Grafvision - Fotolia

Programmation agentique : Avec Air, Jetbrains se pose en orchestrateur des agents IA

Plus connu pour IntelliJ, Jetbrains développe une plateforme pour orchestrer les développements agentiques. Une suite qu’il veut agnostique des fournisseurs de LLM et des outils de développement.

Dépassé par les côtés par OpenAI, Anthropic, Google, Cursor et plusieurs startups, Jetbrains tente de prendre de la hauteur.

L’éditeur connu pour ses IDE a présenté en mars plusieurs outils dédiés à la programmation agentique. Il avait dévoilé Air, un environnement de développement permettant de déléguer des tâches de programmation à plusieurs agents en parallèle. Il avait aussi lancé Junie CLI, un terminal agentique.

Peu après, il avait présenté Jetbrains Central, un service consacré à la gouvernance des agents, de leurs coûts, de leurs identités, des accès, des sources de code et de données associées, des environnements d’exécution, des outils (IDE, CLI, plugins, services Jetbrains) et des pipelines CI/CD.

Air devient une suite

Le 22 septembre 2026, Jetbrains a lancé l’accès anticipé d’Air Teams, une des briques annoncées en mars dernier. Il en a profité pour unifier ses produits sous la marque ombrelle Air.

Désormais, Air – l’environnement multiagent – est disponible depuis les IDE de l’éditeur et peut être associé à Junie.

Jetbrains Central, lui, devient Air Governance. Depuis mars, l’éditeur y a ajouté des règles d’usage, des fonctions de supervision, d’audit, de traçabilité et de gestion fine des coûts. À l’instar de Cursor, l’on peut configurer des budgets IA par rôle et par équipe. Un tableau de bord doit faciliter l’identification des plus gros consommateurs d’IA, mais aussi des outils les plus utilisés et les plus gourmands en tokens.

Ensuite, Air Teams est présenté comme un espace de collaboration entre les développeurs et les agents IA. Les ingénieurs peuvent se partager des flux d’automatisation et leur exécution – révision de code, génération de note de version, correctifs, etc. – au sein d’environnements cloud dédiés. De la sorte, ils conservent leurs propres agents et se réfèrent à ceux de l’équipe ou à des automates pour des tâches qui affectent un projet.

Air Teams demeure en accès anticipé, tout comme Air Context. Cette brique indexe les noms des dépôts de code et des éléments qu’ils contiennent. En clair, l’effort de nommage des dossiers devient clé pour que les agents IA puissent explorer pleinement les fichiers de programmation.

Une gouvernance agnostique des LLM, des agents et des harnais IA

Cette approche multiagent est aussi multifournisseur. Jetbrains veut prendre en charge Claude Code, Codex, GitHub Copilot, Pi, Gemini CLI, OpenCode, Cursor, etc.

Pour ce faire, l’éditeur s’appuie sur le protocole ouvert ACP (Agent Client Protocol). Il le coconstruit avec l’aide de Zed, le fournisseur d’un éditeur de code « multijoueur ». ACP doit « normaliser l’interfaçage entre un IDE et le harnais d’un agent, y compris sa planification, sa logique, ses outils, le routage des modèles et l’observabilité ». Le protocole est par ailleurs censé fonctionner avec Mistral Vibe, Kiro CLI, Pi, Qwen Code, AgentPool ou encore le fameux OpenClaw.

En parallèle, Jetbrains construit une bibliothèque de skills, de serveurs MCP (une trentaine sont en cours d’ajouts) et prévoit de les gérer depuis la console Air Governance.

Il entend également prendre en charge un maximum de grands modèles de langage, directement (Claude Opus 5.5 est déjà accessible) ou indirectement, depuis les clés API Microsoft Azure ou Amazon Bedrock des clients.

« Nous ne croyons pas que ce marché se consolidera de sitôt », écrit Kirill Skrygan, CEO de Jetbrains, dans un billet de blog. « Les modèles ont chacun leurs points forts et les classements évoluent mois après mois. Au sein d’une même entreprise, les équipes font déjà des choix différents, et elles ont souvent raison de le faire », poursuit-il. « Standardiser ses outils autour d’un seul fournisseur d’IA aujourd’hui revient à s’engager pour plusieurs années dans un marché qui change tous les trimestres ».

Le dirigeant considère que le recours à différents outils de développement agentique sans gouvernance fragmente la visibilité sur la chaîne de développement logiciel. En ce sens, Air Governance devra permettre d’orchestrer l’usage des agents IA dans les IDE concurrents, notamment VS Code.

« Ce que nous pouvons offrir […], c’est un espace unique pour exécuter, suivre, gouverner et assurer la traçabilité du développement agentique, quels que soient les modèles, agents et services utilisés, pour les développeurs, les équipes et l’organisation ».

Étant donné son expérience et son ancienneté (26 ans), l’éditeur croit être l’un des mieux placés pour ce faire. Et il évoque déjà les prochains points de sa feuille de route.

Par exemple, Jetbrains conçoit la fonctionnalité Mobile. Les développeurs conserveront la visibilité sur l’activité de leurs agents depuis leur smartphone, en cas de déplacement. La prise en charge d’un plus grand nombre d’outils, de solutions Git, et une meilleure visibilité sur le contexte des entreprises sont également au programme.

« L’objectif n’est pas [de générer] plus de code. C’est que les développeurs, les équipes et les organisations puissent comprendre, vérifier et assumer pleinement les logiciels qu’ils créent », anticipe Kirill Skrygan.

Une vision à étayer

Derrière cette volonté de gouverner tous les agents et les harnais IA, Jetbrains veut aussi devenir la porte d’entrée pour y accéder. Son mécanisme de crédits permet déjà d’acheter l’accès aux modèles d’OpenAI, d’Anthropic et de Google.

Cette orchestration est nécessaire, mais elle n’empêche pas un risque de dépendance à un acteur gardien des clés des outils et des pratiques, des budgets et de l’orchestration en général.

Pour l’instant, l’éditeur doit faire de sa vision une réalité. Sous le billet de blog attribué à Kirill Skrygan, des usagers se plaignent de la multiplication des installations pour utiliser Junie avec l’environnement Air et Air avec l’IDE Rider. Sans oublier que Jetbrains avait d’abord fait d’Air un IDE à part entière, toujours disponible depuis Windows, Linux et macOS.

D’autres évoquent le fait que le protocole ACP n’est pas encore compatible avec outils open source populaires comme OpenCode et OpenChamber.

Les plugins Air pour les IDE, Air Teams et certaines briques d’Air Governance sont encore en préversion. L’éditeur devra se presser. De fait, Jetbrains n’est pas le seul à vouloir gouverner tous les agents IA de programmation. GitLab, GitHub, AWS, ou encore Harness sont également sur les starting-blocks. Sans compter la myriade de startups qui entend proposer un harnais IA, dont DeepSeek, Mistral AI ou Alibaba.

Pour approfondir sur IA appliquée, GenAI, IA infusée