Des armes intelligentes… et piratables

Deux chercheurs s’apprêtent à présenter leurs travaux portant sur le piratage d’un fusil à visée assistée. De quoi alimenter une polémique naissante autour des armes autonomes.

Deux chercheurs en sécurité, Runa Sandvik et Michael Auger, se sont penchés sur la sécurité du logiciel embarqué des fusils à visée assistée fabriqués par TrackingPoint. Pour découvrir, sans surprise, des failles importantes qu’ils présenteront la semaine prochaine à l’occasion de l’édition américaine de la conférence Black Hat. 

Le principal point faible de ces fusils tient à un mot de passe par défaut facile à deviner. Celui-ci est censé verrouiller la connexion au réseau Wi-Fi généré par l’arme à feu. Ce réseau permet d’accéder à un flux vidéo en temps réel, c’est la fonction ShotView. Cette connexion sans fil peut également être utilisée avec une application pour lunettes informatisées afin de viser et de tirer sans s’exposer. 

Mais ce réseau Wi-Fi permet également d’accéder au système d’exploitation Linux embarqué dans le fusil à visée assistée. De là, les deux chercheurs sont parvenus à trouver comment modifier les paramètres de calcul de trajectoire de l’arme, à l’insu de son utilisateur : suffisant pour lui faire rater sa cible ou le contraindre à en atteindre une autre. Mais ils ont pu aller plus, jusqu’à obtenir des droits de niveau root : de quoi altérer durablement le logiciel embarqué et sa configuration. Seule nouvelle rassurante relevée par nos confrères de Wired, qui ont eu la primeur d’une démonstration : impossible de forcer le fusil à faire feu à distance ; la gâchette doit être manuellement activée.

Cette découverte survient quelques mois après que l’armée américaine a dévoilé son projet de recherche Exacto, portant sur des munitions autonomes : cette balle est ainsi capable d’ajuster dynamiquement sa trajectoire pour suivre une cible en mouvement, en s’appuyant sur un système de guidage optique en temps réel.

Surtout, le travail de Runa Sandvik et de Michael Auger apporte, si c’était nécessaire, de l’eau au moulin des opposants aux armes autonomes. Plus de 16 000 spécialistes de la robotique et de l’intelligence artificielle viennent de signer une lettre ouverte demandant l’interdiction de ces armes, dans le monde entier. Pour eux, l’intelligence artificielle “a atteint un point où le déploiement de tels systèmes est - concrètement sinon légalement - faisable d’ici quelques années”. Présentant ces armes comme “la troisième révolution de la guerre après la poudre à canon et les armes nucléaires”, il s’inquiète de la menace d’une course à l’armement intelligent dès lors qu’une nation aura montré la voie. Et selon les signataires, le risque est de conduire, à terme, à une large disponibilité de ces armes, en faisant “les Kalashnikov de demain”, voire pire compte tenu d’un coût de production particulièrement bas, à terme, et promis à un bel avenir sur les marchés parallèles.

La lettre est notamment signée par Stephen Hawking, Elon Musk et Steve Wozniak.

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