Prospective emploi : statu-quo jusqu'en 2015, 110 000 emplois IT en plus en 2022

Trois études prospectives – à court, moyen et long terme – confirment au secteur IT son statut de locomotive de la création d'emplois de cadres. Et de filière sous tension.

Avec, cette année, un peu plus de 30 000 projets d'embauche d'ingénieurs et cadres en informatique et télécom (Enquête BMO 2014, Pôle Emploi/Credoc), le secteur IT se distingue de nouveau en haut de classement des besoins en main d'oeuvre. Voire même en tête de classement, non pas pour les effectifs concernés, mais pour la récurrence des difficultés à recruter de la filière. Le rythme de l'embauche a beau s'être ralenti (en 2011 et 2012, le compteur était encore à 35000 embauches prévues). La situation ne s'arrange guère quant au déséquilibre entre offre et demande. Près de deux embauches d'informaticiens (études, R&D, chefs de projet) sur trois (64,5%) seraient difficiles à réaliser. La tension est également sensible pour les techniciens et cadres d'exploitation et de maintenance (58,9 %), mais moindre pour les métiers télécom (36,7%). Voilà pour 2014.

+10% en 2015 toutes filières confondues

Selon l'étude prospective à 3 ans (2014-2016) de l'Apec, « six ans après la crise financière qui s'est muée en récession économique, la reprise économique franche et durable n'est toujours pas d'actualité ». Après le recul de l'embauche de cadres enregistrée en 2013 (tous métiers et tous secteurs confondus, 163 400 recrutements enregistrés, -10% par rapport à 2012), le statu quo est confirmé pour 2014. Dans le meilleur des cas (relance économique modérée), la progression de l'embauche de cadres en 2015 et en 2016 tournerait autour de +10% l'an (passant de 163 200 embauches en 2014 à  près de 182 000 en 2015). Une progression tirée, il est vrai, par le report des départs en retraite, en baisse passagère depuis 2011, censés repartir eux aussi à la hausse (+2% en 2014, +8% en 2015, +3% en 2016). Et pour l'informatique, le curseur de l'Apec reste sur 35 000 embauches annuelles en 2014. Et pour les deux années à venir ? Sans préjuger du turnover, lui aussi soumis au climat d'incertitude qui prévaut depuis le début de cette année, la tension offre/demande ne semble pas partie pour retomber.

A l'horizon 2022, les scénarri possibles d'évolution de l'emploi présentés cette semaine au ministre du travail par France Stratégie et la Dares se montrent tout aussi réservés. Sur les quelque 800 000 postes à pourvoir par an entre 2012 et 2022 (tous métiers confondus), 80 % correspondent à des départs en fin de carrière. Selon le scénario (rebond, sortie de crise progressive ou stagnation), le nombre d'emplois créés par an fluctuerait entre 110 000 au pire, 210 000 au mieux). Perspective dans laquelle, là encore, la filière IT tient une place de choix. Certes, loin derrière le secteur médical et paramédical (aide-soignants, infirmiers, etc), ou la fonction commerce, en nombres d'emplois créés. Mais avec un rythme d'embauche relativement soutenu, en correspondance avec sa pyramide des âges (âge médian 37 ans).

110 000 emplois IT de plus en 10 ans, 80% de niveau ingénieur

Au terme de la décennie 2012-2022, le secteur informatique (nomenclature différente de l'enquête BMO citée ci-dessus) pourrait avoir progressé de 110 000 emplois (670 000 en 2022 selon le scénario médian) en dix ans. Dont 90 000 de plus (82%) dans la catégorie « ingénieur de l'informatique » et 19 000 de plus relevant de la catégorie « technicien de l'informatique ». 

Compte tenu des départs en retraite prévus,  la profession devrait vivre au rythme de 19 000 postes à pourvoir en moyenne par an (ingénieurs, techniciens et opérateurs). Soit environ 3 embauches pour 100 personnes en place. Sans compter le turnover. Avec, sans surprise, 71% des postes à pourvoir de niveau ingénieur (136 000 postes sur la décennie, compte tenu d'une prévision de 46 000 départs en retraite étalés sur les dix ans). Un quart des postes à pourvoir est de niveau technicien, soit 48000 postes, compte tenu des 29000 départs en retraite prévus et de la la baisse d'effectifs enregistrée dans la décennie précédente (3000 emplois en moins entre 2002 et 2012). Pour les opérateurs, la réduction des effectifs est plus ancienne (7000 de moins entre 1992-2002). La prévision de 6000 postes à pourvoir d'ici à 2022 compense les 6000 départs en retraite.

Doubler le nombre d'apprentis

L'exercice de projection de France Stratégie/Dares se penche aussi sur la place des seniors et des jeunes dans l'évolution à la fois quantitative et qualitative des métiers. Et de souligner que « les transformations technologiques, voire organisationnelles influent fortement sur les contenus des métiers, mais ne détruisent pas pour autant des emplois ». Concernant les seniors, sont particulièrement ciblés, avec cette remarque, les métiers où la part des seniors est « actuellement ténue » (dont les techniciens et ingénieurs de l'informatique). De là à fustiger « le jeunisme » de la profession ! Le rapport ne le formule pas ainsi. Mais rappelle que ces métiers pourraient présenter «des potentialités d’emploi importantes, compte tenu des besoins de certaines fonctions qui bénéficieraient de leur expérience professionnelle ».

Quant à l'emploi des jeunes, leur insertion sur le marché du travail est certes fortement sensible au contexte macro-économique. Sans surprise, les métiers de l'IT (ingénieurs, techniciens, opérateurs) figurent parmi les métiers qui accueillent le plus de débutants (environ 14%) (avec le paramédical, les professions de vendeurs ou de l'action culturelle et sportive). De plus, au sein d'un chapitre prônant le nécessaire développement de l'apprentissage, il est souligné que celui-ci pourrait croître fortement (carrément doubler) dans des métiers encore trop peu concernés. Dont ceux de l'informatique, en tant que « métiers à marché professionnel, qui font appel à de fortes compétences cognitives, et pour lesquels les changements d'employeurs avec continuité dna sle même métier sont fréquents, dans une logique d'accumulation d'expériences professionnelles ». Un plaidoyer auquel, dans ses récentes prises de position (notamment en partenariat avec la région Ile-de-France, pour une progression de 5% par an du nombre d'apprentis), Syntec numérique semble souscrire pleinement.

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