ© du marketing technologique du Finlandais, relève en particulier que des outils d’analyse automatiques interviennent dans un premier temps pour « couvrir les Ă©chantillons initiaux tandis que les analystes travaillent Ă  l’écriture des dĂ©tections appropriĂ©es Â». Et c’est sans compter avec les moteurs locaux chargĂ©s de bloquer les processus aux comportements Ă  risque.

La fin annoncĂ©e de l’antivirus ?

Ce qui n’empêche pas de nouveaux acteurs d’émerger avec l’ambition de supplanter l’antivirus classique. Il s’agit là des spécialistes de l’EDR – Endpoint Detection and Remediation – comme Carbon Black, Cylance, CounterTack, CrowdStrike, Cybereason, LightCyber ou encore SentinelOne et Tanium –, une vedette discrète de la dernière édition de RSA Conference. Certains spécialistes de l’antivirus avancent dans cette direction, à l’instar de Panda, Symantec, et Trend Micro. Une question d’évolution sinon de survie.

En dĂ©cembre dernier, Gartner estimait ainsi que les outils d’EDR ne sont pas encore en mesure de remplacer les plateformes de protection des points de terminaison (EPP). Le cabinet assurait toutefois que « d’ici 2018, plusieurs fournisseurs d’EDR proposeront un pĂ©rimètre fonctionnel suffisamment Ă©tendu pour gagner la confiance des entreprises dans le rĂ´le de protection des points de terminaison principale Â». Pour autant, toujours selon Gartner, « la plupart des fournisseurs d’EPP intègreront des capacitĂ©s d’EDR d’ici la fin 2017 Â». 

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