Emplois IT : destruction, création et solde plus qu'incertain

770 000 emplois disparus des grandes DSI européennes. Presque autant générés par la mobilité. Mais croissance nulle cette année pour les ESN (SSII) françaises. Les bilans-prospectives emploi soufflent le chaud et le froid sur le secteur IT.

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En l'espace de quinze ans, entre 2002 et 2017, les effectifs des DSI des grandes entreprises européennes et américaines auront fondu de moitié. Soit, pour l'Europe, 770 000 emplois effacés de ce périmètre. Selon le rapport du cabinet américain The Hackett Group qui attribue ce reflux à l'impact de l'offshore mais aussi au gain de productivité lié à la mutualisation et la standardisation des tâches en centres de services partagés (CSP), la filière IT est de loin la plus touchée des fonctions support de l'entreprise (finances, achats, RH) également concernées par cette concentration/délocalisation des activités. Encore ne s'agit-il que de la sphère des très grandes entreprises (plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires). « L'étude ne prend pas en compte les emplois générés par ailleurs dans le secteur informatique et télécom », souligne Joël Roques, directeur général Europe Service Advisory de Hackett Group.

 

Autre précision importante : si une majeure partie de ces emplois disparus se retrouve en Asie ou au Maghreb, ce n'est pas pour autant qu'ils sont externalisés. Les CSP « captifs » représentant encore le plus gros des effectifs « offshore ». « Seul 20 à 25% de ce qui est offshorisé est externalisé », précise Joël Roques. Ce qui, au passage, externalisé ou non, se traduit par une économie que le cabinet américain évalue à 20% la première année, 6% par an ensuite, notamment en coûts de personnel. De plus, ce phénomène de CSP expatriés concerne les métiers de production (exploitation, développement ou « transactionnels », selon l'étude Hackett, dont 36% ont été offshorisés) plus que les métiers de conception-développement (« knowledge centric », à 26% offshorisés).

 

36% des métiers de production offshorisés

 

Même s'il se ralentit, du fait du rétrécissement de la cible de postes potentiellement visés par l'offshore, le mouvement n'est pas en passe de s'arrêter. Gain de productivité oblige. Et ce, même pour les entreprises françaises que l'on sait moins friandes d'offshore que les anglo-saxonnes (7% du marché français des services informatique en 2012, selon les dernières estimations de Syntec numérique). «D'ici à 2017, on pourrait passer de 36% à 50% des métiers de production en offshore», précise Joël Roques. Sans oublier, néanmoins, que la virtualisation pourrait encore modifier profondément la donne. « L'arbitrage étant guidé par la chasse aux coûts moindres, après la standardisation et l'automatisation, quand toutes les opérations seront virtualisées, avec le moins d'intervention humaine possible, il ne sera plus utile d'aller chercher de l'autre côté de la planète une économie de personnel », commente le consultant. Un mouvement de migration inverse qui, du côté des prestataires français, eux aussi impliqués dans l'offshore, semble déjà être amorcé. Selon Guy Mamou-Mani, président de Syntec numérique, « de plus en plus de sociétés adhérentes disent installer des centres de services en régions, là où les coûts sont 10 à 15% moins chers qu'en région parisienne, dans l'idée d'y trouver un gain par rapport aux coûts cachés de l'offshore lointain ».
 

Autant dire que l'estimation de 770 000 emplois IT supprimés au sein des DSI européennes ne constitue qu'une facette de la transformation en cours. Qui, certes, ne se traduit pas en un transfert pur et simple de ces postes vers des prestataires offshorisés ou non. Mais n'en contribue pas moins à la génération d'emplois locaux, elle aussi freinée – cependant – par l'atonie de l'économie. Des destructions contre-balancées (très partiellement) par des créations, donc... En témoignent notamment les prévisions d'activité « très profil bas » de l'aveu du président de Syntec numérique pour 2013, avec +0,3% pour l'ensemble du secteur logiciels et services, avec -0,3% pour les ESN (ex-SSII), avec +1,9% pour les éditeurs.
 

De fait, le rapport du Hackett Group souligne, pour l'ensemble des fonctions de support, la montée en puissance des métiers hautement qualifiés (« knowledge centric »)  prioritairement exercés en local. Dans les fonctions finances ou achats, à l'horizon 2017, la moitié, voire les trois-quarts des jobs, seront « knowledge centric ». Une évidence pour le secteur IT qui se manifeste notamment par l'apparition de nouveaux métiers tout autant acteurs du gain de productivité attendus des services informatiques, mais peu propices à l'offshore. Et qui se positionnent dans la DSI, ou peuvent représenter celle-ci auprès des directions métiers.
 

Les feux braqués sur les PME et ETI
 

De quoi booster l'activité des cabinets de recrutement spécialisés. Comme l'observe Mehdi Chaieb, directeur général du cabinet Mindset, « plus que jamais, le rythme du changement s'accélère pour les DSI et leur personnel. Nombreuses sont celles qui revoient les fondements de leur organisation, qui lancent et pilotent des projets à fort impact organisationnel, avec à la clé un besoin de profils de bon niveau, d'engagement manager, de spécialiste sécurité, de profils aptes à une forte présence auprès des métiers ».
 

Où se retrouvent d'ailleurs certains des profils de métiers en émergence répertoriés par l'Apec, depuis les experts techniques (urbaniste, ingénieur cloud, ingénieur sécurité) jusqu'aux gestionnaires de contrats (engagement managers), en passant par les métiers du web, ou, plus proche encore des métiers clients de la DSI ou des services IT, les analystes de données ou data scientists. Sans oublier leurs équivalents dans le camp des prestataires. Soit autant de nouveaux métiers, nouvelles activités qui, à la différence du constat du Hackett Group, élargissent de plus la perspective de la demande en effectifs qualifiés, aux besoins des entreprises de toutes tailles. A commencer et, surtout les PME et ETI, vers qui les fournisseurs de tous poils braquent leurs feux. Avec raison. « 70% de nos clients sont des PME qui investissent dans la transformation de leur SI et recrutent en conséquence des informaticiens, de middle ou top management », glisse Mehdi Chaieb.
 

«Grâce aux nouvelles technologies et aux nouvelles approches, dont le cloud computing, les PME ont accès à une palette de services et d'applications qui ne leur étaient pas destinées », remarque Guy Mamou-Mani. Ce qui, en toute logique, génère un appel à compétences. Dont témoigne notamment la montée en puissance de l'activité SaaS chez les éditeurs (10% de leur revenus, 80% de la croissance enregistrée en 2012). « L'informatique, de par la valeur ajoutée qu'elle représente, fait remonter des sujets tels que la sécurité, l'analyse et la gestion des données, la dématérialisation ou autres aspects de l'entreprise digitale, qui se retrouvent dans les recrutements que l'on nous confie », témoigne le dirigeant de Mindset.

 

La perspective d'un solde – encore très incertain – de 15 000 emplois par an
 

« Nous n'avons pas encore une analyse fine de la question, mais il est vraisemblable qu'après le creux d'activité des années 2012-2013, avec tout de même un solde de quelques 5 000 emplois créés l'an dernier, nous devrions renouer avec le rythme des années plus fastes avec 15 000 emplois créés par an », avance le président du Syntec.
 

Parallèlement, et simultanément à l'effacement de 770 000 postes de la carte IT européenne, à Bruxelles, l'estimation de plus de 500 000 emplois IT générés par la mobilité en cinq ans conforte cette perspective. Sans compter que le secteur IT doit toujours autant composer avec son paradoxe habituel de tensions de l'emploi sur certains créneaux « pénuriques ». « Et je ne parle pas des spécialistes de nouvelles technologies avec cinq ans d'expérience », souligne Guy Mamou-Mani, avec sa casquette de dirigeant de la société de services Groupe Open. « Présentez-moi 100 cobolistes rémunérés 45 000 euros annuels, je les prends ».


 


 


 

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